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Séparation : il ne veut plus voir son père

Pour les enfants, et peu importe leur âge, la séparation des parents est toujours difficile. Mais les adolescents seraient plus durement touchés, selon certaines études. Bien qu’assez matures pour comprendre les conflits entre adultes, ils les vivent parfois plus intensément que leurs père et mère. Parfois jusqu'à refuser de retrouver l’autre parent ou même décider de ne plus vivre que chez l’un des deux.

Séparation : il ne veut plus voir son père

Laurence, divorcée, a la garde de ses deux enfants qui rejoignent leur père tous les quinze jours : « Julien vient d’avoir 16 ans. Ces derniers temps, les rapports avec son papa sont extrêmement conflictuels. Julien dit que son père est dépressif et qu’il passe ses week-ends à parler des rancœurs qu’il éprouve. Mon fils refuse de continuer à aller chez lui et menace d’aller voir le juge si je ne l’écoute pas. J’ai tenté le dialogue avec mon ex en lui demandant de faire des choses avec ses enfants, mais lui ne voit pas où est le problème. Cette situation me rend folle, je ne sais pas comment agir d’autant plus que Margot, la petite sœur de Julien, qui a 8 ans, dit qu’elle n’ira plus non plus si son frère ne va pas. J’aimerais tellement qu’ils continuent à entretenir de bons rapports avec lui. »

JULIEN, CHEF DE FAMILLE
Le cas de Laurence est assez fréquent. Depuis l’enfance, son fils a pris la place d’ « homme de la maison ». Élevé par sa maman, leur relation est marquée par la proximité, leurs liens sont très étroits. Elle partage beaucoup avec son fils, lui fait part de ses questionnements, de ses doutes et, peu à peu, la relation est devenue une relation d’égal à égal et non plus de mère à fils.
Les rôles dans la famille se sont modifiés : plus de père entre la mère et l’ado. Le chemin est libre. Julien, au fil du temps, a accédé à un nouveau statut, en se positionnant comme chef de famille, chargé de protéger sa mère et sa sœur. Pourquoi, dans ces conditions, aller retrouver ce père qui ne joue plus aucun rôle actif dans la tribu, d’autant plus que celui-ci est focalisé sur ces propres problèmes et rancœurs ?
Comme le souligne le psychiatre Serge Hefez : « Dans ce genre de situation, un adolescent prend vite la position de mari bis, mais aussi de père des autres enfants. Cette position de chef de famille se traduit de deux façons. L’ado peut se comporter comme le père, par de simples gestes : répondre à sa mère, donner son avis, sanctionner les petits frères et sœurs. Il peut aussi changer complètement de comportement et inquiéter sa mère en faisant des fugues, en fumant du cannabis, en attirant l’attention de toutes les manières possibles. Se mettre ainsi en avant peut être une façon de sortir la mère de sa détresse, de la préoccuper et d’être le chef de famille… au sens d’être au centre de l’attention. »

LÉA CHEZ PAPA
Hélène, maman de deux filles de 12 et 16 ans a vécu une expérience difficile : « Un jour, j’ai reçu une lettre du juge de la jeunesse… saisi par ma fille aînée. Son papa et moi étions en conflit ouvert et nous ne parvenions plus à communiquer sereinement. Le seul moyen que Léa a trouvé pour se faire entendre était… la voie judiciaire. Elle a toujours eu le sentiment d’être plus proche de son père. Quand elle allait chez lui, un week-end sur deux, elle revenait apaisée. Tandis qu’avec moi, c’était le conflit permanent, à propos de tout et de rien. Ma fille se sentait davantage respectée chez lui. La médiation judiciaire a permis de mettre à jour ses vraies motivations et aussi de réinstaurer un dialogue constructif et apaisé avec mon ex. Nous avons donc décidé de permettre à Léa de vivre davantage chez son père. Les relations entre nous, curieusement, sont apaisées. Je suis heureuse que ma fille ait trouvé son équilibre malgré cette séparation. »
Les ados font rarement dans la nuance. Quelque chose ne va pas ? Tant pis, j’irai vivre chez l’autre ! La menace est l’attaque préférée des ados de parents séparés ou divorcés. Tout est bon pour parvenir à leurs fins, même si ce n’est pas toujours justifié : « Lui, il me comprend, il peut m’aider en maths et il est pas toujours sur mon dos. Avec toi, on n’arrête pas de se disputer… », se plaignait Léa, à tout bout de champ, à sa mère. Heureusement, ils ne mettent pas toujours leur menace à exécution.

