Vie de parent

Réfugiés : décryptage pour contrer les clichés

Pas simple de s'y retrouver dans le dossier des réfugiés qui, depuis cet été, arrivent en nombre en Belgique et dans d'autres pays européens. Qui sont-ils, d'où viennent-ils et pourquoi arrivent-ils chez nous ? Autant de questions que vos enfants vous posent sans doute et auxquelles Le Ligueur répond. Un décryptage bien utile pour discuter avec eux de ce sujet qui fait la Une d'actualité, mais aussi pour aller au-delà des clichés.

Réfugiés : décryptage pour contrer les clichés - Enfants réfugiés dans le parc Maximilien à Bruxelles / © Reporters

Qui sont les réfugiés qui arrivent en Belgique ?

Parce qu’ils étaient en danger chez eux, notamment à cause de la guerre, ces hommes, ces femmes et ces enfants ont tout quitté et ont traversé l’Europe (à pied, en bateau, en bus, en avion…) pour arriver jusque chez nous. Un voyage souvent pénible, coûteux et semé d’embûches. Un chiffre : durant les 6 premiers mois de 2015, quelques 2000 personnes sont mortes en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe depuis le Moyen-Orient ou l’Afrique.
Pour espérer avoir le droit de vivre en Belgique, les réfugiés doivent faire une demande d’asile auprès de l’Office des étrangers (à Bruxelles). Les bureaux de ce dernier se trouvent à proximité du fameux parc Maximilien où se sont installés des centaines de réfugiés. Si leur demande est acceptée - en d’autres mots s’il est avéré qu’ils risquent leur vie dans leur pays d’origine -, ces personnes auront le droit de s’installer ici. Dans le cas contraire, ils devront retourner dans leur pays d’origine. Avant de savoir si leur demande d’asile est acceptée (ce qui peut prendre plusieurs semaines), ces réfugiés vivront dans des centres d’accueil, dans différentes villes du pays.
Difficile de chiffrer et de donner l’origine exacte des personnes qui se pressent actuellement aux portes de l’Office des étrangers. Par contre, les chiffres du mois d’août sont connus : sur les 4621 demandes d’asile enregistrées, près de la moitié sont des personnes venues d’Irak. La Syrie, l’Afghanistan, la Somalie et la Russie complètent le Top 5.

Réfugié ou migrant : est-ce la même chose ?

Non, ces deux mots ne sont pas synonymes et les médias ont, hélas, tendance à employer l’un pour l’autre. Comme son nom l’indique, le réfugié a fui son pays pour se réfugier à l’étranger : il était en danger à cause de la guerre et de ses conséquences ou était menacée à cause de sa nationalité, de sa religion, de son orientation sexuelle… Tous ces réfugiés qui sont venus demander l’asile dans nos pays sont protégés par une loi internationale : la Convention de 1951 relative aux réfugiés. Cela signifie que ces personnes ne peuvent être renvoyées chez elles et que les États où elles se sont réfugiées ont le devoir de les protéger et de les accueillir.
Un migrant, c’est autre chose : cette personne a quitté son pays non pas parce qu’elle était en danger de mort, mais principalement parce qu’elle voulait trouver ailleurs une vie meilleure pour elle et sa famille. Alors que les États ont l’obligation d’accueillir les réfugiés qui arrivent sur leur territoire, ils sont libres de mener leur propre politique d’immigration et donc d’accepter ou non les migrants.
Les étrangers qui arrivent en Europe pour l’instant sont majoritairement des réfugiés. Parmi eux, certains ne sont pas réellement en danger dans leur pays et sont donc de simples migrants.

2015 est-elle une année exceptionnelle ?

La situation que nous connaisson en Belgique et dans le reste de l’Europe est effectivement tout à fait exceptionnelle. Jamais, depuis la fin de la 2e Guerre mondiale, le nombre de réfugiés et de personnes déplacées dans leur propre pays n’avait été aussi important. Un chiffre, donné par l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) : en 2014, 59,5 millions de personnes étaient réfugiées ou déplacées dans leur propre pays. Un record, qui devrait d’ailleurs encore être battu en 2015. La raison de cette augmentation du nombre de réfugiés est facile à comprendre : ces 5 dernières années, une dizaine de conflits ont débuté (ou repris) en Afrique, mais aussi en Asie, ce qui a fait fuir une partie de leurs populations.
Penchons-nous maintenant sur ce chiffre de 59,5 millions de réfugiés, qui correspond grosso modo à la population d’un pays comme la France. Retenons que 2/3 d’entre eux (soit environ 40 millions de personnes) sont déplacés à l’intérieur même de leur pays. Tandis que le 1/3 restant (environ 20 millions) a franchi la frontière de son pays pour aller se réfugier à l’étranger. Chose importante, que l’on oublie souvent : la très grande majorité de ces réfugiés n’ont pas la possibilité de faire un long voyage jusqu’en Europe, mais s’installent dans un pays voisin du leur. Aujourd’hui, la Turquie (2 millions de réfugiés), la Jordanie (1 million de réfugiés) et le Liban (600 000 réfugiés) sont les pays qui comptent le plus de réfugiés sur leur territoire. Des chiffres qui ne sont rien face aux 160 000 demandeurs d’asile que les pays de l’Union européenne devraient, si un accord est trouvé, accueillir tous ensemble.

Anouck Thibaut

EN BREF

DICO

  • Réfugié : personne qui a fui sa région ou son pays parce qu’elle y était en danger : à cause de ses idées, sa couleur de peau, sa religion ou encore d’une guerre, d’une famine, d’un tsunami…
  • Migrant : personne qui immigre, autrement dit qui décide de quitter son pays pour aller vivre ailleurs. Les raisons de ce départ : chercher de meilleures conditions de vie, notamment d'un point de vue économique c’est-à-dire avoir un emploi, une maison. Ou encore offrir une meilleure éducation à ses enfants.
  • Demandeur d’asile : personne qui vient demander la protection d’un autre pays (et en même temps, l’autorisation d’y vivre) parce que sa vie est menacée dans son propre pays.


CHIFFRES

  • 59,5 millions de réfugiés dans le monde (chiffre 2014) ; 2/3 dans leur propre pays, 1/3 à l’étranger
  • La Turquie, le Liban et la Jordanie accueillent à eux seuls près de 3 millions de réfugiés
  • L’Europe devrait accueillr 160 000 réfugiés en 2015, dont 4500 en Belgique

EN SAVOIR +

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