Vie de parent

Prix Versele 2020 : les 25 titres
sélectionnés sont connus

Et c’est reparti pour une 41e année ! Le prix Versele est de retour avec sa cohorte de belles images et d’histoires à faire rêver, réfléchir, aimer, rire ou pleurer. Une sélection à faire consommer à vos enfants sans aucune modération.

Prix Versele 2020 : les 25 titres sélectionnés sont connus

Au printemps de cette année, plus de 50 000 bulletins de vote sont tombés dans la grande urne du prix Bernard Versele. Et comme le quarantième anniversaire de ce prix vient d'être fêté avec un certain panache, on peut espérer qu'en 2020, ce nombre sera encore plus important. Cela dit, la formule reste la même : dans les pages qui suivent vous sont présentés 25 livres, répartis en cinq catégories. Pour faire court, disons que chacune d'elles correspond à une tranche d'âge ou plutôt à des compétences et des appétits de lecture selon les enfants.

1 Chouette (dès 3 ans)

Bonjour Soleil ! - Corinne Dreyfuss (Thierry Magnier)

Un livre tout carton qui parle aux petits (et aux grands aussi) du temps qu'il fait et de celui qui passe. Au début, c'est le matin, le ciel est bleu et le soleil y brille. Les pages se tournent et l'histoire météorologique se déroule : petit nuage, gros nuages, pluie, vent. Mais voici que sur des fonds noirs d'encre apparaissent la lune et les étoiles. Sans doute est-il l'heure de dormir ? Mais comme les livres sont aussi faits pour éveiller, voici que le soleil est de retour pour une nouvelle journée. Les dessins sont joyeux et le texte résonne comme une musique. On n'est pas étonné d'apprendre que ce texte, Corinne Dreyfus le dit à voix haute avant de le fixer sur le papier.

Petite baleine - Jo Weaver (Kaléidoscope)

C'est une petite baleine grise. Elle est née dans une lagune chaude et peu profonde de la côte mexicaine. À présent qu'elle est assez forte, elle va remonter avec sa mère vers le nord, vers l'Alaska ou la mer de Beaufort. Pour raconter cette expédition, Jo Weaver utilise une gamme de fusains gris et bleu foncé. Cadrages et points de vue sont impressionnants. Et pourtant une impression de sécurité et de tendresse émane de chaque double page. Et si vous craignez que ce presque « noir et blanc » ne décourage les jeunes lecteurs, tentez l'expérience. Vous constaterez que, tout au contraire, l'album les captive.

L'œuf - Kevin Henkes (Le Genévrier)

Au départ, ils sont quatre œufs aux tendres tons pastel : rose, jaune, bleu et vert. Des trois premiers ne tardent pas à s'extirper trois oiseaux d'une couleur assortie à leur coquille. Mais pour le quatrième - le vert -, il faudra attendre, patienter, tenter quelques coups de bec avant qu'enfin la coquille ne craque. Ce qui en sort est indéniablement vert. Mais ce n'est pas un oiseau. C'est un alligator. Panique chez les oiseaux, d'où tristesse chez le saurien qui se sent rejeté. En tous cas dans un premier temps ! Traité comme une bande dessinée, voici le 50e album d'un artiste chevronné qui raconte autant avec ses dessins qu'avec ses mots.

Tête à queue - John Canty (Le Genévrier)

C'est un documentaire ? Oui, on peut dire comme ça. Un documentaire avec du mystère et un brin d'émotion. Les personnages sont des animaux qui invitent les lecteurs et les lectrices à découvrir leur identité. Sur une page, une question en forme de devinette et l'esquisse à l'aquarelle d'un arrière-train. La page tournée, on vérifie sur la suivante si notre réponse est la bonne. Et on découvre la tête de l'animal réalisée dans une technique – nous dit l'éditeur – adaptée de planches animalières du XIXe siècle. Vous craignez que ce « catalogue » soit monotone ? Crainte non fondée : ici et là, l'artiste tend des pièges qui incitent à la vigilance et ajoutent à la jubilation.

