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Premiers pas dans la maternité : la vie en rose, la vie en gris…

Et vous ? L’avez-vous signé, ce contrat de confidentialité qui vous interdit de divulguer que non, mettre au monde un enfant n’est pas toujours une sinécure ; qu’il arrive même que la vie que vous vous attendiez en rose… vire plutôt sur le gris. Comme s’il était socialement incorrect d’admettre : « J’en ai bavé les tout premiers mois ». Et pourtant, une fois qu’on interroge le cercle « fermé » des mamans, les langues se délient. Oui, elles souffrent d’une grande solitude, non elles ne regrettent rien, oui, elles sont parfois plongées dans un grand désarroi…

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Première difficulté : être reléguée au second plan après neuf mois d’attention et de bonnes intentions. Du jour au lendemain, ce n’est plus vous que l’on regarde, mais votre bébé. Et malheur à vous s’il s’époumone devant témoins : vous recevrez, sans n’avoir rien demandé, moult conseils et sombres œillades.

Bébé n°2 : surprise !

Une situation tout aussi désarmante, que ce soit votre premier enfant ou pas, comme l’avoue Sophie : « Premier bébé : un bonheur. Cette petite fille est née en souriant. Je l'emmenais partout et tout le monde, moi la première, s'extasiait devant ce bébé bonheur. Pourquoi, dès lors, ne pas très vite recommencer ce petit miracle ? Bébé n°2 est né quinze mois après sa grande sœur. Et là, fuyez bonnes gens ! Ce petit être né avec des poumons surdimensionnés n'a pas cessé, durant des semaines, voire des mois, de s'entraîner aux concours de décibels - tous remportés haut la main, évidemment ! Née fin août, il faisait gris, froid, moche et dans mon cœur, ça a été pareil. Il eût fait 30°C que ça n'aurait rien changé. Même dans sa poussette, elle hurlait. Je me suis calfeutrée chez moi, gênée d'imposer à d’autres ces cris que rien ne calmait. C’était très dur d'aimer d'emblée cette petite fille qui me faisait tourner en rond des heures durant autour de la table de mon salon. Je me faisais l'effet d'un poisson rouge dans son bocal. Et même dans mes bras, les pleurs ne se calmaient pas. Difficile d'accepter d'avoir un bébé si différent de sa grande sœur, qui vienne bouleverser notre belle tranquillité et notre rêve de famille parfaite. Et pour un deuxième, l'entourage est moins présent. J'ai eu l'impression que la famille et les amis pensaient : ‘Elle gère, elle a l'habitude’. Alors que c'était tout le contraire... Ça a été très dur. Vraiment. »

Bébé, cet « étranger »

Des témoignages comme celui de Sophie, Nicole-Claire Mullot, pédopsychiatre à Liège, en entend régulièrement. Et pourtant, pas question pour elle de banaliser, la détresse de ces mamans est bien réelle et trop souvent négligée.
« Dans tous les livres, on dit : ‘C’est merveilleux la bulle mère-enfant’. Si vous ne vous retrouvez pas dans ce discours, vous êtes coupable. Pourtant, pour peu que vous ayez un enfant qui pleure beaucoup ou ne dort pas, ces premiers pas dans la maternité peuvent être terribles ». Même son de cloche du côté de Solveig pour qui « avoir un bébé biologique est une adoption ».
Que dire alors du sacro-saint instinct maternel qui sous-entend qu’à la seconde où l’on vous met votre bébé dans les bras, c’est la révélation. Faux ! nous dit Marion : « L'instinct maternel n'existe pas... Le lien avec l'enfant est quelque chose qui se tisse avec le temps, dès le projet d'enfant et bien au-delà des premiers mois. Pour certains parents, cela ira très vite, pour d'autres cela mettra plus de temps. Cela en fonction de ‘l'histoire’ de chacun mais aussi du bébé lui-même. Et, en effet, si c'est un bébé qui n'engage pas facilement le contact, parce qu’il souffre physiquement, la relation peut être difficile au début. C'est important que les parents en soient conscients et ne culpabilisent pas si tout n'est pas tout rose à l'arrivée du bébé, comme on nous le fait croire à tout bout de champ ! »

Les grands-mères sont loin…

Nicole-Claire Mullot regrette que les mamans ne soient pas davantage préparées à ce bouleversement identitaire. Car passer de : « Je suis une personne à part entière, avec un job, une vie sociale, un amoureux » à « Je suis la mère de » n’est pas rien. D’autant qu’à l’heure actuelle, les nouvelles mères ne bénéficient plus autant de la transmission de l’expérience des grands-mères, des comportements à adopter avec leur enfant. Si les jeunes mamys vivent loin ou travaillent, la jeune maman se retrouve souvent seule à la maison, en manque de repères, de modèle. Et cette sensation d’isolement est amplifiée par le sentiment qu’elle seule voit sa vie chamboulée.
Valentine se souvient : « La vie de la maman change, mais pas celle du papa, en tout cas les premiers mois : les verres avec les copains, le tennis du mardi soir, il a régulièrement un bol d’air frais ! Et puis, il y a les comparaisons - Tu sais, il y a pire -, les remarques - Mais tu ne la laisses jamais pleurer ? -, les conseils qu’on n’a pas envie de suivre - Si tu étais allée chez madame x, elle n’aurait déjà plus de reflux. Les premières semaines sont clairement les plus dures ! Mais vite oubliées ! »
Une constatation partagée par Nicole-Claire Mullot : « On ne dit pas à quel point c’est galère, les trois premiers mois. La mère passe tout son temps avec le bébé tant qu’elle ne travaille pas. Si elle allaite, elle est attachée à son bébé comme une chèvre à son piquet. Si elle n’allaite pas, elle est culpabilisée parce que son enfant a des crampes au ventre et qu’il faut sans cesse changer de lait. Elle ne dort pas la nuit car elle veille son bébé, à la fois pour s’assurer qu’il ne lui arrive rien, mais aussi qu’il ne va pas se mettre à hurler, réveillant au passage le papa qui a repris le boulot. Son bébé refuse de s’endormir sans elle, sauf quand il est gardé par la grand-mère. Ce qui fait qu’elle entre dans un cercle vicieux de culpabilité à tout point de vue. Mauvaise mère parce qu’elle ne sait pas s’y prendre. Mauvaise mère parce qu’elle n’a pas allaité ou mauvaise mère parce qu’elle allaite mais du coup elle n’ose même plus aller chez le coiffeur. Et mauvaise mère parce qu’elle n’en peut plus. »

