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Remédiation privée
ou privés de remédiation ?

À Pâques ou en été, c'est la même question qui se pose : « Mon enfant doit-il suivre des cours de soutien ? » Des offres qui carburent à la publicité, il y en a pléthore. Pour tenter de s'y retrouver, le Ligueur s'est immergé l'été dernier au sein d'une initiative plutôt sympathique : Échec à l'échec. Proposée par l'association des Jeunesses scientifiques de Belgique, elle offre des cours à des prix abordables et met en avant sa vocation « sociale ».

Remédiation privée ou privés de remédiation ? - Thinkstock

Fin du mois d'août 2010 à Bruxelles. Certains enfants sont encore en vacances, en Belgique ou à l'étranger. D'autres n'ont pas pu partir et déambulent dans les rues et dans les parcs. Cachée dans des salles de classe, il existe une autre catégorie : celle des enfants qui suivent des cours de soutien scolaire.
Perfectionnement, esprit de compétition, lutte contre l'échec ou examen de passage en secondaire, les raisons qui poussent les parents à inscrire leurs enfants en cours d'été sont nombreuses, tout comme les solutions qu'on leur propose. De Échec à l'échec à Educadomo en passant par Cogito, un clic sur Internet et c'est une pluie d'offres, souvent très différentes, qui nous tombe dessus. La remédiation privée, à Pâques ou en été, est devenue un vrai business. Dès lors, comment s'y retrouver au milieu de ces publicités alléchantes, de ces cours dont le coût peut vider un portefeuille, et dont l'idéal - et c'est un euphémisme ! - n'est pas toujours de la jouer collectif.
Pour tenter d'y voir plus clair, le Ligueur s'est rendu à l'Athénée royal Gatti de Gamond, l'un des lieux où l'asbl Échec à l'échec prodigue son enseignement estival. Pourquoi Échec à l'échec ? Simplement parce que cette asbl encourage un peu moins que les autres la dualisation scolaire en offrant des cours à un prix abordable.
Échec à l'échec est une association, une émanation des Jeunesses scientifiques de Belgique. Si les objectifs de promotion de la science restent ancrés dans les esprits des professeurs de cette association, les cours qui sont proposés aux élèves couvrent désormais tout le spectre du programme scolaire. Chaque année, à Pâques, puis en été, ce sont 8 à 10 000 élèves, de la 6e primaire à la 6e secondaire, qui reçoivent des cours de rattrapage donnés par des professeurs bénévoles. Le tarif : 70 euros par mois pour deux semaines de cours au mois d'août.

« Les professeurs nous consacrent plus de temps »

À première vue, l'ambiance semble studieuse dans ces petits groupes d'à peine une dizaine d'élèves. Bien sûr, à deux pas d'un centre commercial de renom, la tentation de s'esquiver et de succomber à l'appel consumériste est grande chez ces élèves. Claire Gamba, coordinatrice des activités d'Échec à l'échec au centre de Bruxelles, en a conscience : « C'est l'été. Il y en a toujours qui partent se balader au centre-ville et ce n'est pas toujours facile à gérer, car il faut contacter les parents. Mais globalement, il y a très peu de problèmes de discipline, élèves comme professeurs, nous sommes tous très motivés. »
Lorsqu'on interroge des élèves au hasard, on voit bien que chacun, à sa manière, a conscience de l'utilité de ces cours, même si la perspective de rester assis sur une chaise en plein été ne suscite pas un enthousiasme délirant. Claudio, à seulement 16 ans, est un habitué : « Je viens ici chaque année. Cette année, c'est math et anglais. Dans le bulletin, ils mettent une feuille qui recommande de suivre des cours ici. Je sens que ça m'aide, les professeurs ont une autre façon d'expliquer, ils nous consacrent plus de temps. »
Pour Maria, 15 ans, venir ici chaque jour n'est pas une partie de plaisir : « Je n'ai pas eu trop le choix, le prof a un peu poussé pour que je vienne. Je me suis dit que ça pouvait être utile. Le plus dur pour moi, c'est de me lever chaque matin et puis aussi de savoir que les autres sont vraiment en vacances. »
Enfin, certains élèves sont plus récalcitrants. C'est le cas de Mohammed qui, du haut de ses 14 ans, roule un peu des mécaniques et exprime des réserves : « En juin, le professeur a dit 'Il faut aller à Échec à l'échec'. J'ai dit que je ne voulais pas, mais il a répondu que ce serait bien quand même. Mon père a cru que c'était obligé, et maintenant il regrette, car on a dû raccourcir nos vacances. Sinon, ici c'est utile, c'est comme l'école mais ça passe plus vite. »

« Certains ont besoin d'un soutien plus individualisé »

