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Rentrée en première année :
« Tu es un grand, maintenant ! »

Sam est rentré en 1re année primaire. La période des grosses colères est passée. Il semble avoir bien intégré que tout n'est pas permis, qu'il y a des règles à respecter, qu'il ne se mariera pas avec sa maman… Et pourtant. Si sa maman (ou son papa) lui demande d’éteindre la télé, de sortir du bain ou d’aller se coucher, il a bien du mal à obéir. Il sait bien qu'il y a des règles à respecter, mais il aimerait tellement les établir lui-même.

 Rentrée en première année : « Tu es un grand, maintenant ! » - Thinkstock

On parle de l’enfant qui se développe, qui se construit, qui grandit. Mais, au fond, cela veut dire quoi, grandir ? C’est une affaire de renoncements successifs, de choses à laisser derrière soi pour pouvoir avancer, de plaisirs à quitter pour en découvrir de nouveaux, plus adaptés à son âge. Une expérience qu’on fait toute sa vie…
À son âge, Sam a compris que l'autre existe, qu'il faut des lois pour pouvoir vivre ensemble. Il pose des questions sur le code de la route, prend la main de son petit frère à la sortie de l'école, lui fait des remarques s'il n'est pas sage. Il observe aussi les grandes personnes et remarque que son papa ne respecte pas toujours les panneaux de limitation de vitesse ou que certaines personnes téléphonent en conduisant alors qu’il sait que c’est interdit.

L’autre existe

À l’âge de Sam, les enfants ont de plus en plus de plaisir à prendre part à des jeux de société... même s'ils détestent perdre ! Ils inventent et proposent alors de nouvelles règles qui font tourner la partie à leur avantage ! Car c'est bien là le problème : quand on est petit, on pense qu'on est le roi du monde, que tout est possible, qu'on peut avoir tout ce qu'on veut, et les « non » des parents sont insupportables.
Dans cette confrontation avec ses parents, dans ses contacts avec son entourage, Sam a petit à petit compris qu'il n'est pas le roi du monde, que d'autres existent avec d'autres envies, d'autres projets que les siens et qu'il va falloir concilier le tout ! Seulement voilà, il aimerait rester aux commandes des négociations et décider lui-même de ce qui est bien, de ce qui est bon pour lui. Sam est dans un entre-deux, il est en plein passage d’une étape à l’autre et c’est ça qui est compliqué. Et puis, il y a tellement de choses qui le passionnent, tellement d'objets qu'il voudrait posséder, et ces pubs à la télé qui font croire qu'au fond, tout est possible, qu'on peut être le plus beau, le plus fort, le plus riche !

Pour grandir, il faut quitter !

Mais voilà, on ne peut pas tout avoir, et reconnaître que les autres existent, qu'il faut en tenir compte, c'est déjà un pas en avant. Mais, maintenant, Sam doit aussi accepter que ce n'est pas lui qui décide du bien, du bon et du mal ! Encore une illusion à abandonner…
Arrivé en 1re année primaire, va-t-il encore une fois « tout perdre » ? Devra-t-il travailler tout le temps ? Aura-t-il encore des occasions de jouer ? Bien sûr, il se réjouit d'apprendre à lire, il reconnaît déjà plein de lettres et même des mots. Il sait aussi compter et faire de petits calculs. Quitter le monde doux et rassurant de l'école maternelle pour se lancer dans la cour des grands, c'est fascinant. Cela l’attire très fort et, en même temps, cela lui fait très peur !
Quand il aura six ans de plus, il passera une nouvelle étape : il quittera sa petite école où il sera devenu le plus grand et entrera à la grande école où il deviendra le plus petit. Encore un monde sécurisant qu'il faudra laisser derrière soi pour s’engager dans la grande aventure. Impossible de faire autrement ! Si vous voulez visiter les Baux-de-Provence et que vous faites une halte à Beaune, une bien jolie ville, il vous faudra bien quitter celle-ci à un moment…

Des renoncements successifs

Toute notre vie, nous aurons à faire ce travail de deuil comme on dit. Il faudra quitter pour aller plus loin, pour découvrir de nouvelles choses, rencontrer d'autres personnes, apprendre, grandir. Nos enfants réalisent tous les jours que, pour grandir, ils vont devoir laisser des choses derrière eux : le sein maternel, la tétine, le doudou, la main de papa ou de maman pour aller à l’école et, même un jour, la maison familiale ! Et cela va continuer ainsi toute la vie durant. À nous, parents, de les y aider. Mais ce n’est pas facile de voir ses petits grandir et, progressivement, quitter le giron familial !
Pourtant, tout ce qu'on quitte n'est pas perdu, tous ces souvenirs vont enrichir l'album de la vie, celui qu’il est si doux de parcourir dans nos rêveries nostalgiques, celui qu’il est si agréable de raconter à nos enfants et petits-enfants. Ces pages tournées constituent notre expérience de vie, celle qui nous aide, au fil du temps, à faire des choix plus judicieux.
Sam aimerait tant imposer ses propres « règles de vie », mais ce sont ses parents qui savent le mieux ce qui est bon pour lui et, au fond, Sam le sait aussi : il a pleinement confiance en eux. Et puis, il va découvrir avec ses copains le plaisir d'inventer des « règles de jeu »… et, là, ses parents n'y comprendront probablement rien !

Mireille Pauluis

En savoir +

À lire sur ce vaste sujet : Grandir. Les étapes de la construction de l’enfant. Le rôle des parents de Claude Halmos (Éd. Fayard, 2009). Cette psychanalyste française, digne héritière de Françoise Dolto, montre comment, de la naissance à l’adolescence, grandir, c’est, pour l’enfant, se séparer petit à petit de son parent et, pour le parent, être dépossédé progressivement de son enfant.

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