On ne naît pas mère, on le devient

Les jeunes mères sont très peu, voire pas du tout préparées au choc de la maternité. À peine leur a-t-on parlé du baby blues, cette « dépression hormonale » qui, dans les jours qui suivent l’accouchement, leur donne envie de pleurer, les rend hypersensibles, convaincues qu’elles « n’y arriveront pas ».
Cet état passager, loin d’être une maladie, est nécessaire pour que se tisse le lien mère-enfant. Ce qui est inquiétant, c’est lorsque cette déprime dure plus de deux semaines et prend une ampleur importante.
Une situation qu’a vécue Viviane à la naissance de sont fils : « Les trois premières semaines qui ont suivi la naissance d’Alex, je n’avais pas envie de le voir. J'ai appelé à l'aide ma mère et ma belle-mère, car mon mari et moi étions dépassés. J'avais un sentiment de culpabilité énorme. Je m'en voulais de ressentir autant de mauvaises ondes pour mon fils. Je ne rêvais que de dormir, de retrouver mon corps, mon mari et ma liberté et il était un obstacle à toutes mes envies. De plus, nous nous énervions tout le temps, passions notre temps à nous faire des reproches : ‘Ne le porte pas comme ceci, tiens le comme cela’, ‘Ne le réveilles pas’, ‘C'est à ton tour de le changer !’, etc. Dès que le bébé s'est mis à dormir un peu plus, je suis sortie naturellement de cette petite déprime et je suis tombée follement accro à ce petit trésor, et l'instinct maternel tant attendu est arrivé. J'en ai voulu à la terre entière de ne pas m'avoir prévenue que ce que je vivais était normal et que ça allait passer. Depuis, je le crie sur tous les toits pour que si jamais une maman vit ‘cet enfer’, elle sache qu'il y a des aides et des outils de survie... et surtout que ça passe ! Un enfant, c'est quand même du pur bonheur... même si les premières semaines, c’est galère ! »

Caroline Van Nespen

BON A SAVOIR

Quand le baby-blues dure trop longtemps…

On parle de dépression post-natale ou dépression post-partum lorsque, après une naissance, la maman ressent un mal-être profond qui perdure dans le temps (plus de deux ou trois semaines). En Belgique, on estime que 15 à 20 % des femmes en souffrent.
Comment la reconnaître ? Lorsque le sentiment de débordement persiste dans la durée ; que la mère est découragée, se dévalorise sans cesse. Envahie par ses angoisses, elle n’est pas attentive aux manifestations de son bébé, ne voit pas ce dont il a besoin. Ou au contraire, elle canalise son anxiété dans l’action et prodigue des soins à son enfant comme s’il était une poupée. Dans ce cas, il est essentiel que la mère consulte rapidement un spécialiste qui l’aidera à construire le lien avec son enfant

HELP !

Pour soutenir la jeune maman…

  • C’est le moment où les proches (parents, grands-parents) peuvent entourer la jeune maman d’une présence apaisante en valorisant ce qu’elle fait, en la rassurant sur sa capacité à sentir ce dont son bébé a besoin. L’empathie vaut tous les conseils.
  • Votre bébé a 1, 2, 3, 4 mois et plus ? Retrouvez nos conseils, les émotions et expériences des autres mamans et papas dans le Ligueur et mon bébé. Pour l’obtenir, appelez le 02/507 72 11 ou communiquez la date de naissance de votre tout-petit sur info@liguedesfamilles.be
  • Gynéco, sage-femme, ONE, puéricultrice… les professionnels de la petite enfance sont aussi là pour vous aider. N’hésitez pas à leur demander conseil.
  • Les Bébésrencontres de la Ligue des familles, pour se poser un temps avec bébé et prendre le temps d’échanger avec d’autres parents.
  • Certaines communes ou asbl proposent des espaces dédiés aux mamans et aux bébés. Peut-être en existe-t-il près de chez vous ?
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Quand trop de conseils vous font tourner la tête…

Un jour, on devient parent et c’est pour la vie. Et tous les jours de cette vie, il va falloir imaginer, inventer, s'adapter, évoluer car, tous les jours, cet enfant qui vous a fait parent va grandir, se développer, vous poser de nouvelles questions. Bien sûr, les études basées sur l’observation des enfants montrent que, dans les grandes lignes, ils passent tous par des stades assez prédictifs. Reste qu’il n’y a pas de réponses toutes faites aux questions que pose l’éducation de votre petit.

 

Yves Baukens, sage-femme... homme

Yves Baukens, 55 ans, nous attend à la maternité des Cliniques de l’Europe, à Bruxelles. À notre arrivée, dans une pièce près d’un couloir avec des bouquets de fleurs au sol, il est en pleine discussion avec son équipe. Pause-café ou réunion : l’ambiance est décontractée, conviviale. À l’image de l’homme… sage-femme.