Vie de parent

Quand les parents paient…
et que ce n’est pas toujours réglo

Gros problème, cette grande zone de non-droit qu’est l’extrascolaire. Comprenez, tout ce qui touche au « non-scolaire », comme le temps de midi, la garderie, les activités en dehors de la classe… Un temps néanmoins important puisqu’une majorité de parents n’ont pas d’autre choix que de laisser leur·s enfant·s à l’école à ce moment. On ouvre les portes de cet espace flou.

Quand les parents paient… et que ce n’est pas toujours réglo

      70 %

des parents évoquent le coût comme premier motif de non-participation des élèves à un voyage en secondaire, et 13 % en maternelle.
 

 

« Un droit de chaise »

Notre école nous demande 1,90 € par temps de midi pour « droit de chaise ». Ayant sept enfants, je vous laisse imaginer l’argent qui s’envole chaque mois : 200 € juste pour s’asseoir quinze minutes au réfectoire, alors que je fais sept boîtes à tartines chaque soir. J’ai demandé, en tant que famille nombreuse, qu’on prenne en compte ma situation familiale. J’ai juste demandé un geste, une petite réduction. Rien, rien, rien.
Pascal, papa de sept enfants

L'éclairage...
de la Ligue des familles

Les parents paient et ça pose problème

On n’a pas fini de parler de ces fameux droits de chaise. Le témoignage de Pascal sur les réseaux sociaux a suscité beaucoup d’indignation. Petite précision toutefois, le montant réclamé par cette école n’est pas particulièrement exceptionnel : parmi les 20 % d’élèves qui, toutes Régions confondues, doivent payer un « droit de chaise », 12 % paient moins d’un euro par jour. 3,5 % entre 1 et 2 € et 4 % plus de 2 €, poursuit la Ligue des familles.

L’exemple concret de la famille très nombreuse de Pascal montre le coût important que peut représenter une telle mesure dans le budget familial. On parle là de la simple présence des enfants sur le temps de midi. Mais pas des coûts des repas. Bien sûr, cette vaste zone floue, hors temps scolaire, qui fait de tous ces frais des dépenses parfaitement légales, ne s’arrête pas là. Le grand sujet de controverse qui revient tous les ans : les voyages et autres sorties scolaires. Les années précédentes, des parents nous ont parlé de voyages en rhéto à New York à des prix démesurés.

Dans l’enquête de cette année, la Ligue des familles nous apprend qu’elle est interpellée par des parents qui font état de pressions - là encore - par l’école sur les enfants qui ne participent pas à ces voyages. Comprenez le dilemme : ils ne peuvent avoir lieu que si la grande majorité des élèves y participe. Selon les règles, 75 % des élèves dans l’enseignement maternel et dans l’enseignement spécialisé et 90 % dans l’enseignement fondamental et secondaire.

Quand bien même nous sommes dans une démarche parfaitement légale, les écoles ne peuvent toutefois se livrer à la moindre pression et contraindre les parents à payer pour ces voyages. Un groupe engagé dans les travaux du Pacte autour de la gratuité nous explique que ces coûts démesurés sont une manière de faire le tri dans certains établissements. « Vous pouvez inscrire votre enfant. Pas de problème. Sachez simplement qu’un séjour au ski est prévu pour un coût de X centaines ou milliers d’euros ». De quoi refroidir les familles les moins à l’aise financièrement. La Ligue des familles nous apprend même que dans certaines écoles, si on ne veut pas que les enfants participent aux voyages, on fait en sorte qu’ils quittent rapidement l’établissement. La légalité, très bien. Mais, en matière de frais scolaires, on frôle très vite la discrimination au porte-monnaie.

L’éclairage...
du groupe de concertation du Pacte d’excellence pour la gratuité scolaire

Votre groupe a en commun de venir du terrain. Est-ce que vous vous retrouvez dans ce que nous venons d’expliquer ?
« Nous avons fait face à des situations absurdes. Sur la question des voyages ou des sorties scolaires, combien de fois a-t-on pu voir des parents qui proposaient des étalements pour faire face aux sorties multiples et trop souvent onéreuses de certains établissements. Ce qui semble peut-être tout à fait naturel lorsqu’il s’agit de voyages à l’autre bout du monde, moins quand on parle d’une simple photo de classe. Alors, ça ne rentre pas dans les frais obligatoires, certes, mais vous vous retrouvez avec un enfant qui colle la pression à ses parents. Et on peut comprendre que ceux-ci soient tentés. Toutes ces dépenses s’accumulent. À tel point que, parfois, on voit même un public aisé qui n’en peut plus de ces dépenses répétées. »

