3/5 ans

Somnambulisme : un sommeil troublé

Le somnambulisme fascine. Quel drôle de phénomène que celui de dormir tout en donnant l’impression d’être réveillé. Il touche près de 40 % des enfants de façon occasionnelle, principalement les garçons. Intéressons-nous à ce trouble, expliqué et démystifié par Geneviève François, cheffe de clinique en pédiatrie du sommeil à Saint-Luc… sur la pointe des pieds, histoire de ne pas réveiller nos petits fantômes.

Somnambulisme : un sommeil troublé

Marine et Ludovic, parents de Luz, 5 ans, reviennent sur de drôles d’évènements qui surviennent la nuit. Un soir, le couple se couche vers 23h. Leur petite roupillant sereinement. Tout est calme. Soudain, des bruits à l’autre bout de l’appartement se font entendre. Un voleur, à coup sûr. Ludovic bondit, se saisit du premier objet qui fera fuir l’importun.
Vous l’aurez deviné, point d’aigrefin, mais une petite Luz qui fait des va-et-vient et renverse tout ce qui est sur son passage. Ludovic se fâche, avant de comprendre. Sa fille est en train de dormir debout. « Je me suis rappelé qu’il ne faut surtout pas réveiller un enfant en pleine crise. Je l’ai recouchée, sans problème. Et plusieurs fois par semaine, on la retrouve à errer dans la maison, sans qu’elle en ait le moindre souvenir le lendemain ».
Expliquons d’abord le mécanisme du somnambulisme qui fait partie de la famille singulière des troubles de la parasomnie. Comme vous le savez sans doute, il existe quatre stades de sommeil. I étant le plus faible, IV le plus profond, atteint après deux-trois heures de dodo chez les 3-6 ans. C’est la première phase de sommeil. Là où intervient le trouble, comme un pic rectiligne qui surgit du stade IV à l’éveil, d’un coup sec.
En conséquence de quoi, le cerveau dort, mais le corps est réveillé. Une sorte de mélange de sommeil et d’éveil. Comme l’état de la petite Luz dans le témoignage. Elle peut marcher, déambuler dans le salon. Les gestes sont précis, mais aussi très maladroits. L’enfant va prendre un livre, faire pipi à côté de sa cible et tout renverser sur son passage. Oubliez donc l’image très cinématographique du somnambule qui déambule sur l’arrête d’un toit tel un funambule, elle est tout bonnement irréelle.

Réveille-t-on nos petits fantômes ?

En revanche, l’idée répandue comme quoi il ne faut pas réveiller un somnambule est tout à fait exacte. Pour bien agir, dites-vous simplement une chose qui peut vous guider : votre enfant dort. Reconduisez-le gentiment dans sa chambre, recouchez-le calmement. Dites-vous que le réveiller, c’est le sortir du stade de sommeil le plus profond, un sacré choc pour lui.
Il est confus et agité ? Rassurez-le doucement. « J’ai parfois des parents qui me racontent qu’ils prennent leurs enfants sur les genoux, les bercent, chantent des comptines… C’est justement le meilleur moyen pour les réveiller. Aussi étrange que ça puisse paraître, votre petit ne manque pas de sommeil, malgré l’agitation. Ces petites crises durent en moyenne quinze minutes. Elles sont parfois plus longues, elles touchent près d’un enfant sur deux et disparaissent avec l’adolescence où le mécanisme de sommeil n’est plus le même qu’au moment de l’enfance. Pour l’anecdote, elles ne disparaissent pas totalement non plus puisque 2 à 5 % des adultes peuvent être somnambules ».
Pour le parent, le lendemain où le petit promeneur de nuit affirme ne se souvenir de rien est un rien problématique. En effet, vous n’avez pas passé la même nuit. Pas facile de se dire que ce petit zombie qui urinait joyeusement dans votre bananier se croyait bien lové dans le fond de sa couette. Quand vous lui racontez, ça lui semble tout bonnement improbable. Surtout à cet âge-là.
Ne le taquinez pas trop. N’insistez pas trop non plus. « On voit des enfants qui vont dans le sens de leurs parents mais qui, en réalité, ne comprennent rien de ce qui se raconte. C’est pourquoi je pense qu’il est pas mal d’expliquer ce qu’est le somnambulisme avant d’embrayer de but en blanc sur les évènements de la nuit passée, n’hésitez pas à dédramatiser ». Et non, il ne se sentira pas plus fatigué. Encore une fois, il roupillait tranquillement… lui !

Est-ce que je m’inquiète ?

