Vie de parent

Quelle place pour le numérique
en classe ?

Le numérique est de plus en plus présent, et partout. Même en classe. Qu’apportent les nouvelles technologies à l’apprentissage ? Que devient le prof si les élèves apprennent tout sur tablette ? Et les parents ?

Quelle place pour le numérique en classe ?

Le numérique débarque dans toutes les chaumières et tous les secteurs d’activités, jusqu’aux cartes de fidélité. Les ados en raffolent ! Alors, pourquoi pas faire entrer ces supports en classe ?
« Les élèves utilisent l’outil numérique pour le loisir, mais pas pour travailler. Ils savent parfois jouer, se servir d’une application mais n’en maîtrisent pas toujours les aspects plus techniques : se connecter au wifi, effectuer des réglages… », explique Sylvain Denis, conseiller chez Pédago-TIC. Or, les élèves d’aujourd’hui ont intérêt à s’initier à ces technologies, qui leur serviront sans doute plus tard dans leurs projets professionnels.

Des outils en plus

En classe, ces outils numériques doivent être couplés aux contenus à caractère pédagogique. « Il est très important de montrer aux élèves de secondaire qu’ils peuvent en faire un autre usage que de suivre tout ce qui se passe sur Facebook, par exemple. Ils peuvent travailler toutes les matières en ligne, gratuitement, avec des logiciels, des sites, pour faire des montages vidéo. Et en variant les supports, ils sont davantage motivés, soutient Jeanne-Marie Longrée, psychopédagogue et technopédagogue à l’Hennalux (Haute École de Namur-Liège-Luxembourg). Les former à l’usage de ces outils est également important pour qu’ils soient bien conscients de leur identité numérique (de l’e-réputation, les traces laissées sur internet…). »

Du tableau noir au TBI

Exit la craie crissant sur le tableau noir (ou vert), le papier, le stylo ? Non, les nouvelles technologies ne remplaceront pas tout le matériel traditionnel. Le numérique, c’est un outil en plus pour les profs et leurs élèves. Il ne s’agit pas de s’en servir huit heures par jour. L’élève ne peut pas rester concentré sur un écran aussi longtemps et même saturerait de tant de temps d’écran.
Certains professeurs utilisent déjà le tableau blanc interactif (TBI). Sur ce support, ils peuvent illustrer leurs propos en ajoutant du texte, des images, du son, des schémas, des vidéos… Intuitif et interactif, il offre beaucoup plus de souplesse, de diversité et de vie à la méthode d’apprentissage.
« On peut travailler sur le fichier et, en même temps, l’annoter, avec une orthographe correcte, ce qui n’était pas possible avec un rétroprojecteur », explique Jessica, professeur de français, séduite par l’outil.
« Avec le logiciel de géométrie dynamique, on dessine en quelques secondes un triangle et les trois médiatrices. On peut le faire bouger, le déformer ou faire apparaître en un rien de temps une centaine de triangles et constater que, à chaque fois, les médiatrices sont concourantes », s’enthousiasme Leila, professeur de mathématiques.

La tablette et les classes inversées

La tablette, très mobile, trouve aussi son utilité en classe. L’idéal, c’est d’en avoir une ou deux à disposition. Les professeurs ne doivent plus déplacer tous les élèves dans une cyberclasse et peuvent les utiliser quand ils en ont besoin, au lieu de la calculatrice ou du dictionnaire de 2004.
« On l’utilise pendant dix minutes, pour une recherche sur internet, un exercice de maths ou pour revoir une conjugaison. On a accès à une multitude d’applications et d’informations dans un outil qui prend peu de place, qui se range et s’allume très vite. On peut facilement la sortir de la classe, pour filmer, prendre des photos », soutient Christine Sornin, responsable du projet Edumobile.
Sur une tablette, on peut aussi adapter le contenu aux particularités d’un élève : des exercices supplémentaires plus complexes pour ceux qui ont des facilités ou une approche plus pédago-ludique de la remédiation pour ceux en proie à des difficultés.
Tous ces outils accompagnent l’apprentissage. L’élève n’est plus une éponge qu’on remplit de savoirs mais peut apprendre dans et en dehors de la classe. C’est le concept de la classe inversée. Les élèves regardent une vidéo chez eux. Et le prof peut profiter du temps libéré en classe pour organiser des activités, des projets de groupe et des échanges qui vont donner un vrai sens au contenu scolaire. On est passé d’un modèle centré sur le professeur qu’on écoute parler à un modèle centré sur l’élève et ses besoins, dans une dynamique d’interaction.