Enfin avec ma mamie ! - Taro Gomi (Nobi Nobi)

Une petite Lola qui décide soudain de rendre visite à sa grand-mère et une grand-mère qui décide d'aller voir à l'improviste sa petite Lola, quoi de plus normal ? Elles habitent loin l'une de l'autre, mais la région est bien équipée en engins de toutes sortes, le problème n'est pas là. Le problème, c'est que la petite fille et la vieille dame ont pris leur décision exactement au même moment, que la mamie monte dans un train et que la petite Lola monte dans un bus, qu'elles vont se croiser sans se voir et… vous devinez la suite, y compris (le titre l'annonce) qu'au bout d'un certain temps, la rencontre aura lieu. Taro Gomi – qui est à présent citoyen américain - a publié près de 400 livres. Celui-ci date de 1979. De même que le prix Bernard Versele qui est né la même année, il a gardé toute sa fraicheur.

2 Chouettes (dès 5 ans)

Laissez-moi tranquille ! - Vera Brosgol (Bayard jeunesse)

L'injonction du titre court en leitmotiv à travers l'album. Mais pourquoi la vieille dame qui la prononce est-elle à ce point excédée ? Tout simplement parce qu'elle meurt d'envie de tricoter en paix la trentaine de pulls destinés à la trentaine de petits-enfants pleins de joyeuse énergie qui composent sa famille. Elle n'a qu'à aller ailleurs, direz-vous. Elle a essayé, bien sûr. Mais que ce soit au fin fond de la forêt, tout en haut de la montagne ou même sur la lune, ses pelotes de laine multicolores sont si appétissantes qu'elles se font avaler en moins de deux. Il lui faudra aller vraiment fort loin pour réussir à terminer sa tâche. Dans une ambiance de vieux conte russe – Vera Brosgol est née à Moscou – parsemé d'allusions aux rêves contemporains de la recherche spatiale, ce premier album d'une artiste qui vient de l'animation apporte du neuf et du tout frais.

Les Voisins - Einat Tsarfati (Cambourakis)

Sur la couverture, une porte entrouverte. On ne résiste pas au sourire espiègle de la petite fille qui invite à entrer dans cet immeuble de sept étages. On va la suivre jusqu'au dernier, où elle habite avec ses parents. À chaque palier, tout est différent. Rien d'étonnant à ça, me direz-vous. D'accord, mais ce qui est jubilatoire, c'est de découvrir que les voisins qui habitent derrière ces portes sont plus extravagants les uns que les autres. En tous cas, dans l'imagination de la jeune demoiselle. Et comme cette imagination est particulièrement foisonnante, chaque double page est bourrée de détails loufoques. Chez elle, au 7e étage, comment est la vie derrière la porte ? La surprise finale est particulièrement délicieuse.

L'homme qui faisait peur aux oiseaux - Sylvie Neeman et Pierre Pratt (La Joie de lire)

L'homme dont parle le titre est-il un méchant bougre ? Pas du tout. Il est parfois nécessaire et même vital de faire peur aux oiseaux. L'homme du titre – il se prénomme Jonas – travaille à l'aéroport. Son métier consiste à éloigner les oiseaux des pistes d'atterrissage. Car les oiseaux, même tout petits, même tout fragiles, représentent un danger pour la sécurité des moteurs. Aujourd'hui, bien avant l'aube, Jonas ne part pas seul. Mathias, le fils de sa voisine, l'accompagne. C'est le jour de l'année où chaque enfant de la classe va au travail avec un adulte. Arrivés à pied d'œuvre, une fois passés les contrôles, les barrières et les gardiens, Mathias va découvrir – et nous aussi – comment on fait peur aux oiseaux… Ajoutons juste qu'on pourrait s'attendre à un album froid, construit sur une accumulation de détails techniques. Alors qu'il en émane avant tout une impression de convivialité et de chaleur humaine.

Menace verte - Aaron Reynolds et Peter Brown (Le Genévrier)

Une histoire qui pourrait être en noir et blanc. Sauf qu'il y a cette culotte verte qui semble terroriser le lapin de la couverture. Vous ne suivez pas ? Reprenons depuis le début. Comme Jasper – c'est le nom du lapin – avait besoin de nouvelles culottes, sa mère lui en avait acheté trois paquets en honnête coton blanc. Mais le gamin avait quand même réussi à s'en faire offrir une d'un étonnant vert fluo. « Une culotte d'enfer, si effrayante, si confortable ! », disait la publicité. L'ennui, c'est que, dans ce cas-ci, la publicité disait vrai. Et même quand on est un « grand », il y a de quoi être un tantinet effrayé lorsque, la nuit, sa culotte se met à émettre une lueur verte macabre. Vous objectez qu'il suffit de s'en débarrasser ? Mais comment faire si la culotte résiste ? Cela va sans dire, voici un album tout simplement hilarant.

