3/5 ans

Rose pour les filles,
bleu pour les garçons ?

« Les poupées, c’est pour les filles », « Faire la lessive, c’est le boulot des mamans » ! Les clichés sexistes ont encore la vie dure, et c’est toute la société qui y participe. En ce lendemain de la Journée des droits des femmes, pourquoi ne pas réfléchir à ses propres réflexes sexistes malgré soi ?

Rose pour les filles, bleu pour les garçons ?

Les stéréotypes sexués qui persistent dans notre société, et ce, à tous les âges. Tout le monde y participe, sans même s’en rendre compte et contribue ainsi à les renforcer. Avec comme effet néfaste de donner l’impression aux enfants qu’il n’existe qu’une réalité unique, qu’ils doivent construire leur goût dans un champ des possibles relativement restreint, que leurs goûts ne sont acceptables que s’ils entrent dans les cases et qu’ils doivent se couler dans le moule fille ou garçon. En ce lendemain de la Journée des droits des femmes, on peut peut-être s'arrêter un instant sur des pistes pour éviter de parvenir à des générations formatées et uniformes.

Les adultes donnent l’exemple

À la maison, c’est papa qui tond la pelouse et qui sort les poubelles, c’est maman qui fait la lessive et qui fait le repassage ? Même si vous vous considérez comme un couple moderne et que vous divisez les tâches domestiques de manière égalitaire, vous reproduisez peut-être, et inconsciemment, certains schémas connotés sexuellement. « Certains parents fortement diplômés font attention aux choix des jouets pour les enfants, en n’achetant pas ceux qu’ils estiment être sexistes, par exemple des jouets ménagers pour leur fille, explique la sociologue française Mona Zegaï.
Mais finalement, dans l’organisation du couple, c’est tout de même la mère qui s’occupe la plupart du temps de la préparation du repas quotidien, des soins aux enfants et dans une moindre mesure des courses. Il ne s’agit pas de juger si c’est bien ou mauvais, mais juste de relever que, sans s’en rendre compte, les parents envoient indirectement un message qui n’est pas neutre, à savoir que c’est la femme qui s’occupe du foyer. 

Les enfants intègrent les schémas

Les études montrent d’ailleurs que 80 % des tâches domestiques sont effectuées par les femmes (soins aux enfants et surtout linge et repassage), une partie est un peu plus mixte (vaisselle et courses) et une dernière partie est réservée aux hommes (bricolage, entretien de la voiture). Les enfants observent et intègrent ces schémas comme étant naturels, sans se poser de questions. »
Même si on réfléchit aux valeurs qu’on veut transmettre à nos enfants, nous ne sommes jamais neutres. Heureusement d’ailleurs, puisque c’est l’histoire respective des parents qui fait la richesse de ce qui sera transmis à leur descendance. Le tout est de le faire consciemment.  

Musclor et princesse

« Ah non, pas de Barbie chez nous ! Anorexique à forte poitrine, maquillée comme un camion, à la chevelure archi-longue et au brushing parfait, non merci. On ne va pas donner ce modèle féminin à nos enfants, tout de même ! ». Libre à chacun de choisir les types de jouets qui entrent sous son toit, selon ses sensibilités et intérêts, mais il faut savoir que les parents sexualisent leur éducation, sans même s’en rendre compte.
Quelle maman n’a jamais teint ses cheveux ou fait des mèches, n’a jamais fait régime ou mis du vernis ? Quel papa n’a jamais contracté les muscles de ses bras en faisant des bruits de Musclor, n’a jamais porté quelque chose de lourd devant ses enfants pour montrer « comme il est fort » ou fait le pitre en grimpant dans l’arbre en faisant le singe ? Rien de négatif à tout cela évidemment, puisque les différences entre les sexes existent et représentent une richesse tant qu’elles ne sont pas dénigrées, mais des parents avertis sauront mieux à quoi s’en tenir.

La sexualisation commence dans le ventre

Pour Mona Zegaï, la sexualisation commence très tôt : « Dans le ventre de la maman déjà, au moment des premiers mouvements, on imaginera le futur bébé jouer au football si c’est un garçon ou faire de la danse classique si c’est une fille. On dira de la petite fille qu’elle est mignonne et douce, alors qu’on dira du petit garçon qu’il est costaud et taquin ». Autant de réflexes inconscients et d’attentes qui sont captés par tous, l’enfant en premier, et auxquels tout le monde participe.
Que dire alors du marketing omniprésent dans la rue, dans les supermarchés, à la télévision, et même à l’école ! « Je suis atterrée de constater qu’il y a aujourd’hui des rayons de jouets bleus pour les garçons et roses pour les filles dans les supermarchés », témoigne Anouck. Sans parler des catalogues qui pullulent dans les boîtes aux lettres autour des fêtes avec des slogans du type « Un fer à repasser, pour faire comme maman », ou des garçons qui poussent une mini-tondeuse avec un papa en arrière-plan qui regarde fièrement sa progéniture.

Mettre en place des stratégies

Par où commencer la lutte ? Première chose à faire, avoir l’honnêteté de se remettre en question en tant que parent et prendre conscience des schémas que l’on transmet à nos gamins et gamines. Mieux vaut tout de même savoir où l’on va pour ne pas complètement tomber des nues lorsque votre ado vous remballera avec insolence, en criant du haut de l’escalier : « C’est le boulot de maman de ranger, non ? ».
Ensuite, il faut accepter qu’il soit tout simplement impossible d’éviter les influences de l’entourage, à moins de partir vivre chez les Inuits. En revanche, ce qu’il est possible de faire, c’est de rester vigilant et de trouver des parades pour contourner les influences qui vous paraissent les plus inacceptables.

Julie Robin

En pratique

Agir au quotidien

Finalement, le meilleur moyen de faire passer le bon message auprès de nos enfants est sans doute de les sensibiliser à ce qu’ils subissent comme influences au quotidien. Pourquoi ne pas regarder la télévision avec eux en analysant et en déconstruisant les publicités qui tentent de les influencer à leur insu ? Pourquoi ne pas leur demander de jouer une pièce de théâtre dans laquelle les filles seraient déguisées en chevaliers et les garçons en vendeuses de supermarché ? Ou de jouer à la marchande de monstres, de faire un match de foot acrobatique, de jouer aux pompiers de l’opéra…

Des parents en parlent...

Catherine et les cadeaux ultraclichés des beaux-parents

« Quand on est entre nous, j’explique à Juliette et Nathan qu’ils peuvent partager et échanger leurs jeux, que Nathan peut jouer avec l’aspirateur de Juliette et que Juliette peut emprunter la foreuse de Nathan. Je me dis qu’en leur expliquant ma version des choses, je rectifie un peu le tir. »

Les suggestions de Caroline

« Je préfère suggérer des cadeaux à mon entourage et ainsi éviter les faux pas. Si ce n’est pas possible, je n’achète que des jeux neutres, pour contrebalancer les cadeaux pour lesquels je n’ai aucun pouvoir de décision. »

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