Réussir sa première année
en supérieur : un sacré défi !

Universités et hautes écoles. Les rentrées académiques sont l’occasion de remettre sur la table des questions qui préoccupent les parents des nouveaux étudiants. Parmi celles-ci, l’hécatombe qui accompagne souvent le passage en 1re année d’études supérieures.

Réussir sa première année en supérieur : un sacré défi !

Plus de 150 000 étudiants ont repris le chemin des auditoires, dont la moitié environ dans les universités. Ce passage du secondaire vers le supérieur représente un sacré défi. Surtout lorsque l’on sait qu’environ 60 % des étudiants dits de « 1re génération », c’est-à-dire inscrits pour la première fois, vont échouer au cours de cette première année.
Or, 150 000 inscrits, c’est à la fois beaucoup et pas assez. Pas assez face aux statistiques qui montrent que le diplôme reste le meilleur rempart face au chômage et que les plus diplômés se tournent généralement moins vers les indemnisations du chômage ou de l’aide sociale. Ils sont aussi parmi ceux qui paient le plus d’impôts une fois dans la vie active !

Tous testés ?

Certains crient haro sur le secondaire qui ne préparerait pas suffisamment les élèves à un parcours dans l’enseignement universitaire. C’est oublier un peu vite que l’école secondaire a d’abord pour vocation de donner une formation générale aux élèves et n’a ni les moyens, ni l’objectif premier de les familiariser aux codes et pratiques universitaires.
De son côté, l’enseignement universitaire a aussi pour mission d’accompagner et d’encadrer les plus faibles. Et non pas de se limiter à former les brillants éléments sortis des « meilleures » écoles ou appartenant aux familles familiarisées au monde universitaire, notamment parce que les parents en sont issus.
Mireille Houart, assistante au Service de Pédagogie Universitaire de Namur créé il y a trente ans, constate qu’« on parle de véritable gouffre entre les deux mondes, d’un passage effrayant pour certains étudiants. Il faudrait mieux les articuler, sans mettre de barrières, car ces deux mondes se connaissent peu, vivent indépendamment l’un de l’autre. »
Une des solutions serait-elle le test d’entrée tel qu’il se pratique désormais en médecine ou en polytechnique ? Un rapport remis par la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’Europe dans le cadre du Programme de réforme nationale 2013 propose de le généraliser dès l’entrée en supérieur.
L’idée est défendue par certains recteurs, comme celui de Liège, qui ne voit pas pourquoi on limiterait le nombre d’inscriptions en médecine et pas dans d’autres disciplines où il y a aussi surabondance comme psychologie ou journalisme. D’où sa proposition de généraliser des tests facultatifs et non contraignants, à ne pas confondre avec un examen d’entrée. Ils permettraient à chaque nouvel étudiant d’évaluer son niveau et sa capacité à s’engager dans le cursus choisi.

Passeports pour le bac

Marc Romainville, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Namur, responsable du Service de Pédagogie Universitaire, qui a étudié l’échec dans l’université de masse et les mutations des pratiques étudiantes et enseignantes, rappelle que la masse des entrants a augmenté considérablement entre 1970 et 2000, avec l’arrivée d’élèves de l’enseignement secondaire aux bagages différents.
« Entre 56 et 57 % d’une classe d’âge est accueillie aujourd’hui, alors que dans les années 1960, seul un jeune sur dix l’était, c’est-à-dire des élèves ultra-sélectionnés à l’époque. Malgré cette arrivée massive, le taux d’échec est resté stable. Ce qui en soi est plutôt positif. Ceci dit, quand vous donnez un cours et que vous faites votre possible pour que ce soit clair, compréhensif et structuré et qu’à l’examen, six copies sur dix sont en échec, cela ne fait plaisir à personne. »
Il ajoute que la Belgique est un des seuls pays au monde où l’accès aux études supérieures est libre, quelles que soient les options prises en secondaire. « Or, les diplômes du secondaire n’ont pas la même valeur. On vit dès lors dans un système d’opacité, injuste pour les parents qui ignorent les règles de l’enseignement supérieur. Je ne suis pas pour interdire le libre accès, mais pour une information correcte du jeune et de ses parents sur ses possibilités et lacunes. »
D’où la création du site Passeportspourlebac, qui reprend les prérequis demandés par chaque programme, accompagnés de tests, avec des résultats envoyés au prof et à chaque élève. Des séances de renforcement des préréquis sont ensuite prévues. « Un des facteurs de réussite, c’est cette information et cette évaluation formative. »

