Vie de parent

Range ta chambre et vide le lave-vaisselle, tu auras une dringuelle

Faire participer les enfants aux tâches domestiques, lorsqu’ils sont en âge de donner un coup de main : normal ! Pour une majorité de parents du moins. Pourquoi dès lors envisager de récompenser ce qui n’est finalement qu’une contribution naturelle à la vie quotidienne ?

Range ta chambre et vide le lave-vaisselle, tu auras une dringuelle - Shutterstock

Petra, maman de Noah, 3 ans, enceinte
« Un simple merci et beaucoup d'encouragements et d’amour doivent suffire. Où sommes-nous si l’on commence à récompenser les enfants pour accomplir des tâches qui sont naturelles et doivent passer sans négociations ? »

Aurore, maman de deux fillettes
« Je ne comprends pas trop les personnes qui sont totalement contre les récompenses. Plus jeune, quand je lavais la voiture, je recevais un petit billet. Il est évident que ranger sa chambre, prendre son bain, se laver les dents, débarrasser son assiette sont des actes logiques pour grandir, donc un merci est suffisant. Et je ne suis pas avare en mercis et félicitations ! Chaque situation est différente. »

Viviane, maman et belle-maman de six enfants
« Je prépare les repas, tu dresses la table et tu ranges la vaisselle. Je ne vais pas dans ta chambre, mais c'est à toi de la maintenir en état de propreté et d'habitabilité. Je lave ton linge sale - qui se trouvait dans le panier à linge - et je le repasse, mais tu le ranges dans tes armoires.”

Marie-Magdeleine, grand-mère de quatre petits-enfants
« Pas de récompenses pour ‘rendre service’. La solidarité ne se monnaie pas. Pas envie de faire grandir un enfant pour qu'il pense que tout s'achète. Pas de chantage affectif. (...) »

Marylin, maman de Thomas, 10 ans, Aleandro, 8 ans, Chiara, 5 ans, et Elsa, 15 mois
« En résumé, chez nous, c'est : valorisation, renforcement positif afin que l'enfant prenne conscience de sa propre valeur, de ses propres compétences. L'enfant se définira alors de lui même plutôt que d'être défini par l'extérieur. Et nous avons remplacé les félicitations par du compliment descriptif : un ‘Je te félicite’ reste une récompense déguisée. Un ‘Tu a de quoi être fier de toi’ permet à l'enfant d'être lui-même fier de soi. Au lieu de dire : ‘C'est bien d'avoir mis la table et rangé tes jouets’, qui est un jugement, on remplace par : ‘Je vois que la table est mise et que tous les jouets sont dans leurs caisses, merci’. Ce qui laisse la place à l'enfant de se dire : ‘Waouw, le rangement ça me connaît’. »

Bernard Filleul : « Des tâches qui relèvent d’un apprentissage »

« Comment l’enfant de 3 ou 4 ans range-t-il ses jouets ? Il les prend et les tape dans le bac, il ne va pas les mettre nécessairement au bon endroit. Au début, que fait-on ? On l’aide, on lui montre, on est avec lui. Et quand il met le jouet au bon endroit, on le félicite. Si on lui dit ‘Range tes jouets’ et qu’il n’y a rien derrière, quel intérêt a-t-il à le faire ? Il s’en fiche, lui. C’est vous qui avez envie que la salle de jeux soit bien rangée et bien propre. Il n’apprendra que plus tard l’importance de l’ordre… C’est une tâche ménagère de ranger. Normalement, ça incombe aux parents de ranger l’espace de vie. Mais ça incombe à l’enfant aussi d’être, petit à petit, responsable de son rangement. Donc, quand l’enfant range son bac à jouets, je ne lui donne pas un bonbon. Sinon, il pourrait renverser son bac à jouets et remettre tout dedans pour chercher à recevoir un nouveau bonbon !
Lorsque votre enfant de 7 ans débarrasse son assiette après avoir mangé, je ne pense pas qu’il mérite un cadeau pour ça. Il mérite une récompense symbolique, de l’entraide familiale, par exemple, parce qu’il donne un coup de main. Vous lui dites merci : un merci a de la valeur. Il y a un âge où les enfants aiment bien les tâches ménagères. Même s’ils ne le font pas trop bien et qu’ils renversent le couteau, le contenu de l’assiette, etc. L’important, c’est qu’ils essaient de bien faire. Et surtout, surtout, ils ont du plaisir à le faire. Pourquoi leur donner alors quelque chose ? Ce que vous avez besoin de leur donner, c’est un merci, une reconnaissance de l’aide fournie, une reconnaissance de l’effort qu’ils ont pu faire. La récompense matérielle n’a pas de sens, nous sommes ici dans la transmission de valeurs. »

