Vie de parent

Salle de rédaction,
comme si vous y étiez

Ce dimanche avait une saveur un peu particulière. C’était la journée des familles organisée par la Ligue au domaine de Chevetogne. Pour l’occasion, le Ligueur, a pris ses quartiers au Château pour y installer une salle de rédaction et faire des parents, les journalistes d’un jour. Luxueuse et lumineuse avec ses murs blancs, ses hauts plafonds, ses moulures et un point d’orgue son lustre à pampilles bien garni. Fermez les yeux (enfin, façon de parler), tendez l’oreille, on vous fait vivre un peu de cette journée.

Salle de rédaction, comme si vous y étiez

L’équipe de choc du Ligueur d’abord. Au grand complet. Thierry, chef de file, accompagné de Martine, Michel, Romain, Yves-Marie, Alix, Marie-Laure et Clémentine. Huit journalistes pour vous servir. Entendre vos préoccupations, échanger sur les questions qui vous travaillent pour mieux les relayer et les traiter. Dans la salle de rédaction, il y avait aussi Mireille Pauluis, psychologue qui collabore régulièrement avec l’équipe. Afin de permettre aux parents d’échanger librement et de participer pleinement aux réunions de rédaction, l’équipe avait installé un coin dessins pour les enfants. Au programme : dessiner une une représentant un bon moment partagé en famille. Et oui, on ne se refait pas. Parents, comme enfants, la famille est toujours au cœur de notre objectif.

Trois réunions de rédaction, une conférence de presse avec les Déménageurs et, autour, des échanges informels, toujours. De quoi nourrir notre réflexion et surtout le prochain numéro du Ligueur qui sera le reflet des thèmes évoqués par vous chers parents avec cerise sur le gâteau, une une dessinée par un des enfants. On vous livre en prime, un petit condensé.

Mobilité & flexibilité, deux maîtres maux  

Interrogées sur leurs préoccupations, deux mamans se livrent. Pour l’une, le problème c’est la mobilité. Habitante d’un petit village du namurois, elle déplore le manque de sentiers sécurisés pour relier domicile et école. Celle dernière se trouve sur une grande route dangereuse. Faute d’aménagements, chaque parent dépose son enfant pile devant l’école et c’est là que les Romains s’empoignèrent sur la chaussée romaine (ou pas).

Pour elle aussi, la difficulté, c’est la flexibilité des horaires de garderie. Enseignante à Bruxelles, elle doit partir tôt le matin, trop tôt pour y déposer au préalable les enfants à la garderie encore fermée à cette heure matinale. Du coup, c’est les grands-parents qui doivent se mettre au garde-à-vous et prendre du service. Et la discussion dévie également sur le manque de moyens consacré à l’accueil temps libre, à savoir les garderies avant ou après l’école ou le personnel est parfois en sous-effectif et trop peu reconnu et soutenu.

3 ans, la gestion des crises

Pour l’autre maman, mère de deux filles de 1 et 3 ans, le souci, c’est plutôt la gestion des crises. Et Mireille de décoder et rassurer : « À 3 ans, c’est la quête d’autonomie de l’enfant. L’âge du moi, toute seule. Et en même temps, cette autonomie leur fait peur. Dans ces crises d’opposition, il y a l’affirmation de soi ». Dans le même sillon, la maman poursuit : « Et pour les questions de politesse, c’est aussi compliqué de lui faire dire bonjour ». Et Mireille de répondre : « Il faut donner du sens. Si on lui parle de politesse, l’enfant ne trouve pas de sens, ça ne veut rien dire pour lui à cet âge-là. Par contre, expliquer qu’on salue quelqu’un parce qu’on est content de le voir, on lui souhaite un ‘bon jour’ et le saluer ensuite pour se redire à bientôt, alors ça devient plus clair ».

Le congé parental 1/10e

La question de la cohabitation entre temps professionnel et temps personnel est aussi abordée. Une maman indépendante la soulève, pas évident de jongler entre les horaires de la vie de famille et les obligations professionnelles. Chaque jour est différent et tout doit être programmé à la minute parfois. Petit topo : la famille habite Wavre. Papa travaille à Bruxelles et maman plaide à Bruxelles comme en Wallonie, c’est selon. Il y a les enfants à déposer à l’école avant de sauter dans un bus ou un train pour être à temps. Embouteillages, retards de train, le moindre couac peut gripper la machine de guerre logistique et mettre à mal l’organisation familiale.

Cette tension entre vie privée-vie professionnelle nous amène à discuter des congés parentaux et du dernier né en la matière : le congé 1/10e, à savoir la possibilité pour un parent de prendre soit un demi-jour par semaine, soit un jour complet toutes les deux semaines. Victoire. Gain de flexibilité. Mais en demi-teinte puisque ce congé ne s’adresse qu’aux travailleurs salariés du secteur privé. Ils sont les seuls, avec certains travailleurs du secteur public et de l’enseignement, à avoir droit au congé parental. Les travailleurs indépendants et les chômeurs n’y ont pas droit. Un papa découvre cette version du congé et se montre intéressé tout en pointant une réserve : « Je suis contrôleur sur chantiers. Ce genre de demande ne sera pas bien perçu ». Et l’assemblée de répondre que ce genre de demande ouvrira une brèche, voir une voie pour d’autres et de diminuer ainsi la pression sociale sur les pères. Un cas similaire est évoqué : « Un ami a introduit une demande pour un demi-jour par semaine le vendredi après-midi. Son chef lui a octroyé alors qu’il craignait des résistances, depuis, ils sont déjà trois papas à avoir fait la demande ».

Le poids du jugement, comment s’en libérer ?

Les dessins s’additionnent et les discussions continuent bon train. Un autre sujet arrive sur la table : le poids du regard des autres. Mireille acquiesce, elle est souvent confrontée à des parents affectés face au regard des autres et aux jugements. C’est la traditionnelle scène de la crise au supermarché qui refait surface et au parent de se dépatouiller entre un enfant hors de lui et des regards désapprobateurs, voir des remarques, à lui de trouver de la solidarité et de la compassion dans celui d’autres autour de lui. Et Mireille de rappeler : « Dans une société individualiste, le regard des autres et le jugement pèsent. C’est tout différent dans des sociétés plus collectives comme en Afrique, cette pression du jugement disparait dans le collectif ».

Interpellée sur la pression du regard des autres, une maman se démarque : « Moi, je me fiche complètement du regard des autres. Si mon enfant fait une crise, aujourd’hui, c’est moi qui suis en difficulté, demain ce sera toi et après-demain encore une autre. On passe tous par là, pourquoi s’en faire ? Moi, ce qui m’importe, c’est de bien les nourrir, leur faire découvrir la vie, les stimuler. Je travaille le samedi, alors le dimanche, c’est pour le temps en famille. J’aime bien dire qu’on va collectionner les souvenirs ». Et Mireille d’ajouter : « Charger l’album familial, la boite à souvenirs c’est important ».

 

Clémentine Rasquin