Comme beaucoup de troubles liés au sommeil, le somnambulisme souffre de fausses croyances. La première est qu’il ne faut rien faire en tant que parents, si ce n’est prendre sur soi et attendre patiemment que le petit ait fini ses déambulations nocturnes.
Geneviève François ne partage pas tout à fait cette opinion : « Avant toute chose, je trouve ça très bien que les parents consultent pour tout ce qui a trait au sommeil. Ils sont de plus en plus poussés par leur pédiatre et c’est une très bonne chose. C’est toujours l’occasion de s’informer sur plein de choses, de se rassurer ou de recadrer ».

« Le plus beau cadeau qu’un parent puisse faire à son enfant, c’est de lui permettre d’être autonome dans son sommeil. » Geneviève François

En un mot, parler de ce qui semble être un gros mot mais qui résout bon nombre de maux : l’hygiène du sommeil. Même s’il paraît inoffensif, le somnambulisme peut être le fruit de circonstances qui traumatisent le petit. Une situation de crise dans la famille, un traumatisme à l’école ou autre. Vous pouvez en parler à votre pédiatre à partir du moment où le trouble apparaît deux ou trois fois par semaine et que les crises vous semblent plus aiguës qu’un simple pipi dans le bananier, pour reprendre cet exemple.

Quels sont les dangers pour mon petit ?

Fausse croyance toujours, le somnambulisme serait héréditaire. Il n’existe à ce jour aucune preuve de gène porteur. Toutefois, Geneviève François croit à la tendance familiale. On prétend également que le trouble est dangereux pour l’enfant, notamment pendant les balades où il peut se cogner, tomber, glisser ou se blesser.
En réalité, les dangers sont ailleurs. Les trois grands ennemis des petits noctambules sont d’abord les fenêtres qu’il peut franchir, sans s’en rendre compte. Il faut donc bien penser à les bloquer au moment du coucher. Ensuite les escaliers. Problématiques. Si vous les barricadez, rien de plus facile pour un petit somnambule de franchir la barrière et de se faire encore plus mal. « Mieux vaut ne pas mettre de barrière la nuit. C’est très rare quand un enfant dévale les marches et tombe pendant une crise », rassure la doc. Enfin, la cuisine et ses multiples pièges : couteaux, gaz, appareils électroniques.
Pensez à tout sécuriser au mieux si vous savez votre enfant sujet aux escapades nocturnes. Il existe plusieurs variations de cette forme de parasomnie. Votre chérubin peut se redresser d’un coup et rester assis sur son lit en bougeant. Il peut aussi parler en dormant. Il arrive même que deux frangins tiennent un véritable dialogue presque cohérent. On appelle cela la somniloquie. Toujours bon à placer dans les dîners !

Comment limiter les virées nocturnes ?

Si on ne peut pas véritablement prévenir le phénomène, on peut toutefois s’évertuer à le limiter. Pour cela, multipliez les bonnes habitudes. D’abord en imposant un sommeil régulier. À cet âge-là, un petit va au lit vers 19h30-20h. À caler en fonction de son réveil, bien sûr. Mais il lui faut douze heures de sommeil. Autant la semaine que le week-end. L’horloge interne de nos petits se détraque facilement. Si vous l’envoyez au lit à 22h le vendredi et le samedi parce qu’il n’y pas école le lendemain, vous déréglez tout. Autre chose très importante, la mise en place d’un moment calme avant de se coucher. Exclues toutes formes d’écrans et leurs satanées LED bleues. Ni télé, ni tablette, ni ordi, ni smartphone.
On parle ici d’un vrai moment calme, soit un temps où vous allez raconter une histoire, écouter de la musique, faire des câlins ou tout simplement vous raconter la journée dans un contexte plus intime. « Un jour, une patiente me dit embêtée que son fils joue un quart d’heure tous les soirs aux Playmobil avant de se coucher. C’est formidable. Il n’y a rien de meilleur. Il évacue toutes les tensions de la journée et se couche sereinement ».
En effet, ce moment peut s’étaler un quart d’heure, une demi-heure grand maximum avant le dodo. On ne répétera jamais assez combien le sommeil de vos petits est précieux. En plus, c’est une base solide pour la suite. « Le plus beau cadeau qu’un parent puisse faire à son enfant, c’est de lui permettre d’être autonome dans son sommeil », conclut Geneviève François. Ne reste plus qu’à le faire comprendre aux petits qui vous répondront à coup sûr que vous rêvez… tout éveillés.

Yves-Marie Vilain-Lepage