12/15 ans

Refuser de lui acheter des vêtements de marque, peut-être une fausse bonne idée…

Le vêtement, c’est aussi une manière de communiquer. L’image que l’on veut donner de soi transparaît à travers ce que l’on porte. Combien de fois n’a-t-on pas entendu son ado s’écrier : « Je n’ai plus rien à me mettre ! », devant une garde-robe remplie de vêtements, et nous supplier d’aller faire du shopping ? Un caprice ? Peut-être pas.

Refuser de lui acheter des vêtements de marque, peut-être une fausse bonne idée…  - Thinkstock

Se fringuer pour se construire

« C’est à la (pré)adolescence que l’identité est la plus difficile, on s’identifie à d’autres pour se construire. L’achat d’un vêtement a donc un vrai enjeu, explique Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation à l’ULB. Ce n’est pas juste vouloir, posséder. S’il veut porter cette marque, c’est parce qu’elle représente une certaine valeur à laquelle il aspire. S’il veut un jeans de telle marque et qu’on lui en achète un autre, le vêtement ne lui apporte pas l’image qu’il veut donner de lui. Et lui dire ‘Non’, c’est lui couper les ailes alors qu’il cherche à construire son identité. »
Et de nous conseiller d’accompagner notre ado dans ses achats, pour comprendre pourquoi il veut porter telle ou telle marque, s’il y voit quelque chose d’autre que la marque en soi, et comprendre pourquoi il veut rendre cette image-là : « Il ne faut pas diaboliser les marques. Elles coûtent plus cher, certes. Mais c’est important de comprendre la valeur qu’un ado y met pour l’accompagner dans la construction de son identité. Et aussi pour faire des achats plus judicieux. »

Et le portefeuille dans tout ça ?

Plus facile à dire qu’à faire ! Comment suivre, côté portefeuille ? D’abord, pas besoin de griffes de luxe de la tête aux pieds. L’une ou l’autre marque suffit pour lui permettre de s’intégrer dans la bande de copains et de partager ainsi les codes qui les lient. Car, mettons-nous bien d’accord, il ne s’agit pas de se ruiner pour s’assurer que son ado, parfois colérique et capricieux, se sente bien dans ses baskets et séduise toute la cour de récré. À chacun son budget et ses valeurs. Comme Aline, maman de Louise, 13 ans, qui nous dit comment elle a réussi à sensibiliser sa fille à ces fameuses valeurs.
« Louise aime les vêtements de marque, mais elle n’y est pas accro. Entre un pull Superdry et un JBC, elle peut choisir le JBC parce que c’est celui-là qu’elle préfère. J’achète parfois des vêtements de marque en seconde main. Elle n’est pas contre, tant que ça ne se voit pas. On l’a sensibilisée à nos valeurs très tôt, à ne pas dépenser à tout bout de champ pour ça, en expliquant qu’on n’est pas nécessairement plus heureux habillé en Diesel. Et ça a porté ses fruits. »
D’autres parents optent plutôt pour la négociation. C’est le cas d’Amélie, maman de Sarah, 13 ans : « À la rentrée, elle voulait absolument un pull J&Joy. Mais je ne voulais pas mettre 80 € pour un pull. Donc elle a mis 45 € de son argent de poche et moi 35. Ils grandissent tellement vite. Mettre un gros montant dans les vêtements, c’est un peu se tuer. »                 

16-18 ans

Ils se dé-marquent

Rassurez-vous, la folie des marques n’est pas vouée à perdurer. Souvent, entre 16 et 18 ans, les ados en ont de moins en moins besoin pour définir leur look. Grâce à Internet, aux blogs, aux magazines et aux lookbooks des boutiques, les filles comme les garçons sont de plus en plus inventifs et parviennent à concocter leurs tenues avec peu de moyens. Le vintage et la récup’ étant à la mode, les jeunes fouillent dans la garde-robe des parents, ou même des grands-parents, pour dégoter l’accessoire ou le vêtement original. Ils travaillent plus leur style, avec moins de marques.

