0/2 ans

Réforme des milieux d’accueil :
la formation des accueillantes
au cœur du débat

Avec la réforme des milieux d’accueil (Milac) se joue la réforme de la formation de base des accueillantes de votre bébé. L’idée est de la renforcer. Mais tout le monde n’est pas d’accord sur la manière de le faire. Pourquoi et comment revoir la formation du personnel en crèche ? Débat. 

Réforme des milieux d’accueil : la formation des accueillantes au cœur du débat

Valérie est à la tête d’une crèche en Région bruxelloise. Elle s’occupe quotidiennement des petits bouts, mais aussi des contacts avec leurs parents. « J’ai appris beaucoup de choses via mon emploi. Notamment accueillir des familles précarisées ou de culture différente. Pour moi, ce sont des formations importantes à avoir quand on travaille dans le milieu de la petite enfance. Parce qu’on accueille pas seulement un bébé, mais aussi sa famille, sa culture ou sa religion ».

Être plus inclusif dans les crèches et chez les accueillantes, c’est bien le but de la réforme des milieux d’accueil (Milac), qui entre en vigueur progressivement depuis le 1er janvier en Wallonie et à Bruxelles. Mais la manière d’atteindre ce but en formant mieux les puéricultrices fait débat. La réforme prévoit obligatoirement d’avoir un CESS, autrement dit, d’avoir réussi sa 6e secondaire pour être accueillante. Ce n’est pas le cas de bon nombre d’entre elles. Ce n’est pas le cas de Valérie.

« Renforcer la formation, oui, mais pas forcément en rendant le diplôme d’études secondaires obligatoire, commente la coordinatrice de projet pédagogique. Pour moi, il y a deux poids deux mesures entre la nécessité d’être mieux formée et avoir le CESS. Ce sont deux choses différentes. »

Un avis partagé par la Femape, la fédération des milieux d'accueil de la petite enfance qui regroupe les indépendant·e·s. « Beaucoup de gens qui ont dû arrêter leurs études pour telle ou telle raison ont fait une formation en alternance par la suite, explique Sabine Conings, membre de cette fédération. Elles ont fait trente heures par semaine en entreprise pour apprendre le métier pendant deux ans ». Elles ont été mises à l’emploi grâce à la formation en alternance. C’est aussi une manière de valoriser des personnes éloignées du marché du travail, car elles n’ont pas leur diplôme d’études secondaires.

Pour éviter que les accueillantes qui, comme Valérie, n’ont pas leur CESS doivent cesser leurs activités au 1er janvier, des mesures transitoires ont été prévues. Le temps de discuter entre le secteur et le cabinet de la ministre de l’Enfance, Bénédicte Linard. Mais, à terme, l’idée du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles est bien de renforcer la formation et de créer un bachelier en éducation et accueil du jeune enfant. Car si tout le monde n’est pas d’accord sur le comment, les avis convergent sur le pourquoi.

Un positionnement professionnel

Comme le dit Valérie, être accueillante, ce n’est pas juste nourrir un bébé et lui apporter de l’affection. Bien sûr, l’accueillante doit avoir de l’empathie. Mais elle doit aussi avoir un positionnement de professionnelle, différent de celui du parent. C’est l’avis de Séverine Acerbis, responsable de la cellule enfance au cabinet de la ministre Bénédicte Linard.

« Ce qui est essentiel, c’est d’avoir des professionnelles capables de prendre du recul par rapport à ce qui se joue chez l’enfant… et le développement lors des premières années de vie est énorme, analyse-t-elle. Tout cela nécessite de pouvoir trianguler avec les parents et de prendre de la hauteur tout en étant dans l’action. Cette démarche demande une formation sur la longueur, une réflexion continue sur les pratiques. »

Même avis pour Damien Hachez, chargé d’études à la Ligue des familles. « Créer un bachelier contribue à stimuler la réflexion. C’est un aspect auquel les professionnelles sont actuellement peu formées : la démarche de prise de recul, de réflexion collective sur les pratiques, de formation continue… ».

Pour la Ligue des familles, renforcer la formation est aussi une façon de valoriser un métier encore trop peu reconnu. « Puéricultrice est un métier difficile, occupé à 95 % par des femmes et objectivement pénible, souligne Damien Hachez. L’environnement est bruyant, propice aux maladies. La responsabilité est énorme. L’accueillante n’a pas droit à l’erreur. Cette fonction sous pression est pourtant très mal payée. L’évolution salariale est très faible. Il y a donc un vrai enjeu de revalorisation ». 