À pas de loup… - Christine Schneider et Hervé Pinel (Seuil jeunesse)

C'est la nuit. La maison des grands-parents est ancienne et énorme. Dans un grand lit, Claire et Louis ne dorment pas. Ils n'ont pas peur, mais ils ont faim. Leur trajet vers la cuisine ressemble à une expédition. Il faut vous dire que les couloirs et les escaliers sont bourrés d'animaux, d'objets exotiques, de tableaux, de sculptures étonnantes. À première vue, les animaux sauvages semblent empaillés… mais, à l'usage, ils se révèlent particulièrement vivants. Que ce fantastique ne perturbe guère les enfants ne nous étonne pas. On sait depuis belle lurette que les petits ont beaucoup d'imagination. Mais Papy et Mamy semblent eux aussi se montrer à l'aise avec l'étrange. Pour eux, c'est dans la simplicité de la vie quotidienne qu'ils repèrent la folie. Et ça, c'est jubilatoire.

3 Chouettes (dès 7 ans)

Tonton Couture. Une histoire au bord du fleuve São Francisco - Eymar Toledo (Anacaona junior)

Ce récit s'inspire de faits réels, nous signale l'auteure qui réside à présent à Mayence, mais qui a vécu toute sa jeunesse au Brésil. Il met en scène un jeune garçon qui passe ses après-midi chez son tonton Couture et qui rêve de devenir, lui aussi, un couturier. Mais la construction d'une usine de traitement des minerais ne tarde pas à transformer le paysage et à bouleverser tous les plans. Le jeune homme et son tonton Couture devront déployer une énorme créativité pour que l'album se termine sur une note heureuse. Car ce qui nous est conté, c'est la destruction de la culture locale par une industrialisation basée sur le profit. De quoi alimenter les réflexions. L'édition originale de cet album a reçu le prix spécial de l'Académie allemande de littérature jeunesse pour son message écologiste.

Claude et Morino - Adrien Albert (l'école des loisirs)

Au centre de cet album, la naissance d'une amitié, un thème très présent dans la littérature de jeunesse. Mais quand Adrien Albert s'en empare, le résultat est exceptionnel. Voici tout d'abord Morino, un jeune taureau. Pour la première fois de sa vie, il part en vacances tout seul, sans papa et maman. Et puis voici Claude, un squelette vert pomme, à la fois crampon et attendrissant. Il se reposait sous terre depuis quelque temps, à l'endroit précis où – chance ou malchance – Morino vient de garer sa caravane-charrette à bras (cette dernière, omniprésente, est quasi un personnage à part entière). Construit en chapitres comme une bande dessinée, avec prologue, épilogue et même marque-page intégré, l'album est à la fois désopilant et bigrement quotidien. On espérait, sans trop y croire, que l'artiste n'abandonnerait pas des personnages aussi attachants. On n'est pas déçu. Un Claude et Morino 2 vient de paraître !

Le plein de Blorg - Matthieu Sylvander et Perceval Barrier (l'école des loisirs – Mouche)

Tout se joue en une heure… et en une cinquantaine de pages. Alors que les fermiers sont partis au village et que, dans la cour de la ferme, la jeune Ninon joue paisiblement au mouchoir avec les animaux, voici que tombe du ciel un gros objet rond qu'il faut bien nommer vaisseau spatial. Les extraterrestres que contient l'engin viennent de Pluton et sont bien décidés à détruire la planète Terre qui a le tort de se trouver sur le chemin d'une future autoroute. Seul le manque de carburant – du blorg – les a forcés à atterrir. Ninon, qui n'est pas née de la dernière pluie, est prête à négocier la survie de la Terre. Encore faut-il savoir où trouver ce précieux blorg…
Cette fois le tandem Sylvander-Barrier s'adresse aux petites lectrices et aux petits lecteurs qui commencent à lire tout seul·e·s. Avec toujours la même drôlerie, la même ouverture d'esprit et le même sens critique.

