Rachida fait repousser le Haricot Magique

Appelez-les Super ! Tout simplement Super. Quand l’actu déprime, cette rubrique est là pour remonter le moral. Son objectif ? Mettre en scène des héros. Ceux qui rendent l’espoir possible. Il n’existe hélas pas grand-monde pour parler d’eux. Nous leur ouvrons donc largement nos colonnes.

Rachida fait repousser le Haricot Magique

Pendant six ans, le Haricot Magique a été le repaire (et repère !) d’une nuée de jeunes parents bruxellois. Et puis, en juillet dernier, le café-poussette de Schaerbeek a dû fermer ses portes. Heureusement, l’aventure va reprendre de plus belle sous l’impulsion d’une habituée du lieu, Rachida Bouganzir. Entrepreneuse dans l’âme, amoureuse des gens, cette jeune maman va utiliser sa propre expérience pour faire pousser les graines de ce nouveau Haricot Magique.

Déterminée, énergique, curieuse et franche, très franche même. En quatre adjectifs, voilà le rapide portrait qu’on pourrait faire de Rachida. Quatre adjectifs qui sont autant de qualités que cette jeune maman d’un petit garçon de 18 mois déploie depuis un an dans un beau projet : faire revivre le Haricot Magique, le café-poussette bruxellois.

Pourquoi se lancer dans une telle aventure ? La réponse de Rachida fuse : « Je voulais sauver cet espace parce qu’il m’a sauvé la vie ! ». On embarque dans notre machine à remonter le temps pour un voyage de quelques mois en arrière, à la genèse du projet.

« Cette envie de reprendre le Haricot Magique, c’est tout un ensemble de choses qui se sont enchaînées. D’abord une grossesse pas terrible avec un diabète gestationnel. Puis une maternité pas aussi idyllique que ce qu’on m’avait annoncé et qui a entraîné un gros burn-out parental. De là, j’ai repoussé mon retour au travail… et j’ai été licenciée. »

Au bout du compte, ce licenciement s’est révélé un véritable accélérateur du projet de Rachida. « Je me suis retrouvée maman à 100 % de mon temps. C’est un tsunami auquel je n’étais pas prête : j’étais à la fois épuisée physiquement et psychologiquement. On ne le dit pas assez, mais, pour certaines femmes, la maternité, socialement, c’est un mouroir. Quand on a un enfant un peu tardivement, comme ça a été le cas pour moi, les copines qui en ont eu un au tout début de la trentaine, on ne les voit pas. Elles n’ont pas le temps de venir te faire une petite visite, elles bossent, elles ont leur fils ou leur fille à aller chercher à la crèche ou à la garderie. Tu restes toute seule dans ton coin, avec une vie qui ne tourne plus qu’autour de ton bébé. Le quotidien, c’est alors la solitude, mais aussi l’ennui, intellectuel notamment, tant on est coupé de tout ».

Une bulle d’air, un truc qui fait du bien

Pour casser cette spirale, Rachida n’a pu compter que sur ses propres ressources. « À un moment, j’ai choisi de ne pas me laisser aller, de continuer à sortir, parce que je suis quelqu’un de fondamentalement sociale et sociable, j’ai besoin de rencontrer des gens. J’ai donc fait tout ce que je pouvais faire avec mon fils, comme les bébés nageurs et mille autres activités pour les tout-petits. Parmi celles-ci, il y avait le Haricot Magique. Cet espace de rencontres et d’échanges a été une vraie bulle d’air, le truc qui me faisait du bien, dans ce moment particulier de ma vie ».

Et puis, paf, la tuile : l’établissement schaerbeekois doit fermer ses portes. Très vite, plusieurs candidates à la reprise se déclarent, puis renoncent les unes après les autres pour différentes raisons. C’est alors au tour de Rachida de se lancer. « Je ne pouvais pas laisser l’histoire se terminer comme ça. Parce que ce lieu, c’est une vraie réponse aux besoins des parents. Parce que c’était le dernier café-poussette de Bruxelles. Parce qu’on est déjà hyper à la traîne ici sur ce genre de projet ».

