Vie de parent

Sexualité : les mots pour expliquer

Sexualité : les mots pour expliquer

Expert : Bruno Humbeeck, psychopédagogue et directeur de recherche au sein du service des Sciences de la famille de l’Université de Mons.

Zézette, mimi, prune… on dit quoi pour le sexe de notre fille ?

Pour les petits gars, c’est facile, le zizi a même droit à une chanson de Pierre Perret. Mais pour les filles, le sujet semble plus délicat. Les petits noms désignant le sexe féminin semblent varier d’une région, voire d’une famille, à l’autre. Une maman nous a avoué utiliser le mot « porte-monnaie » pour désigner le sexe de ses filles, « parce que c’est précieux ». Une grand-mère nous a avoué ne pas savoir comment nommer le sexe de sa petite-fille, comme si ce mot était tabou.

  • Bruno Humbeeck, psychopédagogue

On doit pouvoir nommer les choses, même si ce n’est pas facile. Différents registres existent pour parler de sexe. Dans le registre enfantin, on parlera de zizi ou de zézette, par exemple. Dans le registre scientifique, on utilise le mot pénis. Le registre usuel parle simplement de sexe… En tant que parent, l’idéal est de rester dans un registre familier et accessible à l’enfant. Le petit ne comprend pas les métaphores, elles sont donc à éviter. Si on parle de prune, l’enfant imagine une prune et une prune, ça se mange. Il faut aussi éviter d’être trop compliqué, pour éviter tout malaise. Des mots simples permettent à un enfant de se sentir à l’aise avec sa sexualité.

Toucher son zizi devant tout le monde, c’est sale

Non, le sexe n’est pas sale, bien sûr. On le sait. Et Cathy, la maman de ce petit garçon de 3 ans le sait aussi. Mais un jour, gênée des mains baladeuses de son fils, elle a lâché cette phrase en public.

  • Bruno Humbeeck

 Dans cet exemple, le mot sale induit de la culpabilité, de la noirceur. Il induit une émotion de dégoût qui risque d’être liée à la sexualité. Et c’est dangereux. Le dégoût n’a rien à voir avec une sexualité épanouie qui devrait plutôt être reliée au registre du joyeux. 

Le bain avec ta cousine, c’est fini, t’es trop grand !

Timo, 6 ans, se montre assez curieux de l’anatomie de sa cousine qui a 4 ans quand ils sont tout deux dans le bain. Sa maman s’inquiète et veut mettre le holà, ce bain lui paraît soudain perdre toute son innocence…

  • Bruno Humbeeck

 La perversion vient essentiellement du regard des adultes. Le touche-pipi est un jeu d’exploration mutuelle qui n’est absolument pas dangereux. À condition bien sûr que les partenaires de jeu soient tous les deux d’accord de jouer. Ce détail apparent n’en est pas un et il faut bien l’expliquer aux enfants. Le jeu du touche-pipi n’a a priori rien de sexué, ni de sexuel. Ces interprétations de gestes honteux et pervers se sont fort répandues chez nous dans notre ère post-Dutroux. Mais si des cousins jouent ensemble dans un bain et que ça gêne la maman, elle doit exprimer son malaise.

 Pour faire des bébés, papa plante une graine chez maman

Lila, 5 ans, demande comment on fait des bébés. Son papa est pris de court. Il hésite, veut éviter l’histoire insensée de la cigogne, mais refuse aussi de parler d’acte sexuel si tôt à sa fille. Il s’est alors cassé la tête pour rester simple et imagé, sans être cru, sans en dire trop ni trop peu à sa petite, naturellement curieuse.

  • Bruno Humbeeck

Le lien entre la sexualité et la procréation ne doit pas forcément être expliqué tôt à un enfant. L’idéal est de répondre aux questions de l’enfant quand elles viennent. Dire que les bébés naissent dans des choux, ça n’a aucun intérêt. De même qu’expliquer la biologie de la reproduction à un enfant n’est pas forcément utile. Le lien entre sexualité et procréation peut être très diffus avant la puberté. Par contre, expliquer que la reproduction est liée à l’affection, au fait qu’on aime tout simplement l’autre, c’est plus intéressant.

Le sexe c’est du plaisir, mais c’est pour plus tard

Mégane est une maman plutôt copine avec sa fille de 13 ans. Sa fille est très curieuse et pose plein de questions sur la sexualité de sa mère quand elle était ado. « Je n’ai pas pu lui mentir, nous confie Mégane. Le sexe, j’adore ça. Mais je regrette déjà d’avoir partagé mon opinion avec elle sur le sujet. J’ai peur qu’elle se jette dans les bras du premier venu et qu’elle soit déçue. »

  • Bruno Humbeeck

Le sexe, ce n’est pas une partie de plaisir a priori, mais ça peut le devenir. Voilà ce que cette maman aurait pu dire à sa fille. Car, oui, le sexe engendre du plaisir, mais pas tout de suite, ni avec la même intensité chez tout le monde. Le sexe n’est pas qu’une partie de plaisir. Huit jeunes filles sur dix miment actuellement la jouissance lors de leur première relation sexuelle. Pourquoi ? Pour coller à cette image de plaisir sexuel immédiat véhiculée par les médias que les parents ne corrigent pas. 

En amour, il faut être vrai

Martin nous explique qu’il a un fils de 14 ans plutôt doux qui craint toujours de déplaire à quelqu’un. Ce papa a voulu expliquer à son fils qu’il ne faut jamais se forcer dans une relation.