Comment le parent fait face à tous ces frais ?
« Il se saigne. Il paie. Encore et encore. En maternelle, pour les sorties, la parade est simple : le public qui ne peut pas payer va se contenter d’esquiver par un simple : ‘Oh, vous avez, il est encore petit, il ne participera pas’. Pas de pression sociale. Pas de répercussion sur la vie sociale de l’enfant. Mais en primaire et surtout en secondaire, c’est souvent le buffet à volonté. Comprenez que les dépenses sont incessantes. »

Trop souvent, l’extrascolaire est une zone floue où chaque établissement y va au cas par cas, non ?
« En effet. Et même s’ils sont de plus en plus informés, les parents manquent d’appuis. Ils ne savent pas quels sont leurs droits. On voit bien que, trop souvent, ils ne contestent pas ou ne se posent pas de questions sur les factures. Il y a comme une peur. On ne va pas oser demander ou même dénoncer quand il y a clairement abus, de peur des répercussions sur la scolarité de son enfant. Et ça, on peut le comprendre. Voilà pourquoi il faut clairement énoncer les droits et les services compétents à qui s’adresser (Voir plus bas). Voilà pourquoi il faut également plus de contrôle dans les établissements. Car depuis toujours, il existe tout un tas de circulaires en application. Mais, jusqu’à présent, le pouvoir subsidiant n’a jamais vérifié si le cadre était respecté. Ce qui est nouveau cette année, c’est que le nouvel arrêté prévoit des sanctions. On peut donc être confiant, la nouvelle réglementation va être très vite appliquée et question surcoûts ou frais illégaux, ça va changer beaucoup de choses. »

On pose deux secondes notre casquette parentale et on pense à la trésorerie de l’école, à présent. Tout cela va-t-il représenter un manque à gagner pour les établissements ? Et quelle répercussion auprès des enfants ?
« Manque à gagner ou pas – de toute façon, c’est impossible à dire aujourd’hui –, toute la question, en effet, c’est comment un établissement finance tout ce qui est périphérique à l’école ? On est bien d’accord que ça ne peut pas être qu’au parent de tout financer. On a bien vu les dérives qui conduisent à une telle logique. Alors il va falloir être créatif. C’est d’ailleurs notre prochain chantier, toujours dans le cadre du Pacte d’excellence. Réunir les différentes forces et encadrer les solutions de financement. On voit bien déjà que les écoles trouvent des tas de solutions. L’amicale, les caisses de solidarité, les fancy-fair. Il y a plein de possibilités. Les bonnes pratiques demandent juste à être généralisées. On sent qu’il y a une volonté de plus en plus répandue de pallier la difficulté des coûts. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

Quelques solutions que le parent peut tenter

► En cas de non-respect de la gratuité, n’hésitez pas à rencontrer la direction d’école. Vous pouvez également vous entretenir avec les représentants au Conseil de participation ou l’association de parents s’il y en a une.
► En dernier recours, une plainte peut-être déposée auprès de l’Administration générale de l’Enseignement (AGE) à l’adresse : gratuite.ensobligatoire@cfwb.be
► Retrouvez toutes les infos complémentaires sur la politique de gratuité sur enseignement.be
► Le médiateur : plusieurs choix pour s’adresser au médiateur : par mail à courrier@le-mediateur.be, par voie postale : Médiateur de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Rue Lucien Namèche, 54 – 5000 Namur, en saisissant l’antenne la plus proche de chez vous.

► La question

Une école peut-elle faire du profit sur tous ces frais légaux ?

Les écoles reçoivent des subventions. Mais celles-ci ne permettent pas de couvrir tous les frais. Ils sont plafonnés. Ils ne peuvent pas dépasser un certain montant. Pour un repas, par exemple, il y a une fourchette que les établissements ne peuvent pas dépasser. Une école ne peut pas faire de bénéfices sur tous ces coûts. Rappelons également que l’association des parents (AP) peut faire en sorte de réduire les frais lors de déplacements, par exemple. Des parents nous ont rapporté par exemple que l’AP de leur école a défendu la voix des plus précaires. « Un voyage en Chine ? Ce n’est pas une option car les tarifs excluent d’emblée certaines familles. Pensons à une solution pour tous. Vous n’êtes pas d’accord ? Alors personne ne part ». Beau tour de force. Les intervenants de ce dossier nous certifient que dans la grande majorité des cas, les écoles font un maximum d’efforts pour réduire les frais.