Le prof change de rôle 

Ces nouveaux supports révolutionnent la méthode de travail en classe. L’élève a désormais accès à une multitude d’informations. L’enseignant n’offre plus un enseignement frontal. Il n’est plus l’unique source de connaissances. Aux oubliettes, le rôle de maître omniscient, admiré, respecté. Il devient une sorte de coach : « Les enseignants n’acceptent pas tous ce changement de statut. Pourtant, le métier de coach est valorisé dans les entreprises. Il est hiérarchiquement au-dessus : c’est celui qui apporte quelque chose en plus aux autres », soutient le conseiller Pédago-TIC.
L’enseignant a tout à gagner à se familiariser avec les nouvelles technologies. Il peut y trouver des intérêts pédagogiques très enrichissants, et peut-être même se défaire d’une image de « ringard » que les élèves lui prêtent parfois.
Quel que soit l’équipement numérique en classe, le prof reste indispensable. Pas question de laisser les élèves piloter leur apprentissage. Le prof doit valider ce que les élèves ont appris, leur apprendre à vérifier et confronter les sources, à développer un esprit critique, mais aussi à suivre le programme. « Il faut un suivi. Et on a toujours besoin du présentiel, du contact humain », affirme Sylvain Denis.

À nouveau métier, nouvelle formation

Pour être efficace devant un tableau interactif ou des tablettes, l’enseignant doit pouvoir maîtriser les appareils. « Il faut accompagner et former les enseignants. Comme devant tout nouvel outil, un prof peut avoir peur de se planter ou d’être ridicule devant sa classe. Mais s’il connaît la manière de l’exploiter, il pourra l’utiliser à bon escient », explique la formatrice.
Les enseignants, et encore plus les futurs enseignants, doivent être un minimum éduqués aux médias et formés aux bons usages du numérique. Encore faut-il ensuite que les classes bénéficient d’une connexion wifi qui permette d’utiliser tous les supports (en même temps), qu’un informaticien compétent soit disponible à l’école, que les directions soutiennent les professeurs qui se lancent et, enfin, que les moyens (financiers) suivent…

Contre l’échec scolaire ?

Une fois que les outils et les profs outillés entrent en classe, les élèves s’approprient les supports d’apprentissage et, dans la foulée, on peut l’espérer, la matière enseignée. Le numérique est peut-être une piste pour contrer l’échec scolaire. Il peut faciliter l’interaction, égayer l’apprentissage et stimuler les élèves. Mais si un élève n’a jamais aimé les maths, l’outil va-t-il y changer quelque chose ? « L’élève va peut-être être davantage attiré au moment de comprendre, mais s’il n’aime pas la matière, va-t-il la retenir ? Et l’étudier chez lui ? Peut-être aussi va-t-il se rappeler du moment technologique et pas de la raison pour laquelle il l’a utilisé ? », s’interroge le spécialiste.

Dépassés, papa et maman ?

Et les parents, dans tout ça ? Seront-ils encore capables de suivre la scolarité de leurs enfants ? L’idéal serait que tous prennent le pli du numérique pour ne pas laisser se creuser le fossé entre eux, les enfants de la télé, et les « natifs digitaux ». Mais les parents ne sont pas toujours intéressés de suivre l’évolution des nouvelles technologies.
« On risque de tomber dans la discrimination, avec des parents ‘analphabètes informatiques’ qui demanderont l’aide de leur enfant. La fracture numérique est différente désormais : elle n’est plus sur le matériel, mais sur l’usage », commente Sylvain Denis. Or, l’éducation et le contrôle des parents restent essentiels si l’utilisation des nouveaux médias se poursuit à la maison.

Stéphanie Grofils

Ils en parlent

Le tableau interactif

« C’est un plus. Les élèves manifestent beaucoup plus l’envie d’aller au tableau. On ne les appelait même plus pour compléter un exercice à la craie. Ça faisait ringard. Aujourd’hui, ils se précipitent pour pouvoir manipuler le stylet. Quand on lit un texte à voix haute, ils suivent la lecture sur le tableau alors qu’avant, ils auraient regardé par la fenêtre sans écouter. Ils regardent toujours quand j’ajoute un mot, ou un commentaire. Ça les rend plus actifs que devant un tableau noir. J’ai l’impression qu’ils sont plus attentifs et qu’ils retiennent mieux la matière abordée. Même après un an, ils sont plus accrochés. »
Jessica, professeur de français

La tablette

« La tablette met une distance entre l’enseignant et l’étudiant. L’écran mobilise son attention sur la captation. L’écran est une gêne dans l’apprentissage, dans l’enseignement. Il y a davantage l’urgence de la communication que le partage de ce qu’il y a à dire. On est dans la transcription mais pas dans l’écoute. Les étudiants n’entendent pas sa parole, ni ne sentent l’intensité de ce qu’il enseigne car ils sont figés dans l’écran. »
Serge Minet, psychothérapeute

En savoir +

L’École numérique en Wallonie

Le 30 avril 2014, le Gouvernement wallon a approuvé un programme d’investissement de 77 millions d’euros pour développer les usages des technologies numériques dans les écoles fondamentales et secondaires sur la période 2014-2022. Ce projet-pilote s’adresse à toutes les écoles de l’enseignement maternel, primaire, secondaire, ordinaire et spécialisé, de l’enseignement de promotion sociale et de l’enseignement supérieur (catégorie pédagogique).

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