Vie de parent

Séparation : continuer
à se parler parents

L’heure n’est plus au grand débat du pourquoi, du comment, ni du « à qui la faute ». Que l’on s’y attende ou pas, divorcer, se séparer, c’est toujours le grand choc, la défaite, le monde autour de nous qui s’écroule, le tsunami intérieur. Certes. Le constat posé, la décision prise, il s’agit d’aller de l’avant, de nager, de rejoindre l’autre rive. D’une brasse maladroite, en apnée ou dans un crawl vigoureux. Parce c’est là, sur la berge, qu’attendent vos enfants.

Séparation : continuer à se parler parents

Selon notre dernier Baromètre, 40 % des parents ont connu au moins une séparation et 8 % des séparations ont lieu dans l’année qui suit une naissance. Comment faire ? Que va-t-il se passer maintenant ? Perdu·e dans le labyrinthe, vous ne savez quelle direction emprunter. Alors, vous tâtonnez, vous tentez une voie, puis l’autre, vous revenez sur vos pas, pour repartir ou vous poser, le temps de reprendre votre souffle. Les conseils donnés par les uns et les autres sont contradictoires, et c’est normal : la meilleure solution, c’est celle que vous allez trouver avec votre ex-conjoint.
Le Ligueur a interrogé des parents qui sont déjà passés par là pour qu’ils partagent leurs expériences, dévoilent quelques secrets qui leur ont permis de survivre au choc et réussir la traversée. La séparation, tous les spécialistes interrogés le répètent, c’est la fin du couple conjugal, pas celle de l’équipe parentale. Se retrouver autour d’un gâteau d’anniversaire, s’asseoir côte à côte à la réunion des parents, prendre ensemble les décisions importantes : pour toujours, vous resterez parents. L’hébergement à privilégier, les questions financières, les détails administratifs, les émotions à gérer... Et si on s’y mettait tout de suite ?

De la rage à la raison

« Je me souviens des pensées qui me hantaient lors de la séparation : ‘Quel gâchis, mais quel gâchis’. En boucle. Dès que j’ouvrais l’œil. Quand j’allais pleurer dans les toilettes au boulot. Je me souviens de la honte, du sentiment cuisant d’échec, de l’envie de disparaître pour que cesse la souffrance. Je me souviens d’avoir voulu faire mal, souhaité la mort de l’autre et culpabiliser immédiatement d’avoir osé y songer. Je me souviens en avoir voulu aux amis qui ne comprenaient rien, qui ne semblaient pas réaliser que c’est moi qui souffrait le plus, que c’était l’autre le salaud, le méchant, qu’il fallait avec moi lui faire la peau, me donner l’autorisation de le dépecer.
Je me souviens de mes parents qui étaient persuadés qu’on allait arranger ça, de ma mère qui me suppliait de pardonner. Je me souviens de ma psy, qui m’invitait à parler de moi, alors que je voulais lui expliquer combien c’est l’autre qui avait été horrible, qui m’avait trahie, qui m’avait abandonnée. Je me souviens du profond sentiment d’injustice lorsque le juge n’a pas cherché la faute, quand il a décidé de me faire payer une pension alimentaire. Je me souviens d’avoir haï mon avocat, l’avoir trouvé nul, l’avoir viré sur le champ.
Je me souviens néanmoins qu’au milieu de tout ce tourbillon, de la bile et de l’amertume, rongée par l’acide de la rage et de la tristesse que j’ingérais à petites gorgées, l’adulte en moi n’a pas cédé : pas question de trop faire souffrir les enfants. Essayer au moins de s’entendre pour ce qui les concerne. En fait, c’est leur existence qui m’a sauvé la vie, qui m’a aidée à rester humaine. Qui nous a permis de ne pas tout démolir. »
Pauline, maman de Jess et Milo, 3 et 7 ans au moment de la séparation.

Aya Kasasa