Aboude Adhami : « L’enfant n’est pas gérant d’une boutique ! »

« Certaines familles prônent la solidarité familiale : chacun met la main à la pâte et contribue aux tâches en fonction de son âge. Dans d’autres foyers, pas de solidarité, l’aide se monnaie. Basculant parfois dans l’absurde. J’ai rencontré des parents qui commencent en disant à leur enfant de 8 ans qu’ils lui donneront 1 € par lave-vaisselle vide pour en arriver à 2 € parce que le gosse a jugé que quand il y a des casseroles, c’est plus difficile. Et de continuer la surenchère comme ça jusqu’à 3 € si cela doit se faire le matin où tout le monde est pressé et où, c’est bien connu, c’est dix fois plus compliqué parce que personne ne veut le faire. Au fur et à mesure, les parents entrent dans des calculs où celui qui tient la boutique, c’est l’enfant ! Mieux vaut directement mettre en place un système solidaire. Ce qui n’empêche pas de récompenser de temps en temps. Pour valoriser un acte isolé, pas par chantage. »

Caroline Van Nespen et Estelle Watterman

LA QUESTION

Une récompense peut-elle être une rémunération ?

Votre enfant vient vous voir et vous demande un billet s’il nettoie votre voiture. Pourquoi pas, si ça reste exceptionnel. Mais dès qu’il y a négociation, on rentre dans quelque chose de perverti. Ce n’est plus la récompense, mais une transaction. Pour que cela soit une récompense, il faut saluer un effort ou un résultat. Si votre enfant a lavé la voiture à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur et a récuré même les jantes, pourquoi ne pas le récompenser à ce moment-là ?

AUTANT SAVOIR

L'estime de soi

L’estime de soi se fait par la reconnaissance de la fierté qu’on peut avoir dans l’effort accompli. Parfois, cette construction a été manquée parce que les adultes ont notamment sur-récompensé. L’enfant en arrive alors à ne pas pouvoir se dire : « J’ai terminé ma tâche et j’en suis fier. Je n’ai pas besoin qu’on me le dise, je suis satisfait de moi et je suis content ». Petit, l’enfant range sa chambre parce que papa ou maman le lui demande et qu’il veut leur faire plaisir. Vers 6-7 ans, encouragé, bien sûr, par les félicitations des parents, il comprend qu’on se récompense soi-même quand on se fait du bien. »

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Il est parfois difficile, redouté par certains parents, exigé par de nombreuses écoles... Le passage des couches au petit pot reste une grande étape pour nos bambins. Une victoire même, souvent récompensée. Une bonne idée ?

 

Faut-il récompenser votre enfant ?

Il y a des moments où ça vous prend d’un coup, une vague de tendresse vous envahit, une folle envie de faire savoir à votre gamin, à votre fille que vous tenez fort, très fort à lui, à elle. Cette envie irrépréssible, vous la dites souvent avec des mots, mais parfois aussi avec des objets (En lui offrant, par exemple, le jeu vidéo - ou le petit pull, c’est selon ! - qui lui fait de l’œil depuis si longtemps). Mais donner une récompense à son enfant, ce n’est pas lui faire plaisir ! C’est volontairement marquer un moment où vous trouvez qu’il a fait quelque chose de bien. Ou pour l’inciter… à faire quelque chose de bien.

 

Ramène-moi un bon bulletin et tu l’auras, ta tablette !

S’il est un domaine qui mérite récompense à vos yeux, c’est sans doute le bulletin. Tandis que certains parents valorisent la note obtenue, d’autres couronnent l’effort accompli. Une différence significative si l’on en croit les experts que nous avons interrogés.

 

Si tu finis toute ton assiette, tu auras un dessert !

Une cuiller pour papa, une cuiller pour maman, une autre pour le chat et une encore pour éviter de jeter la fin du plat, une dernière parce qu’il faut des forces pour grandir, et puis aussi parce qu’il y a des enfants qui meurent de faim tous les jours et qui n’ont pas la chance d’avoir une belle assiette devant eux… Il existe mille « bonnes » raisons de demander à un enfant de terminer son assiette. Mais est-ce vraiment nécessaire de pousser nos petits à tout manger ?

 

« Si tu n’as pas de bons points, tu ne viendras pas avec nous… »

« Tu es une gentille fille, alors sois gentille aussi avec maman ». « Pour me faire plaisir, fais ceci… ». « Tu es le plus beau, le plus grand, le plus fort, alors… ». Voilà des phrases que nous employons régulièrement pour obtenir ce que nous voulons de nos chers petits. Inconsciemment, le plus souvent, nous tombons dans la flatterie. Serions-nous des parents manipulateurs ? Leur faisons-nous du chantage ? Tout est évidemment question de nuance…