Universités sous-financées

Pour la FEF (Fédération des étudiants francophones), principale organisation étudiante, et sa nouvelle présidente, Corinne Martin, le problème est ailleurs : « La solution n’est pas dans ces tests, car ils ne sont pas suffisamment suivis de mesures d’accompagnement généralisé, de cours mieux encadrés, de blocus dirigés, de remédiation suffisamment financée... L’Union européenne préconise d’investir 7 % du produit intérieur brut dans l’enseignement, dont 2 % dans le supérieur. En Fédération Wallonie-Bruxelles, nous sommes à 1,3 % ! Il est là, le problème. Notre position, c’est la nécessité de maintenir un enseignement supérieur accessible à tous. La formation joue un rôle d’ascenseur social. Des études ont démontré qu’un euro investi dans l’enseignement en rapporte quatre à l’État. Tout le monde doit pouvoir participer à cet enrichissement collectif. C’est une question de priorité politique et nous comptons le rappeler lors des prochaines élections. »
D’un côté, on assiste à une démocratisation et à une massification de l’enseignement supérieur. De l’autre, la crise est passée par là. Une succession de réformes, dictées par les contraintes budgétaires, ont diminué de moitié les moyens de l’université en un quart de siècle. L’étudiant peut légitimement se demander si hautes écoles et unifs ont encore les moyens de le former dignement. Plutôt que de limiter l’accès aux auditoires, n’y a-t-il pas lieu de revoir les moyens alloués ? Selon les termes mêmes du ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), « on finance moins l’étudiant aujourd’hui que dans le passé. »

Michel Torrekens

Réussir sa 1re année : mode d’emploi

À Namur, Mireille Houart encadre les étudiants désemparés, soit en individuel, soit en collectif. Premier constat : ils présentent de grandes lacunes dans leurs méthodes d’étude et de travail. Pourtant, celles-ci interviennent pour 20 % dans la réussite des études supérieures. D’où la nécessité de les mettre en œuvre assez rapidement. Elle a synthétisé son expérience dans un livre pour la rendre disponible à un plus grand nombre d’étudiant, mais aussi aux parents « qui, parfois, stressent davantage que leurs jeunes ! »
Structuré en douze chapitres, l’ouvrage de Mireille Houart insiste sur trois points :

  1. L’importance de se renseigner sur les exigences spécifiques de chaque professeur afin d’orienter son étude en fonction des « dadas » de chacun, ses exigences, sa manière d’interroger, etc.
  2. La nécessité de se mettre au travail dès le départ et de maintenir l’effort jusqu’au bout. Elle propose des techniques de mise au travail, pour se motiver, pour maintenir la concentration...
  3. L’intérêt de faire des pauses pour évaluer sa manière de travailler, via cinq questionnaires liés à des moments-clés de l’année.

Originalité de son livre : toutes ces stratégies et outils sont ancrés sur des extraits de cours réels et des questionnaires d’examens. Prise de notes, gestion du temps, blocus, examens, QCM, pièges à éviter, etc., sont abordés. Le livre s’adresse plus spécifiquement aux étudiants inscrits en médecine, sciences, ingénierie, mais il apportera de précieux conseils aux autres également. « Ainsi, j’espère réussir leur 1re année », affirme-t-elle en un joli lapsus.

Les conseils de Marc Romainville aux parents

  1. Bien réfléchir à l’orientation du jeune. On vit dans un monde idéal de libre accès, mais tout n’est pas accessible à tous au même coût.
  2. Encourager le jeune à profiter de tous les dispositifs pédagogiques qui existent et qui coûtent à la collectivité : passeports pour le bac, cours préparatoires en août, tutorat de transition, accompagnement individuel, etc.
  3. Faire prendre conscience que, dans notre dispositif scolaire, la 1re année de bac est l’année-clé. Face au filtre qu’elle représente, il est important de tout mettre en œuvre pour la réussir, par exemple en diminuant ses loisirs, malgré les baptêmes et la découverte d’un nouveau monde.
  4. Rappeler que travailler régulièrement est la clé de la réussite.
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