L'Infini et Moi - Kate Hosford et Gabi Swiatkowska (Le Genévrier - Est-Ouest)

Quelle est la grande personne qui ne s'est pas retrouvée un jour sans voix devant une de ces questions existentielles qu'en dehors des philosophes, seuls les enfants osent poser ? La question fuse alors que l'adulte s'y attend le moins et que l'attention de l'enfant semble occupée par tout autre chose. Ainsi en va-t-il pour la jeune narratrice de cet album. Trop excitée pour dormir après avoir enfilé ses nouvelles chaussures rouges, elle va s'asseoir sur la pelouse et lève les yeux au ciel. « Combien y a-t-il d'étoiles ? », « Peut-être que leur nombre est aussi grand que l'Infini ? », « Mais comment imaginer quelque chose d'aussi grand que l'Infini ? ». La petite fille n'aura de cesse d'obtenir des réponses en posant cette question à tous ses proches, dans sa famille et à l'école.
Voici un album rare que l'auteure et l'illustratrice ont patiemment construit après avoir interrogé des enfants.

Panthera tigris - Sylvain Alzial et Hélène Rajcak (Rouergue)

L'histoire est inspirée d'un conte indien contemporain. Mais des savants comme celui qu'elle met en scène, on en trouve dans le monde entier. Un savant très savant dont les connaissances sont immenses s'aperçoit un jour – consterné – qu'il ne sait rien sur le tigre du Bengale. Il décide donc de partir à sa recherche. Ayant loué les services d'un jeune guide autochtone, le voilà parti dans la jungle indienne. La rencontre avec le fauve finit par avoir lieu, mais l'expérience manque de tourner mal. Le jeune guide n'avait-il pas prévenu le vieil homme ? Oh que si. À maintes reprises, il avait tenté de le mettre en garde. Mais le savant, la tête encombrée de tout ce qu'il avait étudié dans les livres, ne l'avait point écouté.
Un album dont l'humour n'est pas absent, qui parle de théorie et de pratique et avant tout de la capacité d'écoute.

4 Chouettes (dès 9 ans)

Le vrai voleur - William Steig (Gallimard Jeunesse - Folio Junior)

Dans la chambre forte du palais, le Trésor royal semble bien gardé. La pièce n'a qu'une porte. Et seuls le roi – l'ours Basil – et l'oie Gauvain en possèdent la clé. Or, il se fait que des pierres précieuses, des pièces d'or et même un énorme diamant disparaissent. Comme on ne peut soupçonner le roi, Gauvain, serviteur intègre, est accusé et finit par être jugé. Plein d'amertume, il s'enfuit. Plus tard, quand le véritable voleur se présente à lui, Gauvain lui pardonne son silence. Mais il lui est plus difficile de pardonner à ses amis qui ne lui avaient pas fait confiance.
Une fable sur l'injustice, mais aussi sur le soupçon, le pardon et les exigences de l'amitié. Par le célèbre auteur de Shrek, le roman qui a inspiré les films éponymes.

Robot sauvage - Peter Brown (Gallimard Jeunesse)

Ça commence comme une robinsonnade, sauf qu'ici, le Robinson est un robot ou plus exactement une robot, seule rescapée du naufrage d'un navire dont la cargaison ne comportait que des machines semblables à elle. Connectée, la machine à l'allure humanoïde se présente : « Bonjour, je m'appelle Roz ». Petit à petit, elle noue des contacts avec les animaux de l'île. Elle se transforme, éprouve des sentiments, apprend les langages. Comme dans les expériences de Konrad Lorenz, elle devient même la maman d'une oie. Par rapport aux robots « classiques », Roz devient, comme le suggère le titre, un robot sauvage. Pour l'auteur, l'instinct animal est un peu comme un programme informatique. Il le dit dans une postface où il explique sa fascination pour les robots et pour la nature. Vous craignez qu'à la fin des presque 300 pages, Roz ne soit sommée de rentrer dans le rang ? Votre crainte est justifiée. Mais l'histoire n'est pas terminée : un Robot sauvage 2 a déjà paru en anglais.

Trois Portugais sous un parapluie (sans compter le mort) - Rodolfo Walsh et Inès Calveiro (Les 400 coups)

C'est un vrai polar avec un vrai crime, un vrai mort, un vrai coupable et un vrai commissaire. Et en plus, c'est vraiment drôle. Une première lecture vous fait découvrir le suivi de l'enquête comme tapée sur une vieille Remington : l'histoire d'un meurtre commis sous un parapluie rouge abritant au départ quatre Portugais coiffés de sombreros. À la fin, des Portugais, il n'en reste que trois, le quatrième étant mort et bien mort. Peut-être aurez-vous compris dès cette première lecture lequel des trois est le coupable ? Sinon, il vous faudra reprendre au début, enregistrer la pertinence des questions, peser le sens des réponses, observer les lieux et relire avec attention les conclusions du commissaire et de son assistant. En quête d'indices, vous pourrez aussi scruter plus attentivement les collages en noir et blanc et rouge.

