Vie de parent

Quel stress, les devoirs

En avril 2017, l’ONE a présenté une recherche sur la place des devoirs dans la vie des enfants et des familles qui fréquentent les écoles de devoirs (E.D.D.). Ce qu’il en ressort ? Ils sont une source de stress pour tout le monde. On en parle avec Annick Cognaux, directrice de l'accueil temps libre et fondatrice de l’E.D.D.

 

Quel stress, les devoirs

L’asbl RTA conjointement avec l’ONE sort d’une longue investigation sur le terrain, main dans la main avec le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. Elle a procédé d’une manière intéressante. Elle a séparé parents, enfants du primaire, professionnels de tous horizons (ville, zone rurale, etc.) partout dans le pays. L’idée est de recueillir les impressions - loin de tout standard - autour de trois grandes questions :
1. Quel sens donnes-tu à tes devoirs ?
2. Comment ça se passe à la maison ?
3. Quelles sont tes attentes de l’EDD ?
Le résultat est sorti sous forme de DVD qui tourne dans différentes institutions tant académiques que politiques. Espérons qu’il joue son rôle d’outil de réflexion. Pour l’heure, voyons ce qu’il en ressort. Honneur aux petits.

Côté enfants : le sésame

Première surprise de cette recherche : les enfants aiment les devoirs autant qu’ils les détestent. « Les avis sont partagés. Parfois même chez un petit, nous apprend Annick Cognaux. Un enfant peut adorer faire des devoirs de français et détester s’attaquer aux maths, par exemple ». Ce qui est assez intéressant et permet de nuancer d’un seul tenant l’idée générale de « devoirs ». Comprenez qu’un petit n’envisage pas nécessairement le travail à la maison comme un tout et peut se plonger avec délice dans le travail tout autant qu’il peut se pincer le nez. D’ailleurs, c’est amusant de voir les mots qu’ils emploient : c’est bien / c’est chouette / c’est stressant / c’est long / c’est difficile. « Ils ressentent une sorte de stress à l’idée de ne pas répondre aux attentes de l’école. Par exemple, on entend souvent un petit dire ‘C’est chouette, j’ai réussi à le faire tout seul’. ‘Moins chouette’, quand ils n’y arrivent pas. De manière générale, je dirai qu’ils considèrent les devoirs comme un sésame qui va leur ouvrir la porte de leur avenir ». Passons aux parents.

Côté parents : une épreuve qui « déborde »

Dans l’ensemble, les parents interrogés acceptent l’idée des devoirs, non sans une certaine ambivalence. Côté pile. Ils en parlent comme d’une épreuve. « Qui plus est, une épreuve qui ‘déborde’ disent-ils, rapporte Annick Cognaux. C’est-à-dire que selon eux, le devoir sort du foyer. Il a des impacts sociaux. Il peut aggraver le climat familial, être source de tension, produire du stress chez l’enfant ». Très globalement, on navigue en eau tempérée jusqu’à la 2e primaire et c’est dès que l’on atteint la 3e que ça commence à pécher. Ça déborde justement. Mais pourquoi, au fait ? « C’est à partir de là que se font sentir les problèmes de méthodologie des enseignants. Avant, le parent peut aider son petit. Après, ça se corse. Le travail rapporté de l’école à la maison vient donc compromettre l’autonomie culturelle des parents. Ils se sentent très vite dépassés et plus dans le coup », explique la directrice.
Certains lecteurs du Ligueur nous rapportent souvent dans les témoignages qu’ils se sentent mis en cause quand ça ne marche pas. Même analyse dans cette enquête. Les conséquences sont sans appel : dégradation de l’image de soi chez les parents comme chez les enfants. Ici, on évoque même une « violence symbolique qui délégitime le parent », tant les impacts culturels et sociaux peuvent secouer.
Pourquoi plus haut, évoquions-nous une ambivalence ? Parce qu’en dépit de tous ces points très sombres évoqués à l’instant, côté face, les parents acceptent malgré tout la formule des devoirs. Ils y trouvent des apports. Ils soulignent d’abord le professionnalisme des enseignants et refusent de remettre en cause leurs outils. Ils considèrent que ces devoirs sont une météo de la classe, de l’école et y voient même une forme de potentiel.
Se pose alors la question des devoirs effectués à l’école. S'agirait-il d’une solution pour pallier les difficultés rencontrées par les parents ? Sur ce sujet-là, Annick Cognaux est très prudente. Elle renvoie au potentiel de l’E.D.D. tout en expliquant que l’un ne se fait pas au détriment de l’autre. De son côté, la Ligue des familles appuie et soutient cette initiative, elle plaide pour des financements plus importants pour ces structures, de manière à répondre à la demande croissante. Une manière de sortir de nombreuses familles de l’enfer des devoirs ? Il est temps d’y réfléchir, foi de cancre qui souffrait jadis dès qu’il ouvrait son journal de classe à la maison.

 

Yves-Marie Vilain-Lepage

L’école des devoirs : plébiscite général

On pourrait dire que le seul problème de l’école des devoirs, c’est son nom barbare ! Le principe, lui, et très enthousiasmant. Pour preuve, il est plébiscité par les parents et les enfants. De quoi s’agit-il ? D’un lieu dirigé par des animateurs qui au-delà des devoirs, propose des activités, des ateliers, sans discrimination. Ce sont de véritables tremplins à l’émancipation sociale. Les enfants l’aiment parce que ça leur permet de sortir de l’école, d’y mener des activités transversales à la matière scolaire. Quand on fait du théâtre, on fait du français, quand on fait de la cuisine, on fait des maths, par exemple. C’est un véritable repère de vie sociale et familiale. Les parents, eux, pointent un soulagement. Ça les aide et leur permet de consolider les bases autour de l’école. On y apprend que le travail scolaire peut se faire dans le plaisir. C’est un excellent outil d’accès à la culture et à l’expérimentation.
Retrouvez la recherche complète ici.