Claire Gamba est une coordinatrice et une enseignante motivée par sa tâche. Elle tient à souligner l'aspect « social » des activités de l'association. « Dans des grandes classes, certains ont besoin d'un soutien plus individualisé, et les parents n'ont pas les moyens de le payer. Ici, c'est une façon d'offrir cette chance, de remotiver les élèves. Notre public est très mélangé socialement. Il y a des élèves du quartier et d'autres de bonnes écoles, car ce n'est pas toujours l'échec qui motive, certains se préparent à l'année scolaire. »
Le travail effectué lors de ces cours d'été poursuit un but assez simple : « Donner un coup de pouce à l'élève, lui redonner goût à l'apprentissage », explique Claire Gamba. Les professeurs prennent le temps de discuter avec les élèves pour comprendre les origines de l'échec, afin de cibler la difficulté.
Mais comment les élèves se retrouvent-ils embarqués dans ces cours, eux qui ont certainement d'autres plans pour l'été? Il y a plusieurs canaux qui charrient des élèves vers Échec à l'échec. De nombreuses écoles proposent aux élèves de suivre ces cours et certains établissements ont même le pouvoir de l'exiger. « Il y a des écoles dans le réseau libre avec qui nous travaillons en partenariat. Ces écoles nous font confiance », affirme Claire Gamba.
Un autre canal d'arrivée d'élèves : les parents, évidemment. « De nombreux parents ne maîtrisent pas le travail de leur enfant, pointe notre coordinatrice, ces derniers n'ont pas de méthode. Donc maintenant, nous proposons aussi des cours de méthode de travail, afin de mettre en place tous les bons mécanismes. » Enfin, certains élèves décident par eux-mêmes de venir prendre quelques cours pour se préparer ou se remettre à niveau.
Évidemment, on s'interroge sur les raisons qui poussent toujours plus de parents à faire suivre à leurs enfants des cours en dehors des périodes scolaires. Là encore, Claire Gamba, armée de son expertise de plusieurs années d'enseignement, a sa petite idée sur la question. « C'est dans l'air du temps, la quête de l'excellence. L'envie d'apprendre, la motivation, ça n'existe plus. Les décrets sur l'enseignement encouragent les compétences au détriment du savoir alors que les deux doivent être complémentaires. Deuxième point, on évolue dans une société du multimédia. On veut tout, tout de suite, ça contribue à faire oublier le sens de l'effort. Enfin, on demande à l'école d'assumer de plus en plus de missions. Les parents rentrent du travail et n'ont plus le temps ni la force de suivre leurs enfants, donc le professeur se substitue et doit assumer de multiples missions : psy, assistant social, etc. »
Même si Échec à l'échec a une finalité sociale, les cours d'été ou pendant les vacances de pâques ne sont pas l'idéal. Claire Gamba en a conscience. Néanmoins, elle ajoute, résolue : « Les cours qu'on donne ici sont quand même plus accessibles qu'un cours particulier qui se justifie de manière ponctuelle, mais pas plus. Et encore, de préférence via une asbl ou une école de devoirs. »

Un marché noir florissant

Il y a Échec à l'échec, mais il existe bien d'autres possibilités de remédiation, souvent chères. C'est le cas, par exemple, d'Educadomo, qui propose des cours particuliers - ou par très petits groupes (trois élèves) - toute l'année, au prix de 27 euros l'heure. Nous avons contacté Meir Malinsky, directeur d'Educadomo. Lorsque l'argument du coût prohibitif est soulevé, sa réponse est bien rodée : « Le prix, c'est un faux problème. Car, hormis la remédiation scolaire, il y a, à côté de l'école, un marché noir florissant avec des cours particuliers entre 20 et 50 euros l'heure. C'est un marché qui n'est pas régulé du tout. Le prix que nous proposons est dans la moyenne basse et nous rendons un service individualisé, au cas par cas. De plus, dans le cadre de cours de groupe, avec trois ou quatre élèves, il nous arrive de diviser le prix. C'est à l'école de faire de la remédiation, mais elle a les moyens qu'elle a. Nous ne sommes pas concurrents de l'école : au contraire, nous lui sommes complémentaires. Et puis la demande de soutien scolaire est très grande. La structure familiale a changé, les parents travaillent beaucoup tout en ayant une exigence scolaire très haute. Alors on intervient dans ce cadre. »
Les enseignants d'Educadomo sont des étudiants, en fin de cursus, peu formés. Pourtant, cette recette basée sur le suivi individuel de l'élève rencontre un succès certain auprès des parents. L'année dernière, les 2 500 « coachs » d'Educadomo - ils ne sont pas appelés professeurs - sont intervenus dans plus de 3 500 familles en Belgique.

« C'est au sein de l'école qu'il faut trouver des solutions »

Le discours défendu par Educadomo ne passe pas sans faire grincer des dents, par exemple chez Changements pour l'égalité. Anne Chevalier, Secrétaire générale, dénonce ces cours de soutien, à Pâques ou en été, comme un symptôme supplémentaire de la dualisation permanente de la société.
« Qui a l'opportunité de suivre ces cours ? Certes, on peut toujours suivre des cours chez Échec à l'échec, c'est mieux. Mais, tous les élèves modestes ne peuvent bénéficient de ce soutien. C'est qu'il faut d'abord connaître l'existence de cette association, puis oser pousser la porte. »
Régler le problème de la dualité scolaire en Belgique est un travail de (très) longue haleine. En attendant qu'il soit mené, Anne Chevalier propose quelques solutions simples à mettre en œuvre. « Il y a un problème en amont, à commencer par les examens de passage en secondaire. N'y-a-t-il pas moyen de poser la question de la réussite ou de l'échec en juin, et pas en août, sinon on laisse les familles en plan, et même les plus modestes auront recours à des cours d'été ? Ou alors, si l'examen de passage a quand même lieu à la fin de l'été, l'école doit se mettre à disposition des élèves, car, dans tous les cas, c'est au sein de l'école qu'il faut trouver des solutions. »
Des cours privés et onéreux aux cours plus collectifs et abordables d'Échec à l'échec, un éventail de solutions existe pour venir en aide aux enfants en difficulté. Chacune de ces initiatives souligne à sa manière les échecs de l'école. En attendant qu'une réflexion plus globale sur l'accompagnement des élèves en difficulté soit menée, on continuera à vouloir le meilleur pour sons enfant, et le succès de ces cours de soutien n'est pas près d'être démenti.

Cédric Vallet

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