Einstein, sur un rayon de lumière - Jennifer Berne et Vladimir Radunsky (Les Éditions des Éléphants)

« La vie d'Einstein est si riche et ce livre si court que je n'ai pas pu tout y mettre », regrette l'auteure en postface de l'album. Ce qu'elle y a mis, ce sont des moments de vie qui l'ont frappée, intriguée, passionnée, émue. Non seulement Albert adulte, qui réfléchit sur les nombres, sur le mouvement, sur l'infiniment petit et l'infiniment grand, sur la lumière et sa vitesse. Mais aussi Albert bébé, qui, à 2 ans, ne dit rien, Albert petit garçon fasciné par une boussole, Albert que la musique rend heureux, qui aime marcher pieds nus et qui adore la crème glacée. Et à travers tout Albert qui pendant toute sa vie n'a cessé de poser et de se poser des questions. Cela donne un album tout entier voué à la découverte et à la créativité. Nous sommes loin des clichés décrivant la science comme rébarbative et ennuyeuse.

Une super histoire de cow-boy - Delphine Perret (Les fourmis rouges)

Une histoire de cow-boy plutôt costaude : le cow-boy est impitoyable, il fume et boit des litres de whisky, il est sale et puant, il jure et se bagarre, cambriole des banques et fuit sur son cheval, à travers les grands espaces. En tous cas, c'est ce que dit le texte de la page de gauche. Mais si l'on suit les illustrations de la page de droite, on capte un tout autre son de cloche : ici, le cow-boy est remplacé par un singe qui mange poliment des bananes, se brosse les dents, fait du sport et se lave les mains avant de manger. Tout le reste est à l'avenant. Vous aurez compris que Delphine Perret nous offre une délicieuse critique de la censure – et surtout de l'autocensure – qui sévit plus vite que son ombre. De la première à la dernière page, le résultat est désopilant.

5 Chouettes (dès 11 ans)

Trop de chefs, pas assez d'Indiens - Marion Achard (Actes Sud junior)

Lally, la jeune narratrice, se passionne pour le monde des Indiens d'Amérique et se présente volontiers comme une guerrière cherokee. D'une certaine manière, l'aphorisme de Chavée, « Je suis un vieux Peau-Rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne », lui va comme un gant. Mais Lally se sent incomprise par les adultes, aussi bien à l'école que dans sa famille. Son imagination débordante, sa conception de la logique, son refus de l'ennui et son besoin d'expérimenter dérangent. Heureusement qu'il y a Paty, la meilleure amie, la complice toujours à l'écoute, toujours prête à comprendre et à partager. Vous espérez qu'il se passe quelque chose, un événement qui bouscule ce quotidien morose ? Votre attente ne sera pas déçue. L'événement, ce sera l'irruption, avec âne et bagages, d'Aldo, un jeune écrivain-voyageur, adepte de la lenteur, imperméable aux idées reçues. Il va bivouaquer pendant quelques jours dans la forêt proche du village. Et, bien sûr, Lila et lui vont se rencontrer. Un détail : sur le bât de l'âne est cousu un écusson rouge avec un grand tipi jaune et l'inscription « Trop de chefs, pas assez d'Indiens »…

La marche du baoyé - Sigrid Baffert, Adrienne et Léonore Sabrier (MeMo – Polynie)

Un roman court – même pas soixante pages – qui parle de l'exil. Tout y sonne juste et pourtant rien n'y est vrai. Ou, plus exactement, rien n'y est localisé dans le temps ou dans l'espace. Même le baoyé du titre, cet arbre aux fruits juteux que la famille transporte dans un tonneau à travers le désert rouge, ce baoyé qui, on le devine dès le début, va leur sauver la vie, vous ne trouverez son nom dans aucun dictionnaire. Longtemps, la famille a résisté aux Déracineurs. C'est ainsi que sont nommés ceux qui les assiègent. On ne saura rien d'eux, sauf qu'ils ratiboisent tout pour construire un hôtel énorme. Après avoir épuisé leurs réserves, après la mort de leur âne, la famille s'est donc décidée à partir. La langue de l'auteure est si belle que vous aurez envie de lire ce roman à haute voix.