  • Bruno Humbeeck 

Oui, le sexe, c’est communiquer avec quelqu’un d’autre. La sexualité est un média d’épanouissement quand on peut en parler sans tabou. Parler sans tabou, c’est dire à l’autre ce que la sexualité nous apporte comme épanouissement dans la vie de tous les jours, par exemple. Aujourd’hui, les cours d’éducation sexuelle qui sont donnés à l’école se retrouvent dans le cours de biologie. On n’y parle donc que de la plomberie de la sexualité, mais ce n’est pas le plus important. Parler d’une sexualité épanouie qui répond à nos besoins d’attachement, à nos besoins affectifs, à nos désirs d’être accepté et considéré, ça, c’est important. 

 J'm'en bas les couilles de tes conseils

Voilà la réponse qu'un papa dépité a reçue de son ado de 16 ans alors qu'il espérait discuter avec lui de vie sentimentale et... de préservatif. Il en est resté coi. Et pourtant, nos jeunes ont besoin d’être informés.

  • Bruno Humbeeck 

Le problème, ici, c'est la conviction de l'ado. Il croit savoir. C'est encore pire que de faire une erreur ou se tromper, car il se trouve dans une situation qui l’empêche de se poser les bonnes questions. Un ado dans ce cas n'écoute ni les conseils de ses parents, ni ceux d'autres personnes que ses parents. Le pire, c'est quand ces ados, entre eux, se renforcent à partir de ce qu'ils ont vu, de la pornographie ou de l'érotisme. Pour la pornographie, une discussion de quelques minutes avec un adolescent suffit à lui faire comprendre que cette voie n’a rien à voir avec l'être humain. Il se rend vite compte que c'est creux, qu'il n'y a pas de scénario et que les acteurs sont comme lobotomisés. Les films érotiques, par contre, sont plus dangereux. Car ils se présentent comme humains et font croire que le plaisir est systématique, ce qui n'est pas forcément le cas. 

Ma gynécologue te parlera mieux de sexualité

Les parents ne sont pas toujours à l'aise pour parler de sujets intimes avec leur adolescente de 16 ans. Pour contourner cette difficulté, beaucoup ont recours au gynéco, comme cette maman qui prend carrément rendez-vous pour sa fille chez le médecin.

  • Bruno Humbeeck

Oui, le gynécologue est un interlocuteur possible et valable, mais ce n'est pas forcément le meilleur. Des centres de planning familial sont là et répondent très bien aux différentes questions qu'un ado peut se poser en matière de sexualité. Ce que l'adolescent doit éviter, c'est d'en parler à quelqu'un qui prend le sujet à la légère, alors que lui a un besoin urgent qu'on le prenne au sérieux. Le point positif des parents qui se retournent vers le corps médical, c'est qu’ils reconnaissent leurs limites. Ce n'est pas toujours facile de parler d'un sujet aussi intime avec quelqu'un avec qui on partage une autre forme d'intimité.

Alors les filles, toujours pas de petit copain ?

Chris, papa séparé, interpelle ses deux filles de 13 et 17 ans pour bien leur montrer qu’il est ouvert au dialogue concernant les choses du sexe. Elles ignorent son appel et se disent complètement désintéressées par le sujet.

  • Bruno Humbeeck

Ce n'est pas grave si des jeunes ne veulent pas parler de leur vie amoureuse. Il ne faut pas anticiper les questions que les enfants devraient se poser selon les parents. Si les enfants ne se préoccupent pas encore du sujet, qu'on les laisse tranquilles. C'est un peu le syndrome Titeuf, immergé trop tôt dans des problèmes adultes. Et du coup, il résiste à l'idée de grandir. C'est un peu dangereux d'anticiper les questions des ados sur le sexe.

Va voir Fred, mon copain gay, pour tes questions

Arnaud s’interroge sur l’orientation sexuelle de son aîné. Il a envie que son fils sache qu’il ne lui en voudra pas, peu importe ses choix. Il souhaite lui parler de relation, de confiance, d’amour même… mais n’ose pas aborder la question des pratiques sexuelles.

  • Bruno Humbeeck

 La sexualité n'est pas encore affermie et affirmée chez un ado. Il a parfois des questionnements de passage, certes, mais c'est important de ne pas l’enfermer dans une identité sexuelle précise. Il pourrait suivre ce marquage identitaire et tout faire pour ressembler à cette image projetée par d'autres sur lui, sans que ça ne reflète forcément qui il est. Ce papa ouvert et plein de bonnes intentions doit se méfier à ne pas coincer son enfant dans une identité qui n'est pas la sienne. 

Arrête de dire « Mon bébé » à ton petit copain

Christelle est la maman d’une jeune amoureuse de 18 ans qui surnomme son mec « Mon bébé » à longueur de journée. Elle a peur que ça cache déjà une envie de maternité.

  • Bruno Humbeeck

C’est une tendance actuelle que l’on voit chez les ados. Ils font un peu comme Selena Gomez (ndlr : chanteuse-actrice connue depuis ses apparitions sur Disney Channel) qui se met en scène en couple. Elle fait comme un couple installé, elle mime une vie de couple… c’est toute une mise en forme et c’est plus un jeu de couple qu’un couple réel. On joue à papa/maman sans enfant. Les parents ne doivent pas y accorder trop d’importance et doivent voir cela comme un jeu.

Estelle Watterman et Anouck Thibaut

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