Vie de parent

Quelle ambition politique
pour la petite enfance ?

Une place en crèche pour chaque enfant, des horaires et des modes de garde plus flexibles, des professionnel·le·s mieux formé·e·s, davantage de mixité dans les milieux d’accueil, des places moins chères… Ces chantiers sont à l’arrêt par manque d’accord politique. Combien de temps les familles vont-elles devoir encore attendre ?

Quelle ambition politique pour la petite enfance ?

L‘actuel contrat de gestion de l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) prévoit une grande réforme de l’accueil des enfants de moins de 3 ans. À l’étude depuis 2015, cette réforme a été recalée par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) en juillet dernier. Le conclave budgétaire de ce mois d’octobre scellera l’avenir ou l’enterrement de ce projet de réforme.
Sans engagement financier avant les élections de 2019, la réforme sera renvoyée aux calendes grecques avec, dans la foulée, la réponse aux besoins des enfants et des familles. Les acteurs qui défendent les politiques de l’enfance ne sauraient tolérer une telle inaction. Parmi eux, 19 associations, syndicats, pouvoirs organisateurs et fédérations de milieux d’accueil ont lancé un appel dans les médias le 27 septembre, jour de fête de la FWB. Sans grand succès…

L’école, plus importante que les crèches ?

On a, à juste titre, beaucoup parlé du Pacte pour un enseignement d’excellence, cette grande réforme de notre système scolaire. Par contre, pas une ligne sur le tout aussi vaste projet de l’ONE qui entend réformer entièrement le secteur de la petite enfance. Dommage, tant les enjeux sont là aussi fondamentaux.
On ne dira jamais assez l’importance d’un accueil de qualité accessible pour tous les enfants, quelle que soit la situation des parents. Et nous en sommes encore loin… À peine 1 place en crèche pour 3 enfants. Seulement 1 sur 5 à un prix démocratique. Des modes de fonctionnement pas assez souples par rapport aux besoins des parents. Un grand manque de mixité sociale. Des crèches au bord de la faillite. Des professionnel·le·s en manque de reconnaissance.
Tou·te·s s’accordent sur la nécessité de revoir fondamentalement le système actuel. Mais voilà, les réponses politiques tardent. Alors on s’interroge : l’accueil de l’enfance, pas assez important ?

Un projet ambitieux sur la table et… rien

Un renforcement de la qualité, des postes de direction dans les crèches, des places moins chères, des puériculteurs et puéricultrices mieux outillé·e·s et plus nombreux, des incitants à davantage de mixité : voici quelques éléments encourageants du projet rendu par l’ONE à sa ministre de tutelle, Alda Greoli, et déposé au gouvernement en juillet 2018. L’élaboration de ce projet a déjà été plus longue que prévu. Apprendre, juste avant les congés politiques de l’été que le projet est reporté, c’est la goutte qui fait déborder le vase pour les familles et tout un secteur qui n’en peut plus d’attendre cette réforme.
Ce conclave budgétaire, réunion où les ministres s’accordent sur les priorités et dégagent les moyens nécessaires à leur mise en œuvre, est le moment clé pour l’avenir de la politique de l’enfance. Il est urgent de lancer la réforme avant les élections de mai 2019. Laisser au prochain exécutif la possibilité de reprendre la réforme à zéro serait un échec lourd pour l’actuel gouvernement de la FWB.

Investir dans l’enfance, le meilleur « placement »

On ne compte plus les études belges et internationales qui démontrent la nécessité d’investir dans l’enfance. Pour les enfants, d’abord, mais aussi pour la collectivité. Les analyses des économistes viennent en renfort de toutes celles juridiques, basées sur l’accueil comme un droit de l’enfant.
Comment ? En démontrant qu’un euro investi en rapporte entre trois et cinq (selon les études). Pourquoi ? Parce qu’un accueil précoce, s'il est de qualité, favorise le développement physique, psychologique et social de l’enfant et ainsi diminue le décrochage scolaire. Il aide aussi à plus d’égalité des chances entre enfants mais également entre les hommes et les femmes. Il renforce l’accès et le maintien à l’emploi. Il permet de lutter contre la pauvreté, etc.
En résumé, plus on investit quand les enfants sont jeunes, plus ça rapporte par la suite à tou·te·s. Quel bon gestionnaire oserait tourner le dos à un investissement aussi « rentable » ?
Cette réforme de l’accueil de l’enfance est indispensable. Et nous sommes stupéfaits du manque d’intérêt qu’elle suscite. Les médias ont peu relayé notre communiqué de presse du 27 septembre. De manière générale, le sujet est peu présent dans la presse ou sur les antennes, sauf en cas d’accident grave d’un enfant... Même chose chez les politiques. Nos interpellations se perdent dans les limbes des sphères de décision et sont très peu suivies. Alors que faut-il faire pour que ça bouge ? Envahir les cabinets ministériels, armé·e·s de nos poussettes remplies d’enfants ? Notre patience s’érode.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles