0/2 ans

Quel lait pour mon enfant ?

De 0 à 3 ans, le lait est un élément indispensable au bon développement de votre enfant. Mais comment faire le bon choix face à une gamme de produits de plus en plus large ? Que penser des laits aux vertus spécifiques ? Est-il utile d’aller vers le bio ? Le Club Européen des Diététiciens de l’Enfance et l’ONE ont récemment publié une enquête sur le sujet. Nathalie Claes, diététicienne pédiatrique à l’ONE, nous aide à faire le point.

Quel lait pour mon enfant ?

Choisir le bon lait pour son bébé : pas toujours une mince affaire. En effet, le choix de l’alimentation du petit se fait aujourd’hui parmi une variété toujours plus grande de laits infantiles. Le marché belge compte aujourd’hui 141 laits infantiles différents. Pour être commercialisés, ces laits doivent répondre à une législation précise (voir encadré).
Ces produits sont fabriqués à partir de lait de vache ou de chèvre transformé, avec pour objectif de se rapprocher le plus possible de la composition nutritionnelle du lait maternel (À titre d’exemple, les laits de jument ou de brebis ne sont pas autorisés). Que vous achetiez votre lait en pharmacie ou en grande surface, l’important est de vérifier son appellation.

Le lait, âge par âge

De 1 jour à 4-6 mois : de sa naissance à sa diversification alimentaire, le bébé qui n’est pas au sein a besoin d’un lait officiellement appelé « lait ou préparation pour nourrissons ». Il est destiné aux tout-petits qui ne consomment que ces aliments.
De 6 à 18 mois : dès que l’on diversifie l’alimentation du bébé, qu’on lui donne ses premiers légumes ou ses premiers fruits, il convient de passer à un « lait de suite ». Ce dernier tient compte des caractéristiques nutritionnelles des autres aliments introduits par les parents. Par rapport aux laits de vache, les laits de suite ont une teneur réduite en protéines, sont enrichis en fer, en calcium et en d’autres micronutriments. Avant 18 mois, il est déconseillé d’introduire d’autres produits laitiers (fromages, petits suisses…).
Entre 18 mois et 3 ans : à partir de 18 mois, les parents peuvent passer aux « laits de croissance ». Leurs ventes sont en constante progression ces dernières années. Mais leurs vertus affichées par les fabricants sont-elles vérifiées ? Un lait de vache normal ne suffit-il pas ? Pour Nathalie Claes, même si l’enfant commence à manger un peu de tout, il est préférable de continuer à utiliser un lait spécifique jusqu’à 3 ans.
« En soi, il n’y a pas de réelle nécessité d’avoir recours à ce type de produit si l’alimentation de l’enfant est équilibrée. Mais à cet âge, c’est très rare. Les enfants en âge préscolaire consomment souvent trop de protéines et pas assez de fer ni d’acides gras essentiels. Les laits de croissance permettent de combler ces lacunes », assure-t-elle.
Il existe une grande variation dans la teneur nutritionnelle des différents laits de croissance. Conseils pour les parents : choisir les laits avec une teneur en protéines la plus basse possible (moins de 2 grammes par 100 ml de lait), riches en fer et en acides gras essentiels et ne contenant ni arômes ni saccharose. Il faut essayer de choisir les produits les plus neutres possibles en goût pour éviter de conditionner les enfants aux saveurs sucrées.

Trois catégories

Les laits infantiles sont classés en trois catégories :

► Les laits standards : ils correspondent aux laits infantiles ordinaires et conviennent à tous les nourrissons et enfants en bas âge en bonne santé.
► Les laits pour indications spécifiques : ils présentent des spécificités dans leur composition nutritionnelle avec l’objectif d’améliorer certaines difficultés digestives chez le nourrisson en bonne santé. Le choix de ce type de lait doit se faire sur conseil du médecin généraliste, du pédiatre ou par l’équipe de la consultation pour enfants de l’ONE.
En Belgique, plus de 50 % des nourrissons reçoivent un lait infantile hypoallergénique, un lait de soja ou encore un lait avec indications spécifiques tels que « A. R. », « confort »... « Ces laits sont souvent plus coûteux et ne présentent pas toujours les mêmes avantages nutritionnels que les laits standards qui tentent le plus possible de se rapprocher du lait maternel. Il faut dans la mesure du possible utiliser des laits infantiles ordinaires. Si un lait spécifique est malgré tout conseillé, il faut alors revoir régulièrement la pertinence de celui-ci, en particulier lors du passage au lait de suite », commente Nathalie Claes.
► Les laits pour indications thérapeutiques : ces produits sont destinés aux nourrissons présentant une pathologie diagnostiquée. Ils ne peuvent être prescrits que par un médecin ou dans le cadre de la consultation ONE.

Quand changer de lait ?

La plupart des nourrissons peuvent présenter des épisodes attribués, à tort ou à raison, à des difficultés digestives. Diarrhée, constipation, régurgitation, coliques… Les parents pensent qu’un changement de lait peut résoudre le problème. « En effet, ces troubles peuvent être liés à des périodes d’immaturité des systèmes neurologique et digestif. Dans ce cas, prendre son mal en patience est la seule solution. Par ailleurs, des erreurs de préparation de biberon, des horaires inappropriés, des volumes et des fréquences de repas inadéquats expliquent parfois simplement les troubles observés. Les parents pensent que changer de lait est la solution alors que le problème vient souvent d’ailleurs. Il ne faut changer de lait que sur les conseils d’un spécialiste », met en garde la diététicienne. 

