Vie de parent

Saint Nicolas ou pas saint Nicolas ?

Levez la tête. Que voyez-vous partout autour de vous ? Des illuminations, des magasins en fête, des sapins qui vous ouvrent les bras. Oui, ça ne vous a pas échappé, Môssieur saint Nicolas risque encore de faire des siennes. Du coup, revient sur le tapis la question du mythe. Faut-il le propager ? Entretenir ce mensonge éhonté auprès de nos chérubins ? Comment leur avouer ? Débattons vite avant l’arrivée du saint, il paraît qu’il est très susceptible…

Saint Nicolas ou pas saint Nicolas ?

L’argument le plus important pour certains est celui de l’intégrité.  « Je ne tiens pas à raconter un mensonge aussi énorme à ma fille. Pour moi, c’est incompatible avec un autre discours qui me tient à cœur : celui de ne pas mentir », explique Sylvie. « Le jour J, on ne dit merci à personne ! Où est la reconnaissance envers les parents ? L'enfant ne voit pas que ses parents restent à l'écoute de ses besoins et désirs pour lui faire plaisir en lui offrant ce dont il rêve », considère de son côté Muriel.

Le préparer aux réalités de la vie

Il est vrai que l’on entend de plus en plus en plus ce genre de discours. Ils sont tout à fait légitimes. D’un côté, on ne veut pas mentir, de l’autre on veut un peu de reconnaissance. La psychiatre Dominique Tourrès-Gobert tempère : « Oui, saint Nicolas ou le père Noël sont des mensonges, mais des jolis, gentils mensonges. Ces messieurs vêtus de rouge, c’est la magie, la fête, le mystère. Mais aussi le don, la générosité, la beauté gratuite d’offrir. Si le père Noël n’est pas vrai ‘pour de vrai’, l’amour qu’il incarne, lui, l’est. C’est un mythe, pas un mensonge, disait d’ailleurs Françoise Dolto. »
Difficile de désacraliser cet évènement. Pourquoi priver le jeune enfant d’un moment magique qui nourrit son imagination ? Pour les parents interrogés, il s’agit avant toute chose d’une étape fondamentale pour préparer l’enfant à la vraie vie. On se débarrasse des mensonges futiles et on le met face aux réalités
Angélique Cimelière, psychologue met en garde : «Il est capital de donner la possibilité à l’enfant de laisser parler son imagination sur l’arrivée de saint Nicolas et du père Noël, le laisser s’imaginer la façon dont les jouets sont fabriqués, etc. L’enfant aura largement l’opportunité de s’apercevoir que le monde n’est pas parfait. Laissez-lui donc le temps de rêver. »

Un mauvais souvenir d’enfance

Qu’est ce qui gêne tant que ça certains parents, une allergie à la barbe blanche ? Cette question est évidemment directement liée à l’enfance. « J’ai décidé de ne pas laisser mes enfants croire en saint Nicolas en raison de mon expérience d’enfant. Le jour où j'ai appris la vérité, j’ai réalisé que mes parents pouvaient me faire croire n'importe quoi et dès lors, j'ai douté de tout ce qu'ils pouvaient me dire », raconte Muriel.
« Si enfant, on a vécu cette croyance comme une trahison, il est tout à fait compréhensible de ne pas vouloir reproduire le schéma, atteste Dominique Tourrès-Gobert. Mais pour le bien-être de son enfant, il est important que le parent fasse abstraction de ce qu’il a été petit pour donner la possibilité à son enfant d’acquérir des souvenirs positifs autour de la Saint-Nicolas ou de Noël ». C’est vrai, comment avouer avec tact à son enfant, une fois qu’il a grandi, que tout ceci n’était qu’un leurre ?

Que fait-on alors ?

De l'avis des experts, il serait souhaitable que les parents accompagnent l'enfant dans son cheminement, sans le précipiter. À la question « Finalement, il existe saint Nicolas ? », demandez à votre enfant ce que lui en pense. Discutez-en. Si vous sentez qu’il souhaite encore y croire, faites en sorte que cela marche.
En revanche, si vous pensez qu’il est avancé dans ses raisonnements, amorcez la vérité en douceur ! Évitez de parler de mensonge. Faites-le plutôt entrer dans le « monde des grands » en lui confiant que, maintenant, lui aussi est le gardien d’un secret.
Ainsi, vous permettez à votre cher petit de faire un petit pas de plus vers le monde des adultes et de le responsabiliser. Il pourra alors envisager cette histoire de saint Nicolas ou de père Noël comme une fonction qui n'est pas celle d'un mensonge ou, pire, d’une trahison. Vous ne dissimulez pas une vérité, mais entretenez un mythe qui donne à rêver. Au final, il n’y a rien au monde de plus vrai et de plus durable. Et ces gentils hommes venus du froid seront toujours là pour réjouir le cœur des enfants…et des plus grands !

Gaëlle Hoogsteyn et Yves-Marie Vilain-Lepage

Lu pour vous

Il était une fois le bon dieu, le père Noël et les fées, Dominique Tourrès-Gobert, Albin Michel.

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