6-8 ans 

La sensibilisation dès le plus jeune âge

Pour vivre une adolescence paisible, du moins sur ce front-là, mieux vaut commencer ce qu’on appelle pompeusement l’éducation à la consommation responsable bien plus tôt. L’âge idéal pour entreprendre cette sensibilisation : entre 6 et 8 ans. Un âge où l’enfant est encore très curieux, où il s’intéresse à tout et est très ouvert à l’apprentissage. C’est l’étape-charnière à laquelle il apprend toutes les règles, où tout ce qu’il entend à l’école est du pain bénit, et où les parents, l’exemple à suivre.
C’est aussi la période au cours de laquelle les parents doivent s’efforcer d’adopter les comportements qu’ils considèrent les plus justes et les attitudes les plus cohérentes avec leurs propres valeurs et leurs propres réflexions. Un sacré boulot, certes, où l’adulte doit, sans cesse, se surveiller… Et après 4 heures, le boulot plein les pattes, le parent ne trouve pas toujours la force de valoriser, à la maison, ce que son gamin ou sa gamine ramène comme bonnes pratiques acquises à l’école.

L’éducation dans les achats

Il n’en reste pas moins que certains parents ont des idées à revendre. Tel Patrick, papa de Tom, 12 ans, qui s’emploie à redonner vie aux vêtements de son fils.
« Tom est très branché marques. Mais il a conscience de la valeur des choses qu’il veut. Il économise son argent de poche pour s’acheter des vêtements, il sait attendre. Et ce sont des vêtements qui ont une vie. C’est de la qualité et ça vieillit très bien. Quand il ne rentre plus dedans, on les revend aux copains qui ont des enfants qui grandissent, ou on les donne aux amis qui ont des problèmes d’argent. Et moi, je récupère aussi ses pulls car, maintenant, je suis plus petit que lui ! »
Ou encore Greg, papa de Guillaume, 12 ans, qui dit O.K. assez facilement mais qui « joue aussi là-dessus pour le punir. Un week-end où il avait dépassé les limites, j’ai enlevé tous les vêtements de marque de sa garde-robe, et je n’ai laissé que ses vêtements d’uniforme. C’est aussi sur la base des résultats scolaires qu’on va faire les courses. »
A chacun sa méthode pour trouver le bon équilibre entre le bien-être des jeunes (et leur garde-robe), le portefeuille, et l’éducation.

Stéphanie Grofils

EN PRATIQUE

L’éco-consommation vous intéresse ?

  1. Pensez au système de seconde main : un vêtement de qualité peut se recycler, en famille, entre amis ou en magasin.
  2. Évitez d’acheter des jeans usés artificiellement ou blanchis : pour obtenir cet effet à la mode, les producteurs recourent le plus souvent au sablage, un procédé dangereux pour la santé des travailleurs, voire mortel.
  3. Achetez moins de vêtements pour acheter plutôt l’une ou l’autre pièce de qualité plus « durable ».
  4. Entretenez bien vos vêtements pour prolonger leur durée de vie : fiches-conseils 1, 2, 12 et 20 d'écoconso.
  5. Donnez à des associations les vêtements en bon état que vous ne portez plus : www.res-sources.be.
  6. Transformez vos vieux vêtements en chiffons, serviettes ou mouchoirs, ou faites-les raccommoder quand c’est possible.
  7. Échangez, troquez, ou louez les vêtements dont vous voulez vous séparer : www.freecycle.org - www.trocinfo.org
  8. Préférez les textiles bio et éthiques, labellisés ou certifiés bio : GOTS (international), Biogarantie (Belgique), Soil Association (Royaume-Uni), IVN Naturtextil, Naturland (Allemagne). Ils offrent la garantie que la fibre est issue de l’agriculture biologique ou s’appliquent à un producteur en cours de conversion vers l’agriculture bio. La plupart de ces labels ou certifications garantissent également que le producteur est respectueux de l’environnement.

LA BONNE IDÉE DU LIGUEUR 

Le troc entre amis

Faites d’une utilité une fête, en organisant des soirées « troc » avec vos frères et sœurs, amis et amies. Vous pourrez vous échanger les blouses, pantalons, jupes et autres fringues que vos enfants ne mettent plus. Et pour les vendre et les acheter à petits prix, pensez aux bourses aux vêtements de la Ligue des familles. Infos sur www.citoyenparent.be

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