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Sa chambre, un domaine réservé

On aurait pu entamer cette approche de l’adolescence par l’usage que font vos jeunes du canapé. On aurait pu… À partir de cette observation, on aurait mieux compris cet état d’âge qui suscite souvent côté adultes une inquiétude alors qu’elle n’a pas toujours lieu d’être. Bien sûr, la manière dont votre ado s’affale sur le divan pour se déplier ensuite n’a rien à voir avec les "bonnes manières" que vous avez tenté de lui inculquer au fil des ans. D’ailleurs, certains jours, vous vous demandez si ce monté en graine n’est pas invertébré… Mais arrêtons de gloser sur les lombaires de votre ado et à sa manière de s’effondrer sur tout ce qui ressemble à un siège (notez que le Centre européen de la colonne vertébrale basé à Lyon confirme que la position assise idéale durable n’existe pas, car elle n’est pas naturelle pour l’homo sapiens, à l’inverse de la posture debout ou allongée) et revenons à l’objet de notre dossier : sa chambre (ou du moins l’espace personnel qui lui est imparti) où il peut d’ailleurs se vautrer à l’aise loin de votre regard certains jours agacé. Cet espace polyvalent nous a paru rassembler beaucoup de vos questions, auxquelles, avec votre aide, celle de vos jeunes et de nos experts, nous tentons aujourd’hui de répondre. Petite intrusion dans ce qui est pour votre ado, son antre. Merci de frapper à la porte avant d’entrer !

Sa chambre, un domaine réservé

Sa chambre, un domaine réservé

On aurait pu entamer cette approche de l’adolescence par l’usage que font vos jeunes du canapé. On aurait pu… À partir de cette observation, on aurait mieux compris cet état d’âge qui suscite souvent côté adultes une inquiétude alors qu’elle n’a pas toujours lieu d’être. Bien sûr, la manière dont votre ado s’affale sur le divan pour se déplier ensuite n’a rien à voir avec les "bonnes manières" que vous avez tenté de lui inculquer au fil des ans. D’ailleurs, certains jours, vous vous demandez si ce monté en graine n’est pas invertébré… Mais arrêtons de gloser sur les lombaires de votre ado et à sa manière de s’effondrer sur tout ce qui ressemble à un siège (notez que le Centre européen de la colonne vertébrale basé à Lyon confirme que la position assise idéale durable n’existe pas, car elle n’est pas naturelle pour l’homo sapiens, à l’inverse de la posture debout ou allongée) et revenons à l’objet de notre dossier : sa chambre (ou du moins l’espace personnel qui lui est imparti) où il peut d’ailleurs se vautrer à l’aise loin de votre regard certains jours agacé. Cet espace polyvalent nous a paru rassembler beaucoup de vos questions, auxquelles, avec votre aide, celle de vos jeunes et de nos experts, nous tentons aujourd’hui de répondre. Petite intrusion dans ce qui est pour votre ado, son antre. Merci de frapper à la porte avant d’entrer !

La chambre-frontière

C’est ainsi, il faut bien s’y faire ! Lui comme elle ne veut plus être le « fils de… » ou « la fille de… » Alors que petit, il se collait à vous, jouait à vos pieds pendant que vous étiez penchée au-dessus de la cuisinière (situation à déconseiller, précisons-le, pour cause de danger), aujourd’hui, il prend ses distances, choisit de vivre avec ses pairs, ne veut plus rien avoir à faire avec votre génération. Vous, vous vous échinez à garder le contact jusqu’à l’obsession parfois, comme si la question souvent inadéquate (« T’as pas faim ? »), le mot lâché maladroitement (« La mère de Jérémie… ») pouvaient vous rapprocher encore, une dernière fois peut-être… Vous aimeriez tant partager un peu de ce qu’il vit, pas par curiosité, non, juste pour être apaisé(e) - (« Ouf ! mon ado n’est pas trop malheureux, malgré ses airs renfrognés ») - pour retrouver cette intimité connue encore il y a quelques mois, quelques années. Maintenant, ce n’est plus vous qui êtes le personnage central de sa vie : les copains ont pris toute la place et occupent presque tout son quotidien. (Et n’essayez pas de le ou la rattraper en lui demandant d’être ami sur Facebook !). Combien sont-ils entassés dans cette chambre et que font-ils ? Ils traînent ou ne font rien. Qu’importe. L’important, c’est d’être ensemble. Et de vivre au plus près de ce que vivent les autres. Plus de 80 % des activités suivies par votre ado sont directement prescrites par les amis. C’est sa manière de construire son altérité jusqu’à vous donner parfois l’impression d’être, à certains moments, effacé de sa vie. Non, votre ado n’est pas votre ami. Mais quand il claque la porte de sa chambre pour s’y enfermer, n’en profitez pas pour déserter la maison, restez dans les environs. Il a besoin de vous pour grandir.

