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Quand le sommeil de bébé
est sous haute surveillance

Après sa naissance, Elliot a dû rester hospitalisé pour raison médicale. À l’unité de néonatologie, il était d’office sous monitoring comme tous les autres enfants, mais un examen du sommeil a montré des anomalies et, après quelques semaines, Elliot est rentré à la maison sous surveillance cardio-respiratoire.

Quand le sommeil de bébé est sous haute surveillance - Thinkstock

Céline et Maxime, ses parents, ont donc accueilli chez eux leur bébé et sa machine, munis d’une boîte de pochettes d’électrodes ainsi que des explications circonstanciées des soignants, et d’une date pour un examen de contrôle. Leurs sentiments étaient mélangés : une sorte d’anxiété rassurée, à certains moments pesante, à d’autres qui se laisse oublier…
Elliot, lui, découvre la vie raccordé à ses trois petits fils de couleur. Éveillé, dans les bras, on les enroule ensemble et on les glisse entre la chemisette et le pyjama, ou dans une poche de son vêtement. Quand il sombre dans le sommeil, on les branche au gros câble gris du monito. Maman et papa se sont rapidement familiarisés avec l’appareil. C’est un des « indispensables » d’Elliot, avec son doudou et sa tutte.
Il lui arrive de sonner. À chaque fois, quelle que soit l’heure, c’est le petit coup de stress. C’est sauter en l’air et se précipiter vers Elliot, puis, arrivé à lui, se contenir pour l’aborder doucement : constater qu’il respire, qu’il a une bonne coloration, lire ce qu’affiche le monito - « apnée », « bradycardie » ou « alarme technique ». Une seule fois, sur « apnée », Elliot a paru un peu pâle, mais c’était la nuit, et dans l’obscurité puis dans l’éblouissement soudain de la lumière électrique, on n’est pas très sûr de ce qu’on a observé. C’est vrai qu’il transpirait un peu. Les autres fois, quand on arrive, il bouge, ou a même les yeux ouverts et accueille avec le sourire ce remue-ménage inattendu. La sonnerie, aiguë et impérieuse, constitue la plupart du temps une stimulation suffisante pour accélérer le rythme cardiaque s’il est un peu trop lent, ou pour relancer la respiration si elle s’est interrompue plus de vingt secondes.

D’une fois à l’autre

Céline et Maxime ont remarqué qu’Elliot apprécie d’être mis sur le ventre. Parfois, en fin de journée, quand il est tendu ou a l’air d’avoir de petites coliques, ou qu’il semble très fatigué sans pouvoir trouver son sommeil, le mettre sur le ventre l’apaise. La tentation est grande alors de lui offrir ce confort, en comptant sur la « sécurité » du monitoring… Mais le médecin a été formel : sur le dos, le bébé, pour dormir ! Oui, le monito alerterait en cas d’apnée, mais le mieux est de ne pas faire d’apnée. Quand Elliot sera à même de se retourner tout seul, il choisira peut-être d’autres positions, mais quand on le met au lit, on le couche sur le dos.
Elliot grandit, l’utilisation de la machine suit. Les périodes de sommeil et d’éveil étant mieux délimitées, on peut ne lui mettre les électrodes que pour la sieste et la nuit. Même si on peut varier un peu les emplacements, la peau du torse, à la longue, s’irrite de la colle ou du gel de contact, et présente des rougeurs ou des petits boutons. Placer les électrodes là où c’est le moins irrité, hydrater ou soigner là où c’est abîmé ou inflammatoire… et savoir que là où on a mis de la crème, l’électrode collera mal !
Elliot grandit et, malgré le choix astucieux des vêtements et du sac à dodo pour laisser aux fils un trajet fluide et relativement hors de portée, parfois, il se saisit d’un fil, tire dessus, l’enroule ou remonte jusqu’au câble, l’attire à lui, s’emberlificote dedans… et fait sonner le tocsin !
Comme la fois où, alarme hurlante, Céline a trouvé, à une heure tout à fait incongrue de la nuit, Elliot suçotant consciencieusement la fiche rouge déconnectée. Et celle où, Elliot gigotant au petit matin d’un dimanche, ses vocalises ont dégénéré en grognements, puis en pleurs francs : ses parents l’ont découvert un bras engagé jusqu’à l’épaule dans une boucle du câble, celui-ci passant dangereusement en travers de son cou. Céline et Maxime se sont regardés avec un sourire un peu jaune; ils pensaient tous les deux : « S’il s’étrangle, ça sonnera… »

Se sevrer de l’assurance donnée par la machine

Une autre fois, les parents ont été tirés du lit à minuit par une alarme technique : « low battery », mais le monito était branché dans la prise. Très vite, ils constatent d’une part qu’Elliot a ouvert un œil, l’a aussitôt refermé et dort le plus paisiblement du monde, d’autre part qu’il n’y a plus d’électricité ni à l’étage ni dans le reste de la maison. Une courte investigation pieds nus à la cave, puis à la fenêtre, amène à la conclusion d’une panne de secteur. Les piles de la batterie d’autonomie du monitoring se trouvent à plat. Pas de rechange à la maison.
« Bon, qu’est-ce qu’on fait ? On le prend dans notre lit ? Mais il dort si bien… Toi, tu retournes au lit et, moi, je reste près de lui, puis on change de quart et tu me relaies ? Combien de temps ça va durer ? On oserait le laisser comme ça ? Ça a encore sonné il y a trois semaines… Je ne pourrais de toute façon pas dormir. Et puis, le laisser débranché, ce serait ôter le sens de toute la surveillance : c’est tout le temps ou pas du tout… »
Moins d’inquiétude finalement que de doutes quant à l’attitude à adopter, que de questions qui assaillent des parents frissonnant dans leur pyjama, à la lueur de la lampe de poche, sur le palier de l’étage… Avant qu’une décision soit prise, le courant a été rétabli, et la nuit s’est terminée dans le calme. À la première heure le lendemain, Maxime a couru acheter deux jeux de piles neuves : un à mettre dans l’appareil et un autre en réserve.
Tous les trois mois, Elliot va passer une nuit à l’hôpital, à l’unité du sommeil, pour un examen de contrôle. Viendra bien un jour où le tracé satisfaisant montrera qu’il n’a plus besoin de monitoring. Céline et Maxime aspirent à ce moment, au soulagement, à la liberté que ça représentera… mais il est probable que ce sentiment sera légèrement teinté d’inquiétude. Il faudra aussi se sevrer de l’assurance conférée par la machine, et renforcer sa confiance dans les fonctions vitales de son enfant.

Catherine Ghion

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