Vie de parent

SEX questions sur la majorité sexuelle à 14 ans

Fin de saison politique oblige, les lois sont votées les unes après les autres. Dans le lot, avec la réforme du code pénal, un petit bouleversement juridique dans les tuyaux depuis des années : la majorité sexuelle pourrait être abaissée à 14 ans. Tsunami dans une tasse de thé ? Véritable libération sexuelle pour les ados ? Voyons voir.

SEX questions sur la majorité sexuelle à 14 ans

Attention, rien n’est encore joué. Le projet de loi est simplement adopté au conseil des ministres. Jeunes lecteurs impétueux, si vous nous lisez, refrénez vos ardeurs, vous êtes encore dans l’illégalité. Nous reviendrons là-dessus sous forme de débat entre professionnels dans le Ligueur magazine.
Pour l’heure, discutons-en avec les très prudentes, mais néanmoins concernées Émilie Saey, coordinatrice, et Lola Prat, chargée de projet à la Fédération des Centres Pluralistes de Planning Familial (FCPPF). L’occasion de revenir sur plein de sujets liés à la sexualité de nos ados, sans en rougir.

La législation qui réglementait les comportements sexuels chez les jeunes de moins de 18 ans datait de 1912. Pourquoi ne pas avoir bougé avant ?

E. S. et L. P. : Il s’agit d’un projet politique qui s’inscrit dans l’ensemble de la réforme du code pénal. C’est quand-même dans les cartons depuis plusieurs années. On peut se demander si les récents faits divers sur le consentement et l’immense vague #MeToo n’ont pas accéléré les choses. Pas nécessairement en ayant eu une bonne influence. S’il y a des problèmes liés au consentement chez les 14-16 ans, il risque d’y avoir du flou. Est-ce que cette « majorité sexuelle » ne va pas assouplir les questions liées au consentement des victimes de cette tranche d’âge ? Un juge peut vite expédier l’affaire puisque maintenant c’est légal, donc moins problématique.

Pourquoi fixer un « âge sexuel » légal ?

E. S. et L. P. : D’abord, parler de majorité sexuelle, d’un point de vue juridique, ça ne veut rien dire. La majorité sexuelle, c’est un lieu commun, ce n’est pas statué. Dans le code pénal, on parle d’ « attentat à la pudeur ». L’idée, ici, c’est d’établir une dérogation qui légifère sur les relations sexuelles des 14-16 ans. Ça ne plaît pas à tout le monde. On peut citer les Mouvements de jeunesse, la CODE...
(Régine Cornet d’Elzius, Premier substitut au parquet de Namur, section Jeunesse, explique par exemple que « la  loi  actuelle  fonctionne  bien  parce  qu’elle  propose  justement  une  marge d’appréciation. Elle nous donne l’opportunité de nuancer au cas par cas », ndlr ).

Qu’est-ce que l’on peut dire aux parents inquiets qui pensent que leurs tout-petits vont goûter aux joies du corps de façon précoce ?

E. S. et L. P. : Là encore, se pose une question très importante : on parle de « majorité sexuelle » de façon très galvaudée. À partir de quand on considère qu’il y a relation sexuelle ? Quand il y a pénétration ? Est-ce représentatif des pratiques ? C’est très hétéro-normé comme vision. Pour rassurer les parents, on peut dire que ce n’est pas parce qu’il y a légifération, qu’il y a des conséquences directes sur le comportement des gamin·e·s. C’est un peu comme certains parents qui se disent que parler de sexe, ça peut influencer leurs enfants et leur donner envie de s’y mettre. Il faut bien préciser aux familles que la sexualité a toujours été encadrée juridiquement.

Comment rassurer les parents ?

E. S. et L. P. : D’abord, même si les adolescent·e·s sont de plus en plus tôt confronté·e·s à la sexualité, l’âge moyen du premier rapport ne bouge pas. Il tourne toujours en moyenne aux alentours de 17 ans chez les garçons et presque pareil chez les filles. C’est le seul changement de ces dernières années d’ailleurs, le fait que les deux sexes rejoignent une même moyenne (1 ado sur 2 pense que l'âge idéal pour passer à l'acte se situe vers 15-16 ans. Les filles ne regrettent pas d'avoir attendu, alors que les garçons avouent qu'ils auraient bien commencé plus tôt !, ndlr).
Après, si on reconnait l’inquiétude légitime du parent, est-ce qu’on ne peut pas aussi dédramatiser tout ce qui tourne autour du sexe ? Comment ? En invitant le parent à se référer à sa propre adolescence. Lui aussi il a traversé tous ces émois, tous ces doutes, toutes ces curiosités, toutes ces envies.

Il peut donc partir de ça pour aborder le sujet avec ses enfants ?

E. S. et L. P. : Oui. Mais il n’est pas non plus obligé d’en parler. On part souvent des blocages du parent à l’égard de son enfant lorsqu’il s’agit aborder ce genre de sujet. Mais il y a plein d’ados qui détestent en parler avec leurs parents. C’est tout à fait compréhensible, non ? Que le lecteur s’interroge : aurait-il aimé avoir une bonne discussion franche au moment de son adolescence avec ses parents sur sa présumée sexualité ? Quoi qu’il en soit, que les adultes soient à l’aise ou non à l’idée d’en parler avec leur enfant, la seule préoccupation à avoir, c’est de s’assurer que l’ado ait une personne à qui se référer. Et pourquoi pas avoir plusieurs discussions sur la question du consentement ? Expliquer simplement ce mot (voir vidéo), ça peut être intéressant. Et rien n’empêche le parent d’indiquer des lieux comme les centres de planning familial, les centres PMS, sans oublier la plateforme Loveattitude pour les jeunes.

En tant que professionnelles ou à titre personnel, que pensez-vous de cette réforme ?

E. S. et L. P. : On est obligées d’être très prudentes. Parce que vous nous cueillez un peu à chaud. Mais comme ça à brûle-pourpoint… C’est fait de façon très curieuse. On lance ça et après ? Ça ne semble pas très construit comme projet de société. Est-ce que les directions d'école sont prêtes à s'emparer de sujets comme l'intimité, la confiance, l'estime de soi, l'image corporelle... Un projet sur la majorité sexuelle ? D'accord, mais alors il faut renforcer l’EVRAS (Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle) à l'école et dès le plus jeune âge. Sans quoi, ça paraît foutraque et peu prompt à l’harmonie générale. Mais, quoi qu’il arrive, nous, on y travaille…

Propos reccueillis par Yves-Marie Vilain-Lepage

Petit rappel des âges

En matière de sexualité, la législation belge, on distingue trois tranches d’âge : avant 14 ans, entre 14 et 16 ans et après 16 ans.

Avant 14 ans : une relation sexuelle est toujours considérée comme un viol, qu’il y ait ou non consentement. La loi estime que tout mineur de moins de 14 ans n’a pas le discernement suffisant pour savoir ce à quoi il s’engage.
Entre 14 et 16 ans : un rapport sexuel pouvait être jusqu’à présent considéré comme « attentat à la pudeur sans violence, ni menace », même avec consentement, d’où les flous juridiques.
à partir de 16 ans : seul le consentement compte, sauf si l’autre personne est considérée comme ayant un ascendant (chef scout, mono, éducateur sportif, un surveillant, prof particulier, etc.)
► Si la loi est votée, à partir de 14 ans : un mineur aura donc le droit légalement d’avoir des rapports sexuels s’il y consent, avec un·e autre adolescent·e jusqu’à 5 ans son aîné. Tant qu’il ne fait pas - là aussi - office d’autorité.

De quoi parler consentement en famille