L’INTRUS : LE BEAU-PARENT
Le pourcentage d’enfants habitant à plein temps chez papa est aujourd’hui encore très faible. Mais ce n’est pas toujours le conflit avec leur mère qui pousse les enfants à aller vivre chez leur père. Justine, 15 ans, trouve que ce n’est pas plus facile chez papa, mais ce qui l’a poussée à vivre avec lui c’est qu’elle ne supporte pas le compagnon de sa mère.
« Il me fait tout le temps des remarques sur mon éducation, trouve que je me tiens mal à table, que je ne range pas ma chambre… l’ambiance est pourrie à la maison. Du coup, je passe tout mon temps enfermée dans ma chambre ». Et son cas n’est pas une exception.
Patrice Huerre demande aux parents de ne pas prendre le discours de l’ado au premier degré : « Il y a bien sûr beaucoup de jeunes qui ne s’entendent pas avec leur beau-parent. Soit il le juge pas sympa ou intrusif, soit il n’accepte pas sa présence. En réaction, ils se montrent insupportables pour l’obliger à partir. Dans tous les cas, il ne faut pas céder. Ce n’est pas à l’enfant de régir la vie amoureuse de ses parents. Cela le mettrait dans un sentiment dangereux de toute-puissance. »

Karin Mantovani

Coup de pouce de la Ligue des familles

Découvrez  le nouveau service de la Ligue des familles qui facilite l'organisation des parents séparés. Disponible à partir du 1er octobre.

Séparation : comment leur annoncer ?

  • Annoncez votre décision ensemble. Il faut expliquer aux enfants que l’essentiel est préservé. Contrairement aux liens amoureux, les liens avec les enfants, les frères et sœurs durent toute la vie. Une maman restera toujours une maman, un papa sera toujours un papa, rien ne devrait changer dans ces relations-là.
  • L’important est de dire les choses le plus simplement possible. Les grands comme les petits, tous ont droit à la vérité. Quant aux ados, il est important d’éviter trop de changements dans les habitudes de vie (pas de déménagement si possible, garder la même école, les mêmes amis…).
  • Restez, malgré l’amertume, respectueux de l’ex-conjoint et soulignez devant l’ado, ses qualités. Cette attitude lui permettra d’aimer « ouvertement » son père et sa mère, sans qu’il ait à choisir l’un au détriment de l’autre.
  • Ne l’interrogez pas sur les activités, les amis, la compagne ou le compagnon de l’autre : il ne doit pas avoir le sentiment d’être un espion !
  • Tenter de « réussir » sa séparation, c’est essayer qu’elle se fasse le mieux possible, de façon adulte, sans coupure radicale, sans précipitation et surtout sans haine.
  • N’imaginez pas que si vous décidez d’aller chez le psy, le divorce passera comme une lettre à la poste. Une séparation est toujours douloureuse à vivre pour un enfant.

Parent solo

L’histoire de Julien est celle d’un ado élevé par une mère restée seule. Il existe des cas où l’autorité est exercée par une maman solo sans que cela pose de réels problèmes.
Cependant, quand le père est absent physiquement, il faut reconnaître qu’il est difficile pour un ado de se repérer et de se (re)positionner dans la cellule familiale soudain restreinte. D’autant plus quand les liens d’autorité ne sont pas clairement définis. Qui est porteur de l’autorité sur l’enfant ? Lorsque l’un des parents est moins présent dans la vie des enfants, comment l’autorité se répartit-elle ? Où situer le bien de l’enfant si les parents sont en conflit ? Lorsque les parents sont en difficulté pour représenter cette autorité, qui peut les seconder ? Autant de questions qui se posent pour le parent solo quel que soit l’âge de l’enfant, mais souvent réactualisées à l’adolescence.

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