Vie de parent

Que dire à mon enfant
après l’école ce 22 mars ?

Des explosions sont survenues à l’aéroport et dans le métro bruxellois, faisant plusieurs morts. Les enfants prennent ces transports, et bientôt les départs en vacances… On réfléchit ensemble à la meilleure manière de leur expliquer et de répondre à leurs questions.

Que dire à mon enfant après l’école ce 22 mars ?

L’aéroport de Bruxelles, son hall, beaucoup de familles y sont passées lors d’un départ en vacances. Le métro de Bruxelles, les enfants l’empruntent pour aller à l’école, en ville, en excursion. Ce 22 mars, des explosions ont fait une trentaine de morts dans ces lieux si proches et si familiers aux Bruxellois et aux Belges.

Comment ne pas être gagné par l’émotion, la peur, le sentiment que la menace s’est rapprochée ? Et comment faire face aux questions des enfants à la sortie de l’école ce mardi ? Peut-être auront-ils vu un prof arriver en larmes ? Peut-être ont-ils entendu la multitude des sirènes autour de l’école. Privés de récré, ils sont restés, peut-être, « à l’abri » dans les classes et ont entendu les adultes autour d’eux s’inquiéter pour des proches qui devaient emprunter le métro ce matin…

Les enfants, des éponges

Avant tout, ne pas oublier que nos enfants sont des éponges. Ce qu’ils ressentent, c’est ce que les parents éprouvent. S’ils ont peur, c’est parce que leurs parents laissent transparaître leurs peurs. « Les enfants ne sont pas capables de se détacher du ressenti de leurs parents », rappelle Anne-Claire Sevrin coordinatrice de Yapaka. « Si l’adulte est angoissé, il va transmettre son angoisse à l’enfant ».

Si, en revanche, le parent est rassuré et à l’aise, l’enfant le sera aussi. Cela semble difficile aujourd’hui. Qui ne s’est pas inquiété pour un proche qui prenait un avion, un métro ? Chacun, au fond, se demande si ces attaques, qui se sont rapprochées encore un peu de nous,  vont s’arrêter. On se demande peut-être si on prendra ce métro, ce train, cet avion pour partir en vacances en famille samedi prochain.

« Le plus dur aujourd’hui ? Ne pas être près de mes enfants. Mes enfants, mon mari et moi, on est tous les quatre à Bruxelles, mais à des endroits différents. Mon homme est coincé à Molenbeek, ma petite louloute de 2 ans à Schuman… J’ai hâte qu’on se retrouve tous pour se faire un méga-câlin. Évidemment, ça ne va pas être simple de leur expliquer tout ça… Je voudrais tellement les préserver de toute cette barbarie. Ce soir, on leur expliquera simplement ce qui s’est passé mais on n’allumera pas la télé tant que les enfants seront éveillés. On va les informer et essayer de ne pas les terroriser ». Eléonore, maman de Benjamin, 5 ans, et Zélie, 2 ans

Se distancer de ses émotions

Bien sûr, on est bouleversé et traversé par ses propres questions. Et on a le droit. « Mais il faut essayer de se mettre à distance de ses émotions quand on parle à ses enfants de ce qui s’est passé », conseille Anne-Claire Sevrin.

L’idéal est de partir des questions des enfants plutôt que de leur coller notre réalité d’adultes, et de les questionner : « Qu’est-ce que tu as entendu ? », « Qu’est-ce qui te fait peur ? ». « Il faut être attentif à ce qu’ils vont ramener, à ce qu’ils ont entendu car ceux qui ne parviennent pas à mettre de la distance par rapport à leurs émotions participent à remuer leur angoisse ».

La clef, c’est de les écouter. Et de leur répondre avec ce qu’on a en soi. On adaptera évidemment ses explications à l’âge de l’enfant, comme pour tout sujet. Et si on se sent coincé, on peut toujours leur dire « Je ne sais pas » ou « J’ai besoin de réfléchir à ta question ». Mais il est important d’en parler, de les rassurer. Ça ne sert à rien de faire semblant ou de leur mentir.