Volonté d’inclusion 

Revoir la formation des travailleuses dans les crèches et autres milieux d’accueil, c’est une façon de rendre ces endroits plus inclusifs. Autrement dit, d’accueillir les familles avec leurs besoins spécifiques. Famille monoparentale, hétéro ou homoparentale, en situation de handicap, riche ou pauvre, multiculturelle… les réalités sont diverses et il faut pouvoir les prendre en charge de manière adaptée.

« On n’accueille plus les mêmes parents aujourd’hui qu’il y a vingt ans, constate Valérie. La société évolue et, avec elle, leurs besoins, leurs attentes en matière d’éducation. L’enfant reste au centre de notre préoccupation, et donc sa famille avec ».
Cette inclusion est au cœur de la réforme sur l’accueil de la petite enfance. Avec des horaires élargis et des prix fixés en fonction des revenus, l’idée est de pouvoir accueillir les besoins de tous les parents. Et donc, de pouvoir s’adapter à leur réalité. Cela passe aussi par la formation du personnel qui accueille les enfants. « En tant que professionnelle, on doit pouvoir se positionner dans le respect des parents et de leurs choix, ajoute Séverine Acerbis. La professionnelle doit être capable d’agir sans jugement envers la famille en s’ajustant à son cadre ».

C’est aussi la position de La Ligue des familles. « Il y a de vrais problèmes d’accessibilité aux crèches à cause des places, mais il y a aussi des freins financiers, de représentations, des craintes… Cette formation et la dynamique de la réforme permettent de lutter contre cela ».

Reste à éviter certaines ornières. Ne risque-t-on pas de donner accès au métier uniquement aux personnes qui ont les moyens de se payer des études supérieures ? Et ainsi de renforcer le fossé entre les accueillantes et les parents plus précarisés ? « C’est un vrai enjeu d’éviter un phénomène de ségrégation sociale, répond Damien Hachez. Ça peut être un point d’attention à ce que l’accueil soit représentatif de la population ».

« Ce n’est pas parce qu’on est diplômée qu’on va donner des leçons aux parents, répond Séverine Acerbis. Ou alors on aurait tout loupé. Il faut faire en sorte que la formation se fasse dans une démarche de bienveillance, faire des allers-retours entre la théorie et la pratique, entre les cours et le terrain pour faire en sorte de prendre du recul par rapport aux réalités rencontrées. Le but est d’accompagner les familles, pas d’être prescriptif. »

Marie-Laure Mathot

En savoir +

Ce que prévoit la réforme 

La réforme des milieux d’accueil de la petite enfance entre en vigueur progressivement depuis le 1er janvier. Outre le renforcement de la formation des accueillantes, elle prévoit d’autres mesures qui font toujours l’objet de discussions entre le cabinet de la ministre de l’Enfance, l’ONE et les travailleuses sur le terrain. Voici ce que le texte prévoit à la base : 

► Des subsides en plus pour les crèches qui accueillent des publics spécifiques, c’est-à-dire les enfants porteurs d’un handicap, les fratries, les enfants adoptés, si l’enfant est dans le cadre de mesure de protection, si les parents sont au chômage ou vulnérables économiquement comme les familles monoparentales par exemple. 
► Des subsides en plus si les crèches élargissent leurs horaires à 11h30 par jour, avant 7h et après 18h. 
► Une priorité donnée aux parents qui habitent la commune si c’est une crèche publique. Priorité aussi si c’est une crèche liée à votre employeur ou à l’espace où vous travaillez. Vous aurez aussi plus facilement une place si votre milieu d’accueil a fermé ses portes inopinément et qu’il faut trouver une solution dare-dare. 
► L’outil premierspas.be propose une vision globale de l’offre de crèches et accueillantes autour de chez vous. Vous y encodez votre adresse et vous trouvez facilement les crèches aux alentours. Si le site internet vous permet de vous mettre en lien avec le lieu d’accueil, il ne centralise pas les demandes pour le moment. Ce devrait être le cas en 2022. 
► La réforme revoit les prix pour les parents à bas et moyens revenus. Les crèches devraient être plus accessibles financièrement. Un outil de la participation financière parentale devrait voir le jour.