+18 ans

Quand nos enfants nous quittent définitivement...

Il fallait bien que cela arrive un jour. Quand les enfants quittent le foyer, c’est parfois pour les parents que c’est le plus difficile. La maison se vide. Une page se tourne. Le syndrome du nid vide est un moment délicat, douloureux.

Quand nos enfants nous quittent définitivement...

Il fallait bien que cela arrive un jour. Quand les enfants quittent le foyer, c’est parfois pour les parents que c’est le plus difficile. La maison se vide. Une page se tourne. Le syndrome du nid vide est un moment délicat, douloureux.

SEULE…
Ils vivent leurs derniers instants, ensemble. Dans quelques jours, Raphaël ,18 ans, va quitter la maison de Ciney pour étudier la communication à Bruxelles. Sa mère, 44 ans, a élevé seule son fils depuis ses premiers pas. Alors, elle se pose beaucoup de questions, même les plus anodines.
Raphaël lui aussi s’inquiète. Pas pour lui. Plutôt pour sa mère qui va se retrouver dans une maison vide. « Elle va se sentir un peu seule. Cela me rend triste, mais voilà. Il faut qu’on se sépare. Un jour, elle refuse que je parte, un autre, elle m’intime de le faire. Cette fois-ci, je pars et on verra. »
Pas facile d’accepter que son enfant prenne son envol. On appelle cela le syndrome du nid vide. Pour la mère de Raphaël, la page risque d’être difficile à tourner. « La raison me dit que c’est le moment. Il a 18 ans et son diplôme du secondaire en poche. Maintenant il faut qu’il pense à lui, à son avenir professionnel ». Sa raison lui dit de pousser Raphaël vers l’extérieur, son cœur lui souffle que le soir il ne sera plus là. Ce sentiment de déchirure peut parfois se transformer en réelle déprime.

… OU À DEUX
Le coup de déprime, cette enseignante de 43 ans a voulu l’éviter. Ses deux filles viennent de quitter la maison. « Je suis dans la chambre de Lola. J’y viens régulièrement. Le cœur serré ». La petite dernière est partie il y a trois semaines rejoindre sa grande sœur pour étudier à l’étranger. Depuis, leur chambre est vide et leur mère doit composer avec cette absence.
 « Même si en grandissant les enfants vivent leur vie, ils sont quand même là tous les jours. On peut les embrasser respirer leur odeur ». De cette séparation, Sophie en fait le récit dans un cahier tous les jours. Elle y évoque le chagrin des « au revoir », mais aussi une nouvelle vie conjugale.
« Tout d’un coup, je me retrouve face à mon mari. Il va falloir qu’on gère d’une façon différente notre vie de couple. Nos conversations étaient quand même à 80 % axées sur les enfants. Maintenant cela va être différent. On se retrouve comme il y a dix-huit ans. On n’a pas tout à fait le même âge, mais c’est nouveau. »
Comment transformer un passé heureux en un présent joyeux. Sophie et son mari ont décidé de sortir davantage ensemble. Mais la transition n’est pas aisée. Pour cette enseignante, c’est un moment dangereux pour les couples. « Si les enfants ont été le ciment du couple, l’échafaudage risque de s’écrouler dès leur départ. Il y a beaucoup de parents qui se séparent à ce moment-là parce qu’ils n’ont plus rien à se dire, plus rien à partager. »

… TRISTESSE PUIS SOULAGEMENT
Passé un temps d'adaptation, la plupart des parents s'accommodent du départ de leurs enfants, voire sont soulagés. Ils ont le sentiment du devoir accompli. Heureux d’avoir conduit leurs adolescents, devenus de jeunes adultes, aux portes de l'autonomie. C’est le cas de Mylène, 59 ans, qui se souvient encore du départ de Fred, 32 ans, pour Singapour, ensuite d’Harold, 24 ans, pour la Grande-Bretagne, tous deux happés par une vie estudiantine riche et ambitieuse.
Aujourd’hui, Mylène est assez fière de la réussite de ses deux garçons. Toutefois, elle ressent toujours une inquiétude pour l’aîné, essentiellement liée à l’éloignement géographique. Jusqu’à maintenant, Mylène et son époux ont toujours le besoin d’être rassurés sur le bien-être de leur fils parti il y a huit ans déjà. Bien sûr, les conversations avec caméra sur Internet sont fréquentes, indispensables, mais rien ne remplace le contact réel, l’envie de se voir et d’être complètement apaisé.

Corinne Le Brun

EN BREF

Les parents doivent se détacher progressivement de leur rôle de protecteur. Ni trop loin ni trop près. D'autres - amis, amours - prennent peu à peu le relais. Certains parents se sentent inutiles, voire jugent les adolescents ingrats. La fonction parentale évolue, devient un appui au cas où cela serait nécessaire, une présence qui est faite non pas de quotidien mais de moments ponctuels tout aussi agréables, dans un soutien affectif solide. Une relation plus égalitaire s’installe. Elle ne va pas durer si longtemps que cela parce que les rapports vont se ré-inverser dans la dernière partie de la vie des parents, lorsque les enfants seront amenés à s’occuper d’eux.