Vie de parent

Pourquoi nos ados
s’envoient-ils des sextos ?

Des photos volées de jeunes stars dénudées circulent sur le web. Et si nos ados aussi se photographiaient dénudés et s’échangeaient des sextos ? Sont-ils conscients des dérives et des dangers potentiels du sexting ? Comment les mettre en garde ?

Pourquoi nos ados s’envoient-ils des sextos ?

Des photos de stars nues ou compromettantes circulent sur le web et les réseaux sociaux depuis qu’un hacker a piraté les comptes iCloud de certaines célébrités. Et parmi elles, de jeunes, voire très jeunes, vedettes. Mais il n’y a pas que les célébrités qui se photographient dans des tenues ou des situations impudiques. Sur la plage en vacances ou même dans leur chambre, de nombreux adolescents – et plus encore d’adolescentes – se prennent en photo, seuls, entre copains ou en couple, montrant des parties dénudées de leur corps. Elles veulent se représenter ce qu’il y a « là, en bas » ou s’offrent des séances photos, dans des poses sexys ou sexuelles…

Le sexting, qu’est-ce que c’est ?

Mot anglais formé à partir de « sexe » et de « texting », le sexting constitue l’échange, via téléphone portable ou internet, de messages à caractère sexuel, avec parfois des photos ou des vidéos à l’appui. Le phénomène est en pleine expansion chez les adolescents, boosté ces dernières années par la profusion des programmes de téléréalité où la popularité des personnes passe par une surexposition et une mise à nu de soi. Les jeunes, canardés par ces images, voient la provocation et l’exhibition banalisées. Pour imiter ces nouvelles stars médiatisées, nos ados posent de plus en plus devant l'objectif, bien souvent en petite tenue. Avec les nouvelles technologies et l’avènement des réseaux sociaux, clic, clic ! Smartphone et webcam permettent le partage quasi instantané des selfies ou vidéos de soi dénudé par mms ou par Facebook.

Pourquoi font-ils du sexting ?

Le sexting n’est pas un phénomène nouveau. Il est généralement lié à une découverte « normale » de la sexualité chez les jeunes, dans le cadre d’une relation amoureuse ou non. Tous les (anciens) ados se sont surpris à vouloir prendre connaissance de leur corps d’une façon ou d’une autre, jadis avec un miroir ou un polaroïd, aujourd’hui avec un portable ou une webcam. « C’est propre aux jeunes qui se cherchent, veulent savoir s’ils peuvent séduire et sont en processus d’autonomisation », explique Jean-Claude Verset, spécialiste des nouvelles technologies. Certains jeunes envoient aussi leurs photos à des personnes qu’ils ne connaissent absolument pas. Ils veulent ainsi être l’objet d’une certaine forme d’intérêt sexuel et observer les réactions qu’ils suscitent. Parfois, le sexting est aussi considéré comme une sorte de blague ou de défi entre amis.

Du jeu au cauchemar

Le sexting peut vite dégénérer. Il suffit parfois d’une rupture mal vécue, d’un camarade déçu ou jaloux pour que des vidéos ou des photos compromettantes, prises dans la plus stricte intimité, soient transmises à tous les camarades ou diffusées sur les réseaux sociaux, sans le consentement des principaux intéressés. « Il y a 10 ans, un ex blessé piquait une colère dans la cour tandis que maintenant, en trois clics, il peut diffuser une photo de son ex nue sur le net. Les nouveaux médias amplifient les choses et facilitent la tendance », indique le spécialiste. Les conséquences peuvent être dramatiques : harcèlement, chantage, voire même parfois – mais rarement –, le suicide.

Comment réagir en tant que parent ?

Parce que nos ados ne sont pas toujours conscients des dérives et des dangers de selfies coquins, il est de notre devoir de parents de leur rappeler ou de les initier aux règles de base de bonne conduite, en société comme sur le web, pour leur éviter de mauvaises surprises :

  • Tout ce qu’on publie sur Internet y restera éternellement.
  • Tout ce qu’on y met peut tomber dans le domaine public, on évite de poster des photos de soi dénudé, même partiellement, ou suggestives.
  • Le (cyber) harcèlement tombe sous le coup de loi : on ne peut en aucun cas être harcelé, ni harceler : on évitera de tenir de propos diffamatoires ou injurieux à l’égard de qui que ce soit.
  • Respecter l’image et la vie privée d’autrui : il est interdit de publier des photos compromettantes d’autrui sans son consentement.

Surtout, on ne panique pas. En général, le sexting n’est pas problématique. Les photos ne quittent pas le cadre intime dans lequel elles ont été envoyées et les jeunes ont suffisamment de respect l’un pour l’autre pour ne pas les diffuser en dehors.

Stéphanie Grofils

Trop tard ?

Que faire si des photos compromettantes de votre ado ont été diffusées ?

  • Rassurez votre enfant, ne le jugez pas trop sévèrement : il n’a pas demandé à être présenté de la sorte sur Internet.
  • Si le jeune qui a diffusé les photos fréquente aussi l’école, le club de sport, l’académie de musique… de votre enfant, informez-en la direction/l’entraîneur/le responsable.
  • Essayez d’avoir une idée précise de la situation (quelles photos ont été diffusées, quand et à qui ?)
  • La personne qui a diffusé les photos est aussi celle qui peut les supprimer le plus rapidement. Si ce n’est pas possible, signalez le fait sur le site concerné.
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