« Nous revenons de Paris avec ma fille de 5 ans. Face au dispositif de sécurité Gare du Nord, elle nous a reparlé de ce ‘fameux méchant’ qui avait fait des ‘choses pas bien en France’ et qui se cachait à Bruxelles. C’est bien la preuve que ça l’a un peu chamboulée. Et là, je me demande comment ça se passe pour elle. La maîtresse a dû lui expliquer qu’il n’y avait pas de récrés parce que, comme en décembre, l’école remet en place des mesures de sécurité. Je suis certain qu’elle n’a pas peur et qu’à l’heure qu’il est, elle donne tout un tas d’explications fumeuses à ses petits potes. Elle ne sera pas la seule à dire n’importe quoi aujourd’hui, je pense… » Régis, 35 ans, papa d’Alène, 5 ans

Se déconnecter pour les laisser vivre

Mais pas pendant trois heures non plus. Il faut pouvoir se déscotcher de son écran et se déconnecter du flux d’infos continu sur les événements, pour les enfants. Quitte à les rallumer une fois qu’ils sont au lit. « L’enfant a besoin de conserver sa routine. Leur quotidien (à l’école) n’a peut-être pas été bouleversé tant que ça, si ce n’est par les adultes qui les encadrent. » Il est tout aussi important de les laisser y retourner dans l’insouciance que leur âge leur permet, et doit toujours leur permettre, d’avoir.

C’est pourquoi il est même préférable de les laisser à l’école, jusqu’à l’heure de fin des classes. « Ils sont bien là où ils sont. L’alerte n’a peut-être pas traversé leur univers. On ne pas envahir les classes de maternelle et de primaire avec ça ».

Quant à la question du départ en vacances, il est nécessaire d’anticiper la question des enfants. Avant tout, demandons-nous si soi, adulte, on est prêt ou pas à embarquer sa famille dans un métro, un train ou en avion d’ici samedi prochain ? « La décision doit murir dans le chef des parents. Et quel que soit leur choix, c’est aux adultes à être forts dans cette décision. » L’enfant ne doit pas intervenir dans la prise de décision. « Il ne faut pas le questionner par rapport à ça. Ce n’est pas à lui à décider s’il le sent ou pas. Il n’a pas à être responsable de cette décision ».

Et si on relativisait ?

Si vraiment, nos émotions nous dépassent ou que l’enfant n’est pas bien, on peut aller chercher de l’aide auprès d’un voisin ou d’un psy qui va peut-être trouver les mots mieux que nous. « Il n’y a pas de honte à cela. C’est même chouette pour un enfant de sentir une démarche de solidarité quand, pour lui, ça ne va pas bien. Les professionnels aussi sont là pour ça. Avec eux, on peut vider son sac ».

On peut aussi en discuter entre amis et parents pour sonder ce qu’untel ou unetelle aura dit à ses enfants, et comment.

Et n'oublions pas de relativiser. Si la police nous demande de rester « à l’abri », c’est aussi pour laisser la voie libre aux forces de l’ordre. Ce genre d’attaque est bien souvent démantelée avant de pouvoir avoir lieu, grâce au trvail collectif de la sûreté de l’État et des forces de l'ordre. Leur vigilance sera d’autant plus accrue à l’avenir. Et aussi… Un accident peut toujours arriver à tout le monde, en voiture aussi, sur le chemin de l’école, du travail ou sur la route des vacances. Dans la vie, il faut de la chance. La malchance peut toucher chacun de nous, n’importe où, à n’importe quel moment et dans n’importe quelle circonstance. La peur de la malchance ne nous arrête pas, d’habitude. Même si les événements de ce mardi 22 mars sont dramatiques et bouleversants, doivent-ils pour autant laisser la panique avoir raison de… la vie ?

Stéphanie Grofils

Pistes pour les profs et autres profs

Retrouvez ici les pistes de Yapaka adressées aux professionnels de l’enfance pour parler des attentats aux enfants.

Aide aux victimes : dons de sang

Suite aux événements, plusieurs hôpitaux dont l’hôpital Saint-Pierre font appel aux dons de sang.

Le Service du Sang de la Croix-Rouge de Belgique demande uniquement aux donneurs O négatif et A négatif de se rendre dans ses sites de prélèvements.

« Nous devons agir sans précipitation et attendons des éléments nouveaux des banques de sang qui sont en première ligne, avec lesquelles nous sommes en contact. Il n'y a donc pas lieu de se précipiter : toutes les personnes de groupe O négatif et A négatif qui veulent marquer leur solidarité sont les bienvenues aujourd'hui et dans les jours qui viennent », a communiqué la Croix-Rouge.

Pour rappel, pour pouvoir donner du sang, il faut être en bonne santé, avoir entre 18 et 65 ans, avoir arrêté l’allaitement depuis 6 mois.

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