Le cheval qui galopait sous la terre - Dedieu (Thierry Magnier - Petite poche)

C'était au temps où, dans nos régions, il y avait encore des mines de charbon. Des mines où on embauchait encore des enfants. Dans une autre vie, Grand-Gris était un cheval de labour. Petit-Jean était son ami. À présent, Grand-Gris a été vendu à la Compagnie des Charbons, on l'appelle Gaillard et, au fond de la mine, il tire le train des wagonnets. Dès qu'il a pu, Petit-Jean l'a suivi. Ils forment à nouveau un duo. Mais comment un cheval peut-il galoper dans le noir du fond d'une mine ?
Dedieu a signé beaucoup d'albums, mais ce n'est que la deuxième fois qu'il fait le pas d'écrire sans images. Comme pour ses albums, il va droit à l'essentiel sans fioritures, sans bavardages. Ici, en 40 petites pages, c'est dans la tête des lecteurs et des lectrices qu'il fait naître les images.

Jefferson - Jean-Claude Mourlevat et Antoine Ronzon (Gallimard Jeunesse - Roman junior)

En fuite alors qu'il est accusé à tort du meurtre d'un blaireau coiffeur, le jeune hérisson Jefferson décide de mener l'enquête pour découvrir le vrai meurtrier. Mais ce roman nous entraîne bien au-delà d'une aventure policière qui se déroule dans deux mondes que sépare une frontière perméable : celui des animaux où les humains sont rares et celui des humains où les animaux sont tolérés. L'exergue « À mes enfants qui m'ont ouvert les yeux » met le lecteur sur la voie. À quel propos les enfants Mourlevat auraient-ils ouvert les yeux de leur papa ? Avant tout, sans aucun doute, à propos des relations que nous entretenons avec les animaux. Car les pérégrinations de Jefferson dans le pays des humains lui font découvrir des horreurs et l'amènent à des conclusions tout à fait intéressantes qu'il résume ainsi : « Tout en haut, les humains pas peu fiers de leur supériorité. En dessous, il y a nous, que les humains regardent de haut, mais bon, on a la parole, on peut se défendre un peu. En dessous encore, les animaux de compagnie qui n'ont pas la parole, mais que les humains ont choisis, à qui ils donnent des noms et qu'ils protègent. Et en dessous, tout en bas, il y a la sous-catégorie des animaux d'élevage, des animaux de boucherie, quoi… Et alors là, mon ami, ça craint ».

Captain Mexico - Guillaume Guéraud et Renaud Farace (Rouergue – dacodac)

Un petit village mexicain au bord du Rio Grande. De l'autre côté du fleuve, ce sont les États-Unis tentaculaires et leur président Donald Trompette, grand ami du terrible général Mapache, chef de la sécurité du Mexique. Eh oui, passionné de comics et de séries B, Guillaume Guéraud a beaucoup d'imagination, mais ses histoires sont souvent ancrées dans la réalité. Le héros de l'histoire, c'est Paco. Il doit avoir 9 ans et ne veut rien savoir des superhéros américains, genre Big Boss ou Captain America. Lui, son héros, c'est le révolutionnaire Emiliano Zapata. Dans son village, la vie n'est pas rose. Les entreprises américaines y font la loi. Les prisons sont surpeuplées. Pas mal de familles vivent dans des taudis. Le père de Paco, lui, se prépare à tenter de passer clandestinement la frontière. Mais, un jour, un sombrero tombe littéralement du ciel. Et quand Paco s'en coiffe, il y gagne d'étonnants pouvoirs…

Maggy Rayet

En coulisses

Le prix Versele, comment ça fonctionne ?

Une des spécificités du Prix Bernard Versele de la Ligue des familles, c'est le réseau de plusieurs centaines de volontaires qui s'y impliquent. Tout d'abord dans le choix des titres. Les vingt-cinq livres proposés à l'avis des enfants sont le fruit d'un long processus : de la prospection au sein de la littérature de fiction publiée chaque année jusqu'au vote final en séance plénière, en passant par des discussions au sein d'une quinzaine de comités de lecture régionaux en Wallonie et à Bruxelles.
Ensuite dans l'accompagnement des livres. Ce sont aussi des volontaires qui iront présenter, notamment dans les classes qui le demandent, les titres sélectionnés.

Pour tout savoir du prix Versele et voter en ligne : liguedesfamilles.be

Avec le soutien de

Fifty-One International, du Fonds Marinette M. de Cloedt et de la Cocof