Vie de parent

Secondaire à distance : entre surprise, questionnement et fracture numérique

La décision prise par la Fédération Wallonie-Bruxelles de faire passer le secondaire en enseignement à distance a fait l’effet d’une bombe, ce dimanche. Pour preuve, les dizaines et les dizaines de commentaires reçus à la rédaction. Entre incompréhension, soulagement, colère et envie de solution, la palette des émotions est large. Gros point de friction ? La fracture numérique.

Secondaire à distance : entre surprise, questionnement et fracture numérique

Vendredi soir déjà, la Fédération avait pris une décision importante, allant à l’encontre de son mantra qui était de garder, au maximum, les écoles ouvertes. Il avait été décidé de mettre l’enseignement supérieur en code rouge.  Cela dit dans les protocoles élaborés à l’été cette possibilité était évoquée. Le code rouge voulait dire « Plus aucune activité d’apprentissage et d’évaluation en présentiel ».

Pour le secondaire, c’est différent, il y a quelques jours à peine, une circulaire avait refixé le cadre avec, en code rouge, la précision que 100% des élèves pouvait fréquenter l’école en même temps. C’était le même dispositif qu’en code orange avec la possibilité d’une « alternance de temps en classe et d’apprentissage à distance) pour une ou plusieurs écoles, une ou plusieurs classes, un ou plusieurs cours, à condition que les critères suivants soient rencontrés. » Bref, de fermeture de classes générale, il n’était pas question. Cette circulaire date du… 21 octobre.

Réaction à une tendance alarmante

Caroline, lectrice du Ligueur, n’y comprend plus rien : « Depuis le mois d'août, les codes avaient été établis. L'orange prévoyait que le premier degré restait en présentiel... Si on avait su, on se serait préparé psychologiquement et matériellement ! A quoi bon établir un code que l'on met par terre en 2 jours. »

C’est que depuis, les avis des experts ont coulé sous les ponts. Visiblement, ceux réunis au sein du CELEVAL (la cellule d’évaluation) ont transmis un rapport à la Fédération Wallonie-Bruxelles suffisamment inquiétant pour tout chambouler. Les choses se sont donc précipitées avec une annonce faite, hier, en début de soirée.

Que dit ce rapport ? Le soir en livre des extraits ce matin : « La situation épidémiologique actuelle entraîne une circulation virale si élevée dans la société que même des mesures préventives puissantes sont devenues insuffisantes pour empêcher le virus de passer les murs de l’école. Cela conduit à une augmentation rapide de l’absentéisme parmi les enseignants et les élèves dans un certain nombre d’écoles, ce qui les empêche également de fonctionner normalement en toute sécurité. Bien qu’il s’agisse d’une situation très hétérogène, la tendance que nous observons est certainement alarmante. »

Une manière « pas correcte du tout »

La décision a donc été prise dans l’urgence, contredisant les propos de plusieurs membres du gouvernement qui affirmaient encore quelques heures plus tôt que les écoles resteraient ouvertes. On comprend, dès lors, l’émoi suscité par l’annonce. « Qu'est-ce que ça changeait à leur vie de décider ça la semaine passée, directement, plutôt que de nous annoncer un orange pâle… » vocifère Maïté, « Je ne dis pas que c'est une mauvaise idée pour tenter de stopper la propagation du virus, mais il y a la manière qui n'est pas correcte du tout. »

Face à ce passage au distanciel les parents sont divisés. En caricaturant un peu, il y a d’un côté Andrée qui estime que « c’est une très bonne décision, les enfants seront moins exposés au danger de choper le virus. De l’autre côté, il y a Monia qui assimile cela à « une catastrophe pour nos étudiants ». Et puis au milieu, il y a les observateurs comme Kristel qui constate que « quand les écoles restent ouvertes, ça râle, quand les écoles suspendent le présentiel et vont donner du distanciel, ça râle ». Ok, allons plus loin.

« Non, tout le monde n’a pas internet ! »

Chris vient avec son expérience. « Ma fille est déjà en télétravail depuis mercredi. Elle travaille mieux sur ses devoir a la maison, sans masque et sans stress. Et puis surtout, avec les professeurs absents, elle était plus à l'étude qu’aux cours.» Ok, semble dire Erika, « et on attend des parents qu’ils soient profs en prime et qu’ils rattrapent le retard ? Du grand n’importe quoi ! ». Pascal, enseignant, répond : « On ne demande pas à ce que les parents soient profs. Qu'ils veillent à ce que le travail soit fait, ce serait déjà beaucoup. »

Le gros point de friction, c’est l’équipement informatique nécessaire pour l’enseignement à distance. Nancy, place le cadre, de façon abrupte:  « Non, tout le monde n'a pas internet, on n'a pas tous un ordinateur.» Nathalie renchérit : « Il serait bon d'aider les élèves à s'équiper... Sans que les plus précarisés ne soient obligés de s'endetter ». C’est qu’équiper les enfants en vue d’un travail à distance régulier, ça coûte cher. Anne témoigne : « J'ai acheté un portable et une tablette, samedi, en prévision... mes quelques économies y sont passées. » Pascal pose les choses du côté enseignant : « On peut se préparer tant qu'on veut, si les élèves n'ont pas de PC, on ne peut rien. On nous a demandé une photographie de la situation, on a transmis et... rien, nada. »

Des solutions ?

Dans ce désordre, parfois des initiatives qui permettent de remettre un peu d’équilibre. Nathalie fait part de son vécu : « Les garçons recevaient par courrier leurs travaux, l'école avait pensé au fait que tous n'étaient pas équipés.» Autre témoignage, de Marion : « Il y a des écoles qui propose une location d’ordinateur voire une location/achat. Et comme lors du premier confinement, des dossiers papiers. » Bérangère met en avant le fait que la mesure n’entre en vigueur que dans deux jours : « Au moins, ici, on peut prévoir des exercices/travaux à leur distribuer avant mercredi. »

Pour limiter les coûts, Christine donne son bon plan : « Oxfam reconditionne des PC professionnels garantis et les vend 200 € en moyenne. » Des initiatives lancées par des ASBL locales sont aussi évoquées… On se rappelle d’une initiative lancée par l’asbl Droits & Devoirs à Mons, d’une autre par Molengeek à Bruxelles… Un réseau de conseils et de solidarité se met en place. Face à l’adversité, c’est toujours bon à prendre.

T.D.

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