Vie de parent

Quasi inexistants, les soutiens aux familles endeuillées sont à réinventer

C’est une étude inédite. La Ligue des familles a décidé de se pencher sur ce moment où « un décès survient dans la cellule familiale ». Objectif ? Voir dans quelle mesure on peut parvenir à rencontrer les besoins des familles endeuillées. Le document est lourd de plus de 50 pages nourries de témoignages et d’avis d’experts. Au terme de celui-ci, une synthèse de recommandations qui courent sur trois pages. Preuve de l’intérêt d’un sujet qui reste trop souvent tabou.

Quasi inexistants, les soutiens aux familles endeuillées sont à réinventer

« On est tous les mêmes face à la douleur, on devrait tous avoir les mêmes chances de s’en sortir. » Cette petite phrase est tirée de cette étude réalisée par la Ligue des Familles. « Une problème difficile » concèdent les auteurs du document, Damien Hachez et Lola Galer, mais qui a permet « de se faire le relais des besoins exprimées par les familles. » Les familles sont évidemment au centre du travail mené. Cinq d’entre elles ont été longuement été interrogées par les concepteurs de l’étude. Là, un conjoint est décédé. Là, une épouse. Là, un enfant. À chaque fois la tristesse, la douleur, mais aussi un lot de tracasseries, de manques, d’inquiétudes administratives… C’est tout cela qui est mis en relief et suscite la réflexion.

En gros, il y a du boulot pour aider les familles endeuillées. « Il est rapidement apparu que bien peu de dispositifs de soutien et d’accompagnement existent en Belgique, et que les familles endeuillées sont malheureusement trop souvent livrées à elles-mêmes.»

Le soutien contre la précarité

La mort d’un conjoint a une conséquence immédiate sur les finances d’une famille. De façon très pragmatique, c’est un salaire en moins, avec, en vue, des complications concernant le paiement d’un loyer, le remboursement d’un prêt… Dans l’immédiat, c’est aussi parfois des frais d’hôpitaux dont il faut s’acquitter, des coûts pour les funérailles, avec, en sus, des problèmes, peut-être, pour accéder aux comptes bancaires, aux documents d’assurances.

"Ce n'est pas possible. Comment je vais faire?"

Les témoignages recueillis par la Ligue émeuvent autant qu’ils ne questionnent. « Quand je suis montée dans la voiture, je me suis dit : ‘On va se retrouver à la rue. On n’a plus rien. Ce n’est pas possible. Comment je vais faire ?’ » 

Bien sûr, certains mécanismes existent comme « l’allocation de transition », mais la Ligue l’estime insuffisante. Selon elle il faudrait mieux la gérer dans le temps, automatiser le droit d’y recourir, l’ouvrir aux cohabitants légaux, l’exonérer d’impôt.

Dans les leviers à actionner, la Ligue cible aussi un meilleur aménagement des allocations familiales, la suppression des taxes funéraires ou encore une aide pour les funérailles afin d'aider les personnes et familles disposant de ressources modestes. Pour la Ligue, tout cela permettrait de renforcer le peu de mesures qui existent pour protéger financièrement les familles touchées par un deuil.

Le soutien psychologique

La mort reste un tabou. On ose peu en parler et lorsqu’elle survient, elle fait une irruption violente dans le quotidien. « Comment consoler et apaiser un enfant quand on est soi-même dans une profonde peine ? » s’interrogent les auteurs de l’étude.

"Mes enfants ne savaient pas parler avec moi, ils n'osaient pas."

Ce désarroi s’exprime dans les témoignages des familles : « Mes enfants ne savaient pas parler avec moi, ils n’osaient pas, car ils savaient que cela me causait de la peine. Mais quand ils allaient chez le psy, ils discutaient pendant une heure, je me demandais ce qu’ils pouvaient se raconter. » Dans ce cas-là, un psy a pu apporter son aide. Mais parfois, là encore, l’aspect financier prend le dessus : « Je n’ai pas pu bénéficier d’un suivi psychologique faute de moyens financiers » affirme une maman.

