Réfugiés : quelle aide à long terme ?

Le Ligueur ouvre chaque mois ses colonnes à des expériences d’inclusion. Inclusion d’enfants et d’ados en situation de handicap, en situation sociale précaire, en situation d’exil, mises à la marge de notre société pour des raisons religieuses ou ethniques… Ces expériences peuvent être portées par des associations comme par des individus, pourvu qu’elles puissent apporter des infos, des adresses utiles, des pistes, un mode d’emploi, à ceux et à celles qui aimeraient mettre en place des projets similaires.

Réfugiés : quelle aide à long terme ?

À l’heure ou s’écrivent ces lignes, on peut se féliciter de l’incroyable élan de solidarité citoyen pour l’accueil des réfugiés. Aujourd’hui, les associations et ONG sont saturées de dons et de bonnes volontés. Mais demain ? Les enjeux sont clairs : logement, travail et éducation. Voici quelques pistes pour s’y mettre ensemble.

Gilles Cnockaert de Caritas, association d’aide aux victimes de guerre, explique : « On a agi comme des urgentistes. Maintenant, on doit travailler tous ensemble sur le structurel. Prévenir une crise de l’organisation. Chez nous, nous avons une cinquantaine de personnes prêtes à accueillir. On est loin du compte. »
Bruno Gilain, directeur chez Convivial, mouvement d'insertion des réfugiés, appuie : « Nous sommes là pour garantir aux propriétaires que tout va bien se passer. Et c’est souvent le cas. Pour les problèmes financiers, nous avons un fonds de prêts pour les garanties locatives. On bosse avec des Agences immobilières sociales (AIS), type logement pour tous, qui louent en-dessous des prix du marché. »
Pour les particuliers qui veulent aider, mieux vaut qu’ils passent par des associations que d’héberger de leur propre chef. Ces professionnels prennent tout en compte : des démarches administratives aux formations à l’emploi.

Emploi, le Saint-Graal

Le problème de la formation et donc de l’emploi va se poser. « L’initiative citoyenne va là encore jouer un rôle-clé. Manifestez-vous chez nous ou auprès des missions locales pour proposer des formations. Et mettons en place collectivement une politique d’intégration sur le marché de l’emploi. Non, ils ne piquent le boulot de personne, ce n’est que du complément », précise l’expert de Caritas.
Bruno Gilain complète : « Il faut valoriser les compétences. Un des pièges, c’est l’aide du CPAS, qui met en place un procédé d’activation rapide à l’emploi. Un ingénieur qui va laver des chiottes, c’est un gâchis énorme pour tout le monde. Vos lecteurs peuvent s’improviser guides et parler de la vie en Belgique, de la sécurité sociale, de l’aide à la formation. Ces réfugiés arrivent sans réseau et sont bloqués par la barrière de la langue. Qu’ils s’adressent à Convivial, Caritas ou au Ciré (www.cire.be) et on les orientera. »

L’école et ses devoirs

Autre piste, l’école. Une coopération entre les familles et les enseignants est primordiale. « On voit les personnes qui mettent en place des fancy-fairs d’entraide. D’autres qui y centralisent leurs actions, type lecture, jeux entre scolaires et migrants. Nous sommes partenaires de plusieurs classes-passerelles. Il faut que ces initiatives se multiplient. »
Une directrice d’école qui a recueilli 17 réfugiés cette rentrée nous dit : « C’est le cœur de notre mission. Mais aussi celle des parents et c’est important pour nos enfants. Les élèves que nous avons accueillis en cette rentrée sont très travailleurs, désireux d’apprendre le français au plus vite ». Bruno Gilain, complète : « L’avenir de notre société, on le voit aujourd’hui, c’est le vivre ensemble. Je m’adresse aux parents, il faut s’investir, l’école est un beau lieu pour ça. Appuyez-vous sur les associations de l’établissement de vos enfants. »
D’autres enjeux vont voir le jour comme le rapprochement familial. Ou contrer les peurs. Bruno Gilain rassure : « J’entends des personnes parler de l’effondrement économique. Voyez l’Allemagne, elle pense à long terme. Les migrations apportent des solutions. Après tout ça, j’espère pouvoir fermer pour cause de paix dans le monde. »

Oscar, réfugié : « La plus grande aide, ce sont
vos valeurs »

« On ne décide pas d’être réfugié. Le mal peut frapper n’importe où. J’ai vu comment vivent mes ‘compatriotes’ au camp Maximilien. J’ai eu plus de chance, je suis allé à l’Office des étrangers, on m’a enregistré et l’après-midi même, j’ai pris le train pour Bierset et été accueilli par la Croix-Rouge. Il faut aider. Les gens vont se fatiguer. J’ai peur que l’on donne beaucoup et que l’on oublie le lendemain. Les deux enjeux sont le boulot et le logement. Sachez que le mot réfugié est terrible à porter. Pour beaucoup, réfugié = rejeté. Quelqu’un d’encombrant. La plus grande aide consiste à instaurer les conditions minimum des Droits de l’Homme. Que tous les citoyens européens fassent valoir leurs valeurs dans le monde. L’hiver arrive et j’espère que l’on n’attendra pas de voir certaines familles qui dorment dehors sous la neige pour se mobiliser de nouveau. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les Wippy d’or

Bientôt les Wippy d’or, les trophées de l’inclusion, organisés par notre partenaire Awiph. Cette année, le thème porte sur : « Des loisirs inclusifs pour les enfants en situation de handicap (3-18 ans) ». L’objectif est de récompenser les porteurs de projets qui favorisent l’intégration harmonieuse d’enfants en situation de handicap dans le respect de leur différence. Tout le monde peut y participer, n'hésitez pas à soumettre votre candidature ici. Dépêchez-vous, vous avez jusqu'au 20 octobre.

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