La chambre terrain d’aventure

Efflanqué, votre ado, depuis quelque temps… Le voilà tout mou, la voix rauque, le teint hâve comme s’il avait fait la bringue toute la nuit. Il est pourtant bien resté dans sa chambre toute la soirée (ce qui vous rassure… Mieux vaut le savoir cloîtré dans sa chambre que traîner dans la rue, non ?). Mais qu’y fait-il ? Ah, si cette chambre pouvait être un aquarium ? Mais sa porte est soigneusement fermée et vous, parents, vous êtes trop bien élevés pour ne pas regarder par le trou de la serrure. (Rassurez-vous, plus de 80 % des ados se portent bien !). Il ne faut d’ailleurs guère d’imagination pour savoir que votre grand (ou grande) glandouille devant son (ou ses écrans) et s’endort à point d’heure. Des mères ou des pères, taraudés par l’inquiétude sans doute, n’hésitent pas à se créer des profils sur Facebook et à demander à leurs ados (de 13-14 ans surtout) de les accepter comme ami pour avoir ainsi un œil sur ce qu’ils font. Pire ! Des parents se créent même de faux profils pour mieux espionner leur progéniture. La recette n’est pas à recommander : le dialogue, imposer des règles et tabler sur ce que vous avez tenté de transmettre au cours de son enfance comme valeurs éthiques est plus efficace à long terme que le recours à des gadgets électroniques qui, précise le pédopsychiatre Daniel Marcelli dans le Monde du 9 janvier, « sapent la confiance ». Et puis, cette attention accrue n’aidera pas votre fils ou votre fille à s’endormir à une heure raisonnable. Ses hormones s’emballent en début de soirée et, les écrans aidant, le sommeil, à la puberté, en prend un sérieux coup. Que faire ? Couper le Wi-Fi ? Placer un logiciel espion dans le GSM ? Les solutions ne pleuvent pas… Même s’il éteint ses écrans, la valse des hormones et la léthargie qui le caractérise parfois peut durer cinq ans. Qu’on se le dise !

La chambre tanière

Vous ne supportez plus ce champ de bataille. Lui (les filles semblent être plus ordonnées et surtout un brin plus propres !) évolue dans son capharnaüm comme un poisson dans l’eau et ne comprends pas que l’état de sa chambre puisse vous faire sortir de vos gonds. Vous, vous lui demandez sur tous les tons de la ranger, cette chambre, de jeter les vieilles vidanges de soda, les emballages de confiseries, de ramasser les minous… bref, d’évacuer ces détritus qui bientôt laisseront échapper de la vermine. Vous imaginez déjà la moisissure généralisée, lui vous répond qu’il n’y a rien de sale… C’est le grand malentendu ou plutôt le grand terrain d’affrontement. Pourquoi est-ce si difficile de supporter son désordre ? Parce que « les parents ont surtout l'impression que le désordre extérieur correspond à un désordre intérieur de leur enfant et que cela les inquiète », explique Pascale Roux, psychologue, auteur de Les Ados : le mystère expliqué (Éd. Favre). D’autant plus que la chambre est aussi le lieu des devoirs et des leçons, alors pensez-vous, ranger pour remettre de l’ordre dans ses idées, ça ne peut que faire du bien au bulletin… Mais tant que l’ado ne ressent pas un malaise intérieur face à son grand chaos, il est vain de rugir, de pleurnicher, de lui promettre quelques écus pour qu’il entame le moindre rangement. Un conseil : fermez la porte de sa chambre pour ne plus vous sentir agressé(e) par son fouillis et… patientez.

La chambre bulle

Attention, votre petit ou petite a grandi et vous ne pouvez plus entrer dans sa chambre, franc battant. Qu’il soit rebelle ou studieux, introverti ou extraverti, cet espace, même si vous en êtes encore les vrais propriétaires, lui appartient. C’est son lieu de jeu, de sexualité et, ô paradoxe, derrière sa porte fermée, son lieu d’ouverture sur le monde. C'est également son endroit secret où il peut cacher son cahier derrière un meuble. « Curieusement, conclut le pédopsychiatre Marcel Rufo, la chambre de l'adolescent est un lieu pour sortir de la maison, s'en évader. »
Enfin, la chambre est un endroit où l'ado peut s'ennuyer, ce qui est très important pour lui. À petites doses, le désoeuvrement permet de développer l’imaginaire, la créativité, la connaissance de soi aussi (pourvu évidemment que l’humeur de votre jeune ne flirte pas avec la dépression). Et lorsque votre ado écoute son iPod sans rien faire, ne croyez pas qu’il perd son temps. Le temps de l’ennui et du rêve est très important pour que l’adolescence se passe bien. Même si c’est mal vu aujourd’hui…

Myriam Katz

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