0/2 ans3/5 ans

Quand la séparation s’apprend
à p’tits pas

Ici, c’est tout en douceur que les enfants se détachent progressivement de leurs parents. Ce n’est pas une longue adaptation à l’entrée en crèche ou à l’école, non. C’est une Maison Verte, une maison ouverte. Ouverte à qui ? Aux enfants de moins de 4 ans accompagnés d’un parent, grand-parent ou accueillant·e.

Quand la séparation s’apprend à p’tits pas

Mardi matin, 9h, deux petites paires de baskets et une paire de grandes chaussures noires se dirigent vers Les P’tits Pas, une Maison Verte située dans un quartier piétonnier de Woluwe-Saint-Pierre. Mathieu et Alexis sont des jumeaux de 2 ans. Ce matin, c’est avec leur papa qu’ils viennent à la Maison Verte. Pantalon de costume gris, chemise blanche nickel, on s’imagine difficilement qu’il se retrouvera bientôt à quatre pattes avec un mini-tablier autour du cou pour fixer une cape de superhéros à un de ses fils pendant que l’autre, déguisé en abeille, dévalera le toboggan.
Arrivés les premiers ce matin, ils sont accueillis par Chantal et Sophie et semblent plutôt à l’aise. « On a dû les retirer de la crèche à cause de problèmes respiratoires, raconte leur papa. Ils enchaînaient les bronchiolites, puis ont été hospitalisés à cause d’une pneumonie… Nous avons donc dû nous réorganiser. J’ai pris un congé parental, ma femme aussi. Et on espère qu’à la rentrée prochaine, ils seront plus costauds pour affronter les microbes de l’école ». Venir à la Maison Verte, pour eux, c’est une activité et l’occasion de rester en contact avec d’autres enfants.
Chantal, accueillante en Maison Verte depuis vingt ans explique : « On est ouvert à tous. Ici, on travaille surtout la séparation avec les parents et avec les jeux. C’est parfois difficile pour un enfant de se séparer d’un jeu qui lui plaît, dans lequel il s’est investi. La séparation, c’est tout un apprentissage, l’enfant fait des allers-retours entre son parent et les jeux ou les autres enfants ».

Pour les foufous… et les timides

Et l’apprentissage de la séparation ne se fait pas au même rythme pour chacun. Le petit Carl vient d’arriver en trombe à l’intérieur de la salle de jeux sans même jeter un regard à sa maman, enceinte de 8 mois et ravie de se poser pendant que son garçon se dépense en toute autonomie. « Ici, il entend parler français, ça le prépare avant l’école », explique-t-elle en anglais.
Près de l’entrée, le petit Paul n’a pas encore quitté sa nounou. Il observe les lieux depuis un quart d’heure. L’ambiance est calme : un jumeau joue sur une petite cuisinière en bois, l’autre se balance avec entrain sur un cheval à bascule, pendant que Carl avance dans sa voiturette préférée : la jaune et rouge avec des roues bleues.
Après quelques coups d’œil furtifs aux alentours, le petit Paul se risque hors des genoux de sa nounou, il fait deux pas, attrape un livre dans la bibliothèque et retourne dare-dare chez celle qu’il connaît bien avec son butin entre les mains. Ça semble peu, ces quelques pas, mais c’est un début. Peut-être que la prochaine fois, il ira un peu plus loin ou qu’il jouera avec un autre enfant… Il apprivoise en douceur la vie en collectivité.

Pas de programme, mais des jeux

Au-dessus du canapé de Paul et sa nounou, un panneau indique : « Ici, c’est bête comme chou, on s’assied et on cause ». Une citation de Françoise Dolto qui illustre bien la philosophie du lieu. « C’est vrai, on peut discuter. D’ailleurs, on ne propose pas d’activités aux enfants. C’est sûrement la particularité des Maisons Vertes, précise Sophie, psychologue et accueillante aux P’tits Pas depuis quatre mois. Ici, l’enfant joue librement. Et les parents (ou grands-parents) aussi sont libres. Les adultes se posent et petit à petit, des discussions émergent. On est surtout un lieu de parole ».
La grand-mère d’Olivia, arrivée entre-temps, acquiesce. « Je venais déjà ici avec mes enfants il y a plus de vingt ans. Maintenant je reviens avec ma petite-fille, elle ne va pas en crèche. Alors venir ici, c’est l’idéal. Elle peut venir près de moi, partir jouer un peu plus loin, revenir… ».
À leur manière, les petits apprennent aussi à dialoguer dans cette Maison Verte. Parfois en douceur, parfois avec quelques heurts aussi. Justement, des pleurs retentissent dans la pièce. Un petit garçon ne peut pas avancer à cause du caddie coloré manipulé par un autre enfant. Le second a l’air surpris. Sophie, une des accueillantes du jour, se glisse à genoux à leur hauteur pour mettre des mots sur la situation : « Raphaël, vient expliquer à Robin ce que tu veux, il n’a pas compris ». Il montre le caddie du doigt, l’autre garçon lui cède sans sourciller. Déjà, un début de communication et de partage.

Estelle Watterman

En pratique

Quoi ? Les Maisons Vertes sont des lieux d’accueil anonymes. Tout enfant de moins de 4 ans peut y venir à condition d’y être accompagné d’un adulte. Pas besoin de réserver, on paie juste 3 € de participation par famille.

Où ? Il existe cinq Maisons Vertes à Bruxelles, elles ont chacune leur horaire d’ouverture. Info sur leur site : lesmaisonvertes.be
En Wallonie, d’autres lieux d’accueil s’inspirent de la philosophie des Maisons Vertes. Pour les Tournaisiens, filez sur borddemer.be. Pour les parents namurois, info sur préenbulles.be ou Le Fil de soi qui a ouvert cette année. À Louvain-la-Neuve et à Wavre, c'est le Parle-Jeu qui accueille parents et petits en matinée.
Plus près de chez vous, peut-être, trouverez-vous un Bébés-rencontre organisé par la Ligue des familles. On peut aussi s’y poser et causer pendant que les enfants jouent. L’avantage ? Il y en a presque partout. 

Sur le même sujet

Une transition sans larmes

La première journée chez sa marraine, l’entrée en crèche ou à l’école, le premier week-end chez les grands-parents… toutes ces occasions permettent d’apprendre à se passer un peu de ses parents pour élargir ses horizons. Parfois, la transition est accompagnée de pleurs. Mais elle peut aussi se passer en douceur.