Laits hypoallergéniques et anti-régurgitation ?

Les laits hypoallergéniques (HA) se distinguent par la qualité des protéines. Dans ces laits, les protéines bovines ont subi des transformations afin de réduire leur pouvoir antigénique. « Ces laits hypoallergéniques sont destinés à la prévention de l’allergie au lait de vache chez les nourrissons, mais ils sont non-curatifs. Ces derniers ont fait leurs preuves chez les tout-petits. À partir de 6 mois, il est cependant recommandé de passer à un lait de suite ordinaire », explique Nathalie Claes.
Dans les laits anti-régurgitation (AR), diverses méthodes sont utilisées telles que l’ajout d’amidon (riz, pommes de terre, maïs...) ou de farine de caroube. « Ces laits peuvent être proposés aux nourrissons qui régurgitent beaucoup. Mais avant cela, la première chose à faire est de vérifier si on ne peut pas régler le problème en fractionnant les repas ou en adaptant les volumes des biberons. On trouve aujourd’hui sur le marché des biberons de 330 ml, ce qui est bien trop important par rapport à la capacité digestive d’un bébé. Les parents ont spontanément tendance à augmenter le volume des repas tout en diminuant le nombre de ceux-ci. Tant que la diversification n’a pas commencé, le nombre de biberons doit être maintenu à cinq par jour. Il faut aussi observer les besoins de l’enfant : peut-être aurait-il besoin d’un biberon un peu plus grand le matin après sa nuit (30 ml supplémentaire, par exemple), mais un plus petit à 11 h. Un enfant allaité arrête de manger quand il n’a plus faim. Il n’y a pas de contrôle sur les quantités. Cette alimentation ‘à la demande’, plus souple, devrait aussi être mise en place pour les enfants nourris au biberon », conseille l’experte.

Préparations à base de soja ou bio ?

Les préparations de soja pour nourrissons sont fabriquées à base de produits exclusivement végétaux. Ces préparations se distinguent par l’absence de graisses animales et de lactose. Elles conviennent en principe aux enfants intolérants au lactose.
« Cependant, il existe actuellement sur le marché des laits sans lactose qui répondent mieux aux besoins des bébés intolérants. Pour les enfants de moins de 6 mois, nous recommandons la prudence avec les laits à base de soja en raison de la présence de phyto-œstrogènes pouvant poser des problèmes de croissance et d’immunité », avertit Nathalie Claes.
Si vous êtes sensible à l’alimentation de vos enfants, les laits infantiles bio répondent parfaitement aux besoins nutritionnels de vos enfants. Attention : ce n’est pas le cas des laits de consommation courante. Pour obtenir le label bio AB, les laits infantiles bio doivent répondre à une double exigence. Ils doivent respecter la législation européenne des laits infantiles citée plus haut, mais également tenir compte des règles de l’agriculture biologique.

Gaëlle Hoogsteyn

Le chiffre

30 milliards

D’après une étude menée par Nielsen dans soixante pays, le marché mondial de l’alimentation et des laits infantiles atteindrait près de 30 milliards de dollars (environ 27 milliards d’euros).

La question

Quel lait peut-on donner à un enfant âgé de 3 ans et plus ?

À partir de 3 ans, l’usage d’un lait spécifique n’est plus nécessaire. Par contre, jusqu’à 4 ans, il est conseillé d’opter pour un lait entier, plus riche en matières grasses. Pour couvrir les besoins en produits laitiers (et donc en calcium) de votre enfant, misez sur les quatre repas. Verre de lait et yaourt le matin, tartines au fromage à l’école, crêpes, milkshake aux fruits ou pudding maison au goûter, purées ou béchamel le soir…
Les besoins en calcium des enfants augmentent avec l’âge. Pour couvrir ces besoins, les enfants de 3 à 7 ans ont besoin de deux à trois portions de produit laitier par jour. La teneur en calcium des produits laitiers est plus importante dans les aliments pauvres en eau. Plus le produit laitier est sec, plus ce dernier est riche en nutriments et donc en calcium. Une portion de produit laitier apporte 250 mg de calcium. À titre d’exemple, sachez qu’un verre de lait (200 ml) = 2 pots de yaourt = 60 g de fromage à pâte molle = 30 g de fromage à pâte dure.
Attention : s’il est important que les besoins en lait de l’enfant soient couverts, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse. La surconsommation de produits laitiers entraîne un risque d’obésité à long terme. Par ailleurs, le lait prend la place du reste et l’enfant aura moins faim pour d’autres aliments.

Bon à savoir

Ce qui était bon il y a vingt ans ne l’est plus forcément aujourd’hui. C’est pourquoi la directive européenne en matière de laits infantiles est régulièrement adaptée en fonction de l’évolution des connaissances. Par exemple, la compréhension de la composition du lait humain, l’évolution des recommandations nutritionnelles, l’évolution des procédés technologiques utilisés par les laboratoires, etc.

Sur le même sujet

De l’huile de palme dans les laits pour nourrissons ?

Le lait de mère est et restera pour très longtemps encore l’aliment de choix des nourrissons. Mais lorsque ce choix n’est pas possible, différents laits maternisés sont proposés. Lequel choisir, alors ? Et peut-on se fier à leurs qualités nutritionnelles ?