La recommandation s’impose rapidement : « il est indispensable qu’un accompagnement soit accessible pour les familles, parents comme enfants, quelles que soient leurs conditions de revenus. »

Une autre recommandation suit, demandant « une meilleure visibilité et un meilleur soutien financier des associations à finalité non marchande oeuvrant dans le secteur de l’accompagnement des familles suite à un décès ». Et cela pour que ces associations puissent répondre à toutes les demandes, sur l’ensemble du territoire.

Le soutien au deuil

Il faut du temps pour faire son deuil. Pour prendre du recul. Sur ce point, l’étude estime que la législation est complètement inadaptée. Un exemple ? Celui des congés. En Belgique, le décès d’un conjoint ou d’un enfant donne droit à un congé facultatif, avec maintien de la rémunération, de trois "ridicules" jours (quatre pour les  fonctionnaires). Il est à prendre entre le jour du décès et les funérailles. « Insuffisant » déplore la Ligue qui préconise, « dans un premier temps », d’amener ce congé, 100% rémunéré, à 10 jours. Il faudrait aussi le rendre plus flexible et réfléchir à sa durée définitive avec un groupe d’experts.

"Même 10 jours, c'est beaucoup trop peu."

« Trois jours, c’est honteux. Ce n’est même pas le temps d’enterrer son enfant » confirme ce couple qui a perdu un de ses enfants, il y a quatre ans. Constat identique chez cette maman qui a perdu son mari, il y a deux ans. « Même 10 jours, c’est beaucoup trop peu. Surtout avec des enfants. Rien qu’au niveau organisation : on gérait tout à deux, et là, en une fois, il faut tout aménager. »

Dans la foulée, la Ligue des familles propose un système de dévolution des congés de paternité/coparentalité ou des congés parentaux au conjoint survivant ou à un de ses proches pour mieux s’occuper des enfants. Elle plaide aussi pour un retour au travail mieux pensé avec la possibilité d’aménagement des temps et charge de travail. Conseillée aussi, la mise en place d’une aide « externe pour accompagner les entreprises lors du retour au travail des employé.e.s endeuillé.e.s. »

Le soutien dans les méandres administratifs

La paperasserie. Les tracasseries administratives. Tout cela a été évoqué lors des entretiens menés par les auteurs de l’étude. « Un retour récurrent de la part des familles que nous avons rencontrées concerne les innombrables démarches et formalités en tous genres durant les premiers jours et les premières semaines suivant la mort de leur proche. »

"Il y a des choses, des souvenirs qui me manquent."

Dans cette situation, le chagrin, la douleur, empêchent de se concentrer sur des documents, des formulaires à remplir. La personne est fragile, dans un état second. « J’étais en état de choc » affirme cette maman qui a perdu son conjoint il y a quatre ans. « Il y a des choses, des souvenirs, qui me manquent. Ce sont mes collègues qui me les racontent ».

Et la Ligue de faire la promotion de la France qui a mis un place une « véritable politique d’accompagnement des familles en deuil. » Celle-ci offrirait des « résultats significatifs. » Il s’agit d’un dispositif complet qui allie automatisation et offre de service, de soutien pour traverser la période difficile du deuil.    

Pour les auteurs de l’étude, un tel projet, mené en Belgique, témoignerait « auprès des familles d’une attention de la société envers cette période particulièrement pénible. » Ce serait aussi « un message fort : ‘vous n’êtes pas seuls ‘, depuis la survenue de l’événement en lui-même et l’organisation des obsèques, jusqu’à la construction d’un nouveau projet de vie. »

 

Au terme de son étude, la Ligue concède que sa liste de recommandations est longue, mais selon elle, la longueur de cette liste ne serait que le « reflet de l’inexistence de politiques publiques pour accompagner les familles endeuillées. »  En ces jours de commémoration des morts, voilà qui devrait nourrir intelligemment de salutaires réflexions politiques sur le soutien aux parents et aux enfants, touchés directement par un décès…  

 

T.D.

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