Vie de parent

Rentrons-nous dans une société
du « Co » ?

Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation (ULB) ne possède pas de boule de cristal. Mais elle observe de près notre société de consommation et en étudie les évolutions. Que pense-t-elle des systèmes de co : co-voiturage, co-location, co-achat… bref, tout ce qui transformerait l’hyperconsommation en co-consommation. Faut-il préparer nos enfants à cette nouvelle manière de vivre ?

Rentrons-nous dans une société du « Co » ?

Comment analysez-vous le développement de ces projets dits de consommation collaborative ?
Alexandra Balikdjian :
« Avec la crise, le quotidien des parents est beaucoup moins stable qu’avant : on fait tous davantage attention à faire des économies. Même si on n’est pas dans une situation précaire, on vit tous dans un climat, une société, où il est bon de faire des bonnes affaires et de veiller à sa consommation. En participant à un achat groupé ou à une bourse aux vêtements, on se sent plus en adéquation avec le climat actuel. Autre évolution de la société : beaucoup de parents vivent de manière plus isolée qu’avant, avec peu de liens, même avec leurs propres parents. Il suffit de voir le succès des forums d’échanges entre papas et mamans : ils vont y chercher un savoir ou un savoir-faire qui ne se transmet plus par ailleurs. Ces initiatives de consommation collaborative sont aussi là, je pense, pour palier cette évolution : on essaye de reconstruire un lien là où on n’en a plus. C’est d’ailleurs clairement la motivation de cette maman à l’origine de Happy Sharing Family (ndlr : le dépannage express après 16h !). Enfin, plus que jamais, on ne consomme plus uniquement pour satisfaire nos besoins, mais aussi pour notre propre identité et pour montrer et communiquer une image de soi à notre entourage : nos comportements en matière de consommation sont porteurs de signification. »

Bébé consomme !

Peut-on, à partir de ces nouvelles habitudes, apprendre à nos enfants à partager et consommer autrement ?
A. B. : « Bien entendu, puisque les parents sont des modèles inconditionnels de consommation pour leurs enfants : nos achats, nos éventuels comportements en matière de consommation collaborative les touchent directement, et ce, depuis leur naissance. Longtemps, les spécialistes du marketing nous on dit que les enfants ne consommaient qu’à partir de 7 ans, soit une fois qu’ils avaient leurs premiers sous entre les mains. C’est faux : bébé consomme ! Au supermarché, dans son porte-bébé, il voit défiler des produits colorés qui sont très attirants. Il voit le processus d’achat, même s’il n’en saisit pas toute la signification. Comme parent, il est important de montrer et d’expliquer à ses enfants quels sont les modèles auxquels on aspire. Avec notre ado, c’est plus compliqué : difficile de le convaincre de trouver un sweat dans une bourse aux vêtements alors qu’il rêve d’un sweat à capuche à la mode comme les copains. On peut aussi lui expliquer qu’avec l’argent gagné à la bourse aux vêtements, vous allez pouvoir lui acheter un vêtement de marque. Donner une nouvelle vie à ses vêtements en les revendant ou en les donnant n’empêche pas d’acheter aussi, de temps à autre, des vêtements de marque. »

Beaucoup de ces projets passent par l’école, donc par nos enfants. N’est-ce pas eux qui vont pérenniser ce mouvement ?
A. B.
 : «Les enfants sont des super-liens : ils n’ont pas les a priori que nous, les adultes, pouvons avoir au début d’une relation. Ils vont naturellement communiquer, avoir des échanges et même, au-delà d’un certain âge, s’échanger et partager facilement leurs affaires. Pour ce qui est de l’école, on sait que ce lieu est un excellent prescripteur pour apprendre aux enfants les bonnes et les mauvaises manières. C’est le cas de la sécurité routière ou encore du tri des déchets. D’ailleurs, si vous faites un excès de vitesse ou si vous vous garez mal votre voiture devant l’école, vous avez directement une scène d’hystérie à l’arrière de l’auto. Les parents inculquent des valeurs à leurs enfants, mais l’inverse est vrai aussi, surtout dans ce cas-ci. En matière de consommation collaborative, l’école pourrait donc aussi être un très bon moyen pour adapter et faire évoluer les comportements. »

Anouck Thibaut

Autant savoir

Bénévolat : renseignez-vous

Dans ce dossier, on vous encourage à faire du troc et à échanger services et savoir-faire. De là à envisager une forme de rétribution, il n’y a qu’un pas... qu’il ne faut pas nécessairement franchir : tout n’est pas permis en la matière. Les règlementations varient selon que l’on soit étudiant, chômeur, salarié ou pensionné.

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Société de partage : êtes-vous « Co » ?

Y avez-vous pensé ? Les parents autour de vous se posent peut-être les mêmes questions, attendent les mêmes coups de pouce, cherchent des solutions similaires. Ils ont peut-être aussi des tas de bons plans à échanger avec vous, question de s’épauler les uns les autres. Car la grande difficulté qui rassemble actuellement pères et mères, c’est le manque de temps… Et quand s’ajoute à ça le manque d’argent, le quotidien, comme dirait nos préados : « Ça craint ! ». Est-ce pour alléger tout ça qu’une nouvelle économie, dite de partage et appelée aussi co-consommation, se met de plus en plus en place ?

 

Ma semaine « Co »

C’est quand on est aux prises avec le quotidien que l’on se rend compte le soutien qui nous manque. Et c’est alors qu’on se met à gamberger et à se dire : « Ah, si je pouvais  organiser avec ma voisine, ou encore les copains, quelque chose qui nous dépannerait ! ». Tout ça pourrait rester qu’un vœu et pourtant, sur le terrain, il y a de plus en plus de projets-coups de pouce qui se créent. Jugez-en plutôt…

 

Le week-end « Co »

Le week-end, le samedi surtout, est traditionnellement consacré à tout ce qu’on n’a pas pu faire la semaine. Réparer le vélo cabossé, chouchouter ses radis, trier ses vêtements ou jouets, le tout en mettant les mômes dans le coup. Une manière de les préparer à consommer malin !