+18 ans

Quel rapport vos jeunes
ont-ils avec l’argent ?

Dans le Ligueur du 7 octobre, nous faisions le point sur l’argent de poche de vos enfants, des premières pièces de la petite souris jusqu’au capital qu’ils touchent à leurs 18 ans. Mais que se passe-t-il après ? Quand ils entrent à l’université ? Qu’ils commencent à travailler ? Qu’ils quittent le nid ? Jan Velghe a réalisé une étude au nom es associations de consommateurs sur les jeunes adultes âgés de 18 à 27 ans et leur rapport à l’argent. En voici les principaux résultats auxquels réagit Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation à l’ULB.

Quel rapport vos jeunes ont-ils avec l’argent ?

En Belgique, 80 % des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans vivent encore chez leurs parents. En cause : la crise économique, le coût de la vie et la difficulté à trouver un emploi.

50 % des jeunes adultes s’en sortent avec leur propre budget

D’après l’enquête d’AB-Reoc, seuls 50 % des jeunes adultes se considèrent comme financièrement indépendants, c’est-à-dire qu’ils disposent d'un revenu propre avec lequel ils essaient de boucler leur budget sans aide d'autrui. 7 jeunes adultes belges sur 10 déclarent avoir une bonne vue sur leurs revenus et dépenses. Les 3/4 des 18 à 27 ans prennent en compte le fait qu'il y a parfois plus de dépenses certains mois que d'autres et un peu plus de la moitié se fixe des objectifs financiers concrets.

10 % ont au moins un retard de paiement

Malgré tout, 1 jeune adulte financièrement indépendant sur 3 déclare qu’il n’est pas toujours évident de boucler son budget avec le revenu actuel. 2 sur 3 déclarent que la vie coûte plus cher qu’ils ne pensaient. Les jeunes ont souvent des difficultés à passer d’une consommation centrée sur le plaisir à des dépenses qui doivent comprendre des charges fixes et des achats de produits de première nécessité.
Près de 10 % de l’ensemble des jeunes adultes ont au moins un retard de paiement en ce moment et 12 % éprouvent de réels problèmes financiers. Les principales causes de ces problèmes sont la perte d’emploi, une maladie ou un accident et des dépenses imprévues. En deuxième place viennent les achats impulsifs, dépenser plus d’argent qu’on n’en gagne, des dettes d’un(e) partenaire et un mauvais suivi de l’administration financière.

L’avis de la psychologue

« Ces chiffres ne m’étonnent pas. Je suis même positivement surprise qu’ils ne soient pas plus élevés. Aujourd’hui, avec la crise de l’emploi, les jeunes ont de plus en plus de difficultés à trouver un travail fixe et correctement rémunéré. Les salaires des premiers emplois sont souvent vraiment minimums.
Autres problèmes : les jeunes adultes n’ont souvent pas une vue réaliste des coûts fixes de la vie et se retrouvent confrontés à des charges (notamment les assurances) auxquelles ils n’avaient même pas pensé. Il est donc de plus en plus fréquent de voir des jeunes ayant quitté le domicile familial, mais dont les parents payent, par exemple, les courses de la semaine, l’assurance maladie ou l’entretien de la voiture. »

8 jeunes sur 10 épargnent…

Bonne nouvelle : 8 jeunes adultes sur 10 économisent, qu’ils soient financièrement indépendants ou non. Ils économisent principalement pour être préparés à des dépenses imprévues ou à une baisse des revenus, pour acheter un logement, pour les enfants plus tard ou pour leur pension. Autres motivations : faire un voyage ou un achat plus important.
Environ deux tiers des jeunes adultes financièrement indépendants ont suffisamment d’épargne pour compenser des dépenses inattendues ou compenser temporairement une baisse des revenus. Le comportement d'épargne est une question d'habitude et s'apprend surtout à la maison. Les jeunes adultes issus de familles où les parents épargnaient ont davantage tendance à épargner.
Ces chiffres, bien que rassurants, sont toutefois à nuancer. En effet, 20 % des jeunes adultes qui économisent doivent régulièrement piocher dans leur épargne et 16 % épargnent uniquement dans les mois où ils ont du revenu supplémentaire (pécule de vacances, 13e mois…). Seuls 30 % des répondants épargnent systématiquement le solde qui reste à la fin du mois et 20 % épargnent un montant fixe chaque mois.
Par ailleurs, dès le début de leur vie d’adulte, les 18-27 ans pensent à leur pension. 30 % d’entre eux ont ainsi souscrit une épargne-pension. Un chiffre qui monte jusqu’à 47 % chez les jeunes adultes ayant un emploi fixe.

… mais près de 1 jeune sur 5 a déjà acheté à crédit

Environ 20 % des jeunes adultes financièrement indépendants déclarent que s’ils ne peuvent pas payer directement quelque chose, ils l’achètent à crédit. Par ailleurs, 30 % des répondants déclarent acheter régulièrement des objets dont ils n’ont pas vraiment besoin. Ces deux éléments combinés peuvent mener rapidement à une accumulation de crédits et de dettes.
Les principales causes de surendettement chez les jeunes sont le manque de revenus suffisants pour acheter fréquemment les vivres indispensables, l’accumulation de petites dépenses, la confrontation pour la première fois avec les possibilités offertes par le crédit, les prêts, la voiture, les abonnements… Les jeunes signent des contrats sans en connaître suffisamment le contenu ou ils sous-estiment les coûts d’un logement, les loyers et les charges fixes.
Près de 20 % des 18 à 27 ans ont déjà emprunté de l'argent auprès d'une banque, d'une institution ou d'un magasin. Les motifs principaux pour lesquels les jeunes adultes empruntent auprès d’une banque sont l’achat d’une maison ou d’un appartement, des achats pour des objets importants tels qu’une voiture et le paiement de dépenses imprévues. En deuxième place viennent des achats moins importants et la compensation après une réduction des revenus.