Un espace de lutte contre la pression sociale

Avec toute sa détermination, son énergie et son expérience, la carte de visite de la jeune maman fait mouche auprès de l’ancienne direction. Très vite, en septembre, la reprise du fonds de commerce est signée : le Haricot Magique continuera à vivre. Seul changement, certes d’importance : ce ne sera plus dans les mêmes locaux, libres mais malheureusement totalement hors de prix pour la jeune entrepreneuse.

« Mais, depuis, un espace où installer le Haricot Magique a été trouvé, dans les casernes à Ixelles (voir encadré), et l’ouverture se fera, j’espère, avant la fin du printemps. Ce sera un chouette lieu, où je vais pouvoir proposer un accompagnement et une réponse aux besoins que les parents expriment. L’idée, c’est d’être super à l’écoute, de faire du sur-mesure, de proposer des solutions qui soient vraies, concrètes. Tout ce que j’ai vécu ces derniers mois depuis la grossesse, puis la naissance de Mano, le licenciement, le burn-out, tout ça me sert aujourd’hui. C’est grâce à cela que je vais pouvoir apporter ces réponses à ce que vivent les parents, et plus particulièrement les mamans, au quotidien. »

Pourtant lancée à fond de balle, Rachida met subitement un gros coup de frein à ses explications. Elle aborde alors un point très sensible de son projet. Si le Haricot Magique se veut un lieu convivial, chaleureux, très cocoon, propice aux rencontres et aux partages, il est destiné à être tout autant un espace de paroles.

« Faire de mon expérience un relais pour les autres mamans, ça ne veut pas seulement dire : ‘O.K, alors, j’ai testé telle activité, tel lieu, tel parc, tel·le pédiatre et ça, ça et ça, c’est top’. Ça veut aussi dire qu’au Haricot Magique, on va parler de questions de société, grâce au café papote. De vraies questions de fond, comme la dépression post-partum, la solitude de certaines jeunes mamans, le burn-out parental. »

Derrière ces questions se révèlent de vrais enjeux, essentiels pour les femmes. Des enjeux sur lesquels Rachida, forte de son vécu, veut mettre la lumière, apporter un éclairage nouveau, toujours au service des parents. Le premier de ces enjeux est de lever le tabou sur la grossesse et la maternité.

Des valeurs et du sens

« Oui, il y en a pour qui tout se passe bien, qui s’épanouissent complètement dans ce rôle de maman. Mais est-ce qu’on doit faire de ça la norme ? Parce que de l’autre côté, il y a aussi toutes ces femmes qui ne vivent pas ces moments de la même façon, pour qui l’équilibre n’est pas facile à trouver et sur qui pèse alors une énorme pression sociale. Il se pose alors une question cruciale : on s’en sort comment ? Ce sont à toutes ces femmes que s’adresse aussi le Haricot Magique. L’expérience d’autres mamans et la mienne doivent servir à dire : ‘Hey, on est là, on a vécu ça, on peut en parler, vous n’êtes pas isolées’. Et ainsi permettre d’éviter ce parcours pas rose, à ne pas en garder une expérience négative. »

Du positif, partout, dans tout, pour avancer, ce mantra n’a rien d’une recette magique pour Rachida. Pour elle, c’est un état d’esprit, une concordance entre ses besoins et ses valeurs. « C’est ce qui me fait avancer dans ce projet. Et puis, il y a aussi cette petite part de chance ou de destin. Ce qui compte à la fin, c’est que ça fonctionne, que ça ait du sens et surtout que ce soit utile ».

Romain Brindeau

En savoir +

Les futurs locaux

Le Haricot Magique va donc s’installer dans les anciennes casernes d’Ixelles, avec une quarantaine d’autres porteurs de projet. SeeU, c’est son nom, regroupera six thèmes dont l’alimentation durable, la recherche, des projets en incubation…
SeeU sera à découvrir lors du week-end d’ouverture, les 27 et 28 avril. Puis, à l’occasion de la fête de l’Iris, le 4 mai, ce sera tout le projet de réhabilitation des casernes qui sera à découvrir avec un grand jeu de piste. Infos : perspective.brussels  

Suivre l’actu du Haricot Magique