Vie de parent

Ramène-moi un bon bulletin et tu l’auras, ta tablette !

S’il est un domaine qui mérite récompense à vos yeux, c’est sans doute le bulletin. Tandis que certains parents valorisent la note obtenue, d’autres couronnent l’effort accompli. Une différence significative si l’on en croit les experts que nous avons interrogés.

Ramène-moi un bon bulletin et tu l’auras, ta tablette ! - Shutterstock

Aurore, maman de 2 filles, 2 et 8 ans
« Je donne parfois des récompenses quand elles fournissent un effort. Des beaux résultats scolaires en fin d'année méritent un petit cadeau. Les livres sont mes récompenses favorites. »

Patrizia, maman de quatre enfants, entre 3 et 12 ans
« Je lui offre un petit cadeau à l'occasion, mais pas systématiquement, pour un bon bulletin, quand cela suit un effort. Mais leurs premières récompenses restent encore leur propre satisfaction et nos félicitations. »

Fatima, mère de 2 enfants
« Je leur montre que je suis fière d’eux, je le verbalise. Pas de récompenses matérielles, excepté une bricole octroyée aux efforts sur le bulletin scolaire. On les encourage, c’est notre job ! »

Aboude Adhami : « Des enfants compétitifs, pas éduqués à la résistance »

« Certains parents récompensent un enfant qui a de bons résultats scolaires. Mais il ne faut pas oublier qu'avoir de bons points, c’est par rapport à d’autres. C’est entrer dans la société dans ce qu’elle a de plus compétitif. On peut écraser l’autre, on sera quand même récompensé. Ce modèle favorise des enfants aux comportements compétitifs, bien préparés au modèle social qui prédomine dans nos sociétés modernes. Mais pas éduqués à la résistance. »
Des enfants formatés, en quelque sorte. Un formatage davantage accentué lorsque l’enjeu du bon bulletin est l’objet que tout le monde doit avoir.
Autre risque pour les parents qui valorisent ce modèle, faire preuve d’un double discours : « Le jour où leur enfant ne voudra plus aller à l’école, ils lui diront : ‘C’est pour ton bien, pense à ton avenir’. Alors que, jusque-là, l'enfant n'étudiait pas pour son bien, mais pour un iPad ou un smartphone. Il n'avait qu'une vision à court terme. Et puis, en une fois, on lui demande de penser à son avenir... »
Cependant, le psychologue de tempére : « Mais cela ne veut pas dire non plus qu’il ne faut jamais récompenser un enfant qui a de bons résultats. Il y a des nuances à mettre. » 

Bernard Filleul : « Le plaisir procuré à ses parents »

«La première récompense que l’enfant peut avoir, c’est le fait de procurer du plaisir à ses parents, un plaisir qu’il reçoit comme une gratification, comme une reconnaissance de ce qu’il a pu apporter, de ce qu’il a pu effectuer, de ce qu’il a pu être. Et c’est dans cette reconnaissance-là qu’il fait ses apprentissages. Au fur et à mesure, il va intérioriser le plaisir et la récompense qu’il s’offre à lui-même. Quand on dit à un enfant : ‘Travaille bien à l’école et tu seras fier de toi’, il n’est pas fier de lui au début. Il est content si ses parents sont fiers de lui. C’est par cette fierté que les parents vont pouvoir lui témoigner à propos de sa réussite scolaire qu’il intériorisera petit à petit la conscience de soi, l’estime de soi. »

Une question de sens

Les deux psychologues s’accordent sur ce point : selon eux, il faut encourager l’effort, qui dépend directement de l’enfant. Et ce, parfois même lorsque le résultat n’est pas atteint : « Un enfant rentre à la maison avec une mauvaise note. Le professeur a sanctionné négativement l’élève, dans son système de cotation, c’est ce qu’il doit faire. Mais le parent peut récompenser son enfant de l’effort qu’il a fourni, même si la note est mauvaise », précise Bernard Filleul.
Il se rappelle d’une scène vécue par l’une de ses collègues, où les parents disaient à leurs enfants : « Si vous réussissez bien vos examens, nous partons en voyage très loin ». Un discours risqué, selon lui, « parce que chacun s’est senti coupable potentiel que la famille ne puisse pas aller en voyage. Ici, c’est une mauvaise utilisation de la récompense comme carotte et ça n’a pas produit de très bons effets. Ce qui est intéressant, c’est de pouvoir proposer une récompense qui soit atteignable. Un enfant qui a eu des difficultés scolaires toute l’année, vous n’allez pas lui dire : ‘Tu recevras tel objet si tu réussis tes examens’. C’est une mise en échec. Il faut qu’elle soit calibrée, qu’elle ait du sens aussi avec le contexte. Dans ce cas, la solution pourrait être de dire à l’enfant : ‘Si on voit que tu travailles, peu importent les résultats. Ce qui est important, c’est que tu fasses de ton mieux’. On est conditionné en tant que parents à regarder les résultats scolaires, ce qui met parfois des familles dans des difficultés vraiment incommensurables par rapport au bulletin. On n’aide plus l’enfant dans son effort, on l’aide pour son résultat. Si un enfant travaille pendant trois heures et obtient une mauvaise cote, le souci est à chercher au niveau du travail. Et donc, peu importe la note, ce qui est intéressant c’est de voir ce qui se passe pendant le travail. Et donc de valoriser un travail d’une meilleure qualité. Et la meilleure récompense, c’est qu’en travaillant mieux, l’enfant va obtenir des résultats qui seront calibrés par rapport à son effort et non pas quantifiés. »