L’avis de la psychologue

« On assiste à une réelle banalisation des crédits. De nos jours, il est devenu normal d’acheter à crédit et les jeunes ne sont souvent pas conscients des dangers que cela peut entraîner. Alors que, autrefois, c’était réservé à l’achat d’une maison ou d’une voiture, on y recourt aujourd’hui aussi pour une télévision, un GSM, un canapé… Ces crédits étant par ailleurs de plus en plus faciles à obtenir, les jeunes se laissent facilement tenter. On constate que les jeunes adultes aspirent de plus en plus tôt à des produits de consommation très coûteux qu’ils n’ont pas vraiment les moyens de s’offrir. Dès qu’ils entrent dans la vie active, ils trouvent normal de s’offrir les technologies dernier cri… À cet âge, il y a un grand besoin d’appartenance au groupe et les jeunes achètent souvent pour construire leur identité. »

Les parents et le bon exemple

On le dit et on le répète : les parents doivent donner l’exemple, dans les matières financières comme pour le reste. Les grands ados ont souvent l’impression de maîtriser les questions d’argent et se jugent bien préparés pour l’avenir sur des thèmes tels que la gestion du budget quotidien ou les relations avec la banque.
En réalité, ils ont très peu de connaissances sur ce qui ne les concerne pas dans l’immédiat (produits d’épargne, questions sur la retraite, assurances…). Les lacunes typiques dans l’information des jeunes et des jeunes adultes ont à voir avec la conscience du prix des biens et services (le coût de la vie) et l’évaluation correcte du premier salaire.
Les parents jouent un rôle fondamental dans l’approche que les jeunes ont de l’argent : ils sont la principale source de conseils dans ce domaine, et surtout l’exemple auquel le jeune se réfère pour aborder les questions financières.
Un point d’attention supplémentaire pour vous, parents : veillez à ce qu’il y ait une concordance maximale entre vos paroles et vos actes.

L’avis de la psychologue

« Les messages que les parents font passer sont primordiaux pour faire de leurs enfants des adultes responsables financièrement. Les parents devraient beaucoup plus aborder les sujets liés à l’argent dans les discussions familiales. Le niveau du premier salaire, les avantages et les désavantages d’un emprunt ou d’un achat à crédit, l’influence de la publicité et l’utilité des assurances… ces sujets sont encore trop peu abordés entre parents et enfants. Il y a encore beaucoup de tabous autour des questions liées à l’argent. Discuter du niveau du premier salaire, d’assurances et d’emprunts auprès de la banque est possible à partir du moment où les jeunes gagnent de l’argent pour la première fois en prestant un job d’étudiant. Donner des leçons sur l’achat à crédit peut en principe se faire à partir du moment où le jeune commence à faire des achats de manière autonome. »

Gaëlle Hoogsteyn

Ils en parlent...

Je bouche ses trous

« Fille unique de parents divorcés, Alicia a toujours été très gâtée. Aujourd’hui, malgré le fait qu’elle gagne bien sa vie, elle ne sait pas gérer son budget. Je paye beaucoup de choses pour elle (tout ce qui touche à sa voiture, par exemple) et quand elle a des frais exceptionnels (voyages, contraventions, factures d’eau…), elle me demande de l’aider. Je trouve qu’à son âge, elle devrait savoir gérer son argent. Je l’ai donc prévenue qu’à partir de janvier, je ne lui prêterai plus d’argent et je suis déterminée à tenir bon. »
Cassandra, une fille de 26 ans

J’ai toujours fait attention

« Ma mère n’avait pas beaucoup d’argent et j’ai toujours appris à faire attention. Ado, j’épargnais déjà une partie de mon argent de poche. Depuis que je travaille, j’économise aussi pour m’acheter un appart’. C’est vrai que la vie coûte cher, mais comme je vis avec mon copain, à deux c’est plus facile. »
Gwenaëlle, 25 ans

Au secours !

Un bébé, ça plombe le budget

Crèche, couches, lait infantile, soins médicaux, revenus réduits suite à une diminution du temps de travail… les jeunes adultes qui deviennent parents doivent très souvent revoir leurs priorités budgétaires et ont plus souvent du mal à boucler leurs fins de mois. Dans les jeunes familles avec enfant(s), le nombre de retards de paiement et de problèmes financiers est deux fois plus élevé que dans les ménages sans enfant. Les jeunes parents recourent plus souvent à des achats à crédit que les autres groupes de jeunes adultes. Ils déclarent aussi en majorité ne pas avoir assez d’argent pour économiser

La question

Y-a-t-il une différence entre les filles et les garçons dans la manière de gérer un budget ?

D’après l’enquête, les jeunes femmes ont plus de facilités à bien gérer leur argent que les garçons du même âge. Les jeunes hommes obtiennent un score inférieur à celui des femmes pour leurs aptitudes administratives (retrouver des documents, par exemple…), leur aperçu des revenus et dépenses et les achats plus responsables. Les hommes décident plus facilement de faire un emprunt et d’acheter à crédit. Ils sont aussi plus nombreux à dépenser immédiatement l’argent qui rentre et présentent par ailleurs plus souvent un ou plusieurs retards de paiement.

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