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Silence, il joue !

Votre petit de 18 mois répète dix fois, cent fois la même action, sans oublier de vous interpeller à chaque fois pour que vous fassiez ce qu’il semble réclamer. Une fois, ça va. Mais dix fois, cent fois… Vous voilà agacé ! Ce n’était pourtant pas son intention. Lui, il veut seulement jouer…

Silence, il joue !

En fait, en répétant cent fois la même action, votre petit apprend en jouant. Il teste, exerce son geste. Il est fier de ses découvertes et a envie de partager son plaisir avec vous.
Adrien, lui, marche depuis quelques semaines. Il est subjugué par son exploit : il se lance d'un bout à l'autre de la pièce, tente des essais d'équilibriste, tombe, se relève, recommence. Il ose mettre un peu de distance entre sa maman (qui l’observe de loin) et lui. Il se risque à faire le tour du fauteuil, disparaît, réapparaît. Bref, il « joue » la distance. Et en jouant ainsi, il apprend le monde.
Tom aussi joue la distance. Il prend tout ce qui lui passe sous la main et le lance. Parfois, l’objet tombe tout près, parfois plus loin. Parfois, il fait du bruit en tombant, parfois non. C’est la même chose avec les copains. S’il tombe sur l’un d’eux, des fois, il crie… ou ne dit rien. Amusant tout ça.
Cela agace un peu les adultes, surtout quand la petite auto atteint brutalement le copain. Et voilà Tom qualifié d'agressif, ce qui n’était pas du tout son intention. Il mène juste quelques expériences. Il différencie le mou du dur, le lourd du léger. Il comprend que la petite auto que son copain a malheureusement reçue sur la tête fait mal, mais pas le coussin. D’ailleurs, tout cela provoque un tel événement que cela vaudrait peut-être la peine de recommencer !

Mordre : quelle expérience !

Même chose pour Alice : l’enfant est une mordeuse. Du moins, elle est qualifiée ainsi. En fait, on lui a beaucoup dit qu'elle était belle à croquer, qu'on avait envie de la manger de bisous. Elle fait pareil. Sa copine Louise a des joues comme des pommes, alors elle veut lui donner des bisous qui mangent et cela produit aussi un événement : Louise pleure, les adultes accourent, on va chercher le pot de crème... c'est une bonne manière d'attirer l'attention.
Les morsures peuvent avoir plusieurs origines. Elles peuvent être liées à l'apparition du langage. L'enfant voudrait dire des choses, mais n'arrive pas à se faire comprendre. Alors, il dit sa frustration en utilisant sa bouche, mais pas de la bonne manière.
Pour l’enfant, mordre est aussi expérimenter. C'est une manière de découvrir l'environnement. La bouche est en effet la région du corps investie depuis le début de la vie. C'est une source de satisfaction et un outil de découverte du monde : le bébé porte à la bouche tout ce qu'il trouve, touche. Il l'utilise donc préférentiellement.
Il y a enfin le plaisir de créer un événement : je mords, pince ou frappe, cela me fait découvrir un tas de sensations et, en plus, l'autre crie, une vraie trompette pour attirer l'attention des adultes qui se précipitent !

Jouer, c’est sérieux !

C'est en jouant très sérieusement que nos petits découvrent le monde. Ils jouent et rejouent, recommencent pour comprendre ce qui se passe, pour répéter un effet produit. Ces comportements que nous qualifions vite d'agressifs ne le sont pas en réalité.
L'enfant n'a pas l'intention de faire mal. Ainsi, il ne fait pas du bruit pour nous agacer mais il joue, il expérimente, il fait des essais et recommence inlassablement pour comprendre ce qui se passe. Pourquoi la petite auto fait-elle du bruit en tombant et pourquoi le coussin n'en fait-il pas ? Pourquoi tombe-t-elle des fois plus loin et des fois plus près ? Pourquoi les bisous (qui mordent) que donne Alice font-ils pleurer Louise ?
À l'âge de la crèche, l'enfant n'est pas encore capable de se mettre à la place de l'autre. Il est en empathie, il ressent la tristesse ou la colère de l'autre, mais il ne réalise pas qu'il en est la cause. Il arrive souvent que l'enfant qui mord se mette à pleurer avec son copain mordu.

Premières règles de vie

Il est, cependant, indispensable d'intervenir pour protéger l’enfant de cet âge. Les limites qu'on lui donne sont à cette étape, des limites de sécurité. Elles vont lui permettre d'évoluer petit à petit vers la construction d'un espace de sécurité - non seulement pour lui, mais aussi pour les autres - où il fera bon vivre ensemble dans le respect des uns et des autres. Les longs discours moraux ne servent à rien, ils passent au-dessus de la tête des petits ! Un « non » clair et sonnant est beaucoup plus efficace. Et la grosse voix de l'adulte aussi !

Mireille Pauluis

EN BREF

  • Évitez les explications qui contiennent plus d'une ou deux informations.
  • Idem pour les consignes : le jeune enfant ne peut en intégrer qu'une ou deux à la fois.
  • Un « non » ferme est plus efficace qu'un long discours.
  • Proposez-lui une autre activité quand sa découverte se fait au détriment de la sécurité d'un autre enfant ou du mobilier.
  • Enfin, bien sûr, soutenez-le dans ses découvertes.
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À parents jouettes, enfants chouettes ! C’est le défi que nous vous lançons alors que le tourbillon de la vie et ses responsabilités journalières vous entraînent loin de ce qui a fait votre quotidien à tous : le jeu. C’est lui (pas tout seul, bien sûr, mais pour une grande part) qui a fait le parent que vous êtes. C’est lui qui fait grandir votre enfant pour le mener à l’âge adulte.

 

Le jeu en 7 questions

Voyez le sérieux et l’énergie avec lesquels vos petits se mettent à jouer. Le jeu est au cœur de leurs vies. Mille questions surgissent autour de cette activité. Quelques-unes ont retenu notre attention sur lesquelles nous allons allègrement surfer à partir de vos expériences de parents (mais aussi celles de vos ados !) et de nos experts (lire encadré ci-dessous).