Caroline Van Nespen et Estelle Watterman

LA RÉCOMPENSE-CAROTTE

« La question est de savoir ce qu’on entend par récompense. Est-ce que la récompense est quelque chose comme une carotte permanente qui perd son sens ? C’est-à-dire qu’on va aller dans un système où, quand on va à l’extrême, la récompense devient l’objet et non pas quelque chose qui vient en apport d’un acte qui a été effectué. Donc si la récompense devient le but en soi, on a des déviations de la valeur qu’une récompense peut prendre : l’enfant va courir systématiquement derrière la récompense et elle ne sera jamais suffisante. Il faudra toujours plus. Et on en arrive à une espèce de perversion dans le lien de ce qu’une récompense doit normalement apporter, à savoir une valorisation, une reconnaissance de l’effort, d’un acte posé. »

LA QUESTION

Quelle est la meilleure récompense à donner à un enfant ?

Des bravos, des félicitations, des friandises, un jeu, une surprise, une sortie ? Parmi toutes les récompenses possibles, nous avons demandé à un psychologue quelle était pour lui la plus belle récompense.
« Aujourd’hui, la meilleure et la plus généreuse récompense, c’est le temps, nous dit le psychologue Aboude Adhami. Avant, les grands-parents étaient très généreux, car ils avaient du temps. Mais aujourd’hui, même les grands-parents n’ont plus le temps. Le plus beau cadeau que l’on peut faire à quelqu’un, c’est lui dire « je suis disponible pour toi cette après-midi. J’ai 36 000 idées mais toute mon après-midi est libre pour toi. On va où tu veux, je fais ton taxi si tu veux, je suis à ta disposition. C’est mieux que d’acheter un cadeau sur internet vite fait, même pas emballé puisque je n’ai pas eu le temps, le déposer et s’en aller vite fait. Prendre du temps ensemble, ça se perd. Et dire l’amour que j’ai pour quelqu’un, ça s’est aussi perdu. »

Sur le même sujet

Pas de dispute pendant une semaine et je vous emmène au cinéma

Avouez que c’est tentant, dans un moment de faiblesse, de promettre une bricole à Zoé si elle arrête de taquiner Lisa. Ou de faire miroiter un cadeau si elles se tiennent bien à table en présence de belle-maman. Alors, gratifier un comportement exemplaire : éducation ou conditionnement ?

 

Après dix pipis dans le pot, tu gagnes un Lego

Il est parfois difficile, redouté par certains parents, exigé par de nombreuses écoles... Le passage des couches au petit pot reste une grande étape pour nos bambins. Une victoire même, souvent récompensée. Une bonne idée ?

 

Faut-il récompenser votre enfant ?

Il y a des moments où ça vous prend d’un coup, une vague de tendresse vous envahit, une folle envie de faire savoir à votre gamin, à votre fille que vous tenez fort, très fort à lui, à elle. Cette envie irrépréssible, vous la dites souvent avec des mots, mais parfois aussi avec des objets (En lui offrant, par exemple, le jeu vidéo - ou le petit pull, c’est selon ! - qui lui fait de l’œil depuis si longtemps). Mais donner une récompense à son enfant, ce n’est pas lui faire plaisir ! C’est volontairement marquer un moment où vous trouvez qu’il a fait quelque chose de bien. Ou pour l’inciter… à faire quelque chose de bien.

 

Si tu finis toute ton assiette, tu auras un dessert !

Une cuiller pour papa, une cuiller pour maman, une autre pour le chat et une encore pour éviter de jeter la fin du plat, une dernière parce qu’il faut des forces pour grandir, et puis aussi parce qu’il y a des enfants qui meurent de faim tous les jours et qui n’ont pas la chance d’avoir une belle assiette devant eux… Il existe mille « bonnes » raisons de demander à un enfant de terminer son assiette. Mais est-ce vraiment nécessaire de pousser nos petits à tout manger ?

 

Range ta chambre et vide le lave-vaisselle, tu auras une dringuelle

Faire participer les enfants aux tâches domestiques, lorsqu’ils sont en âge de donner un coup de main : normal ! Pour une majorité de parents du moins. Pourquoi dès lors envisager de récompenser ce qui n’est finalement qu’une contribution naturelle à la vie quotidienne ?

 

Pourquoi agite-t-on la peur de l’échec ?

Ils ont 11-12 ans et sont en début de secondaire. Ils sont en pleine construction dans leur corps et dans leur tête. Alors qu’ils ont tellement besoin de se situer positivement, beaucoup de choses, à l’école, passent par des sanctions négatives. Cette éducation par la peur de l’échec peut faire des dégâts : perte de confiance en soi, somatisations, dépression, décrochage scolaire…