Vie de parent

Son avenir passe par un emploi

« Je veux qu’il trouve un emploi », pensez-vous tout bas en croisant les doigts. Vous ne le formulez pas de la sorte, vous y pensez en termes d’autonomie, d’avenir, de sécurité, qui tourne autour de la place du rejeton dans la société. Mais aujourd’hui, avec les bouleversements sur le marché de l’emploi, tout ça fait un peu peur. Il n’en reste pas moins que pour le mener jusque-là, des décisions doivent se prendre. Une mise en scène dont vous êtes… le metteur en scène. Des parents nous content leurs expériences, ponctuées par l’avis de notre expert, Marie-Thérèse Casman, sociologue à l’ULg

Son avenir passe par un emploi

CHOISIR SA VOIE

Audrey, 37 ans, deux filles de 14 et 16 ans : « Leur donner du réconfort »

Pour cette mère qui élève seule ses enfants, peu importe l’objectif final, c’est la manière de l’atteindre qui compte. Et le meilleur moyen de procéder reste encore un support parental. Alors, elle n’impose rien, mais elle profite des discussions avec ses enfants pour aborder les sujets importants. Dès qu’il est question de la façon dont la journée s’est déroulée, elle enchaîne sur les questions d’avenir : « Ce sujet ne doit pas faire peur. Aujourd’hui, les questions d’orientation cristallisent tellement d’angoisses qu’on ne les aborde qu’avec prudence, c’est à nous, parents, de réconforter nos enfants sur ce sujet. »

Assiah, 43 ans, trois enfants de 11, 15 et 17 ans : « Pourvu qu’ils se trouvent »

Pour cette maman, le fait de trouver sa voie revient un peu à une histoire d’amour. « Je veux juste leur prouver que, comme pour moi, trouver sa voie peut-être une évidence. Je sais depuis toujours que je veux être puéricultrice et endosser des responsabilités avec mon propre sens de la pédagogie. Je suis aujourd’hui directrice d’une halte-garderie. Je veux être un modèle de réussite et de stabilité pour eux. Leur montrer qu’avec de la volonté, de la réflexion et en écartant le superflu avec lequel on s’encombre parfois, c’est comme ça que l’on se trouve. »

► L’avis de notre expert

On est dans une phase où les parents se situent différemment d'il y a une quarantaine d'années. On accompagne les enfants. On les aide. On veut qu’ils s’épanouissent en acquérant des compétences et des moyens. Le tout dans un cadre moins strict, plus réaliste. Ce qui ressort également dans ces témoignages, c’est que l’attitude envers les filles a considérablement évolué. Aujourd’hui, on mise autant sur elles que sur les garçons. Après l’évolution des droits de la femme au siècle dernier, le nouveau combat pourrait être le « parentalisme ». Le couple est plus fragile, il se décompose, et malgré cela, l'enfant demeure toujours celui du papa et de la maman.

OUTILLER SON ENFANT

Sabine et Olivier, deux préados de 11 et 13 ans : « Il en va de notre responsabilité »

Pour ce couple, il n’est pas question de parler d’emploi, mais plutôt de dessiner des pistes pour le futur. « Je pense qu’aucun parent ne vous dira aujourd’hui, en 2015, qu’il veut imposer à son enfant telle ou telle carrière. Ce n’est pas notre rôle. Elle est finie, cette époque-là où on avait un même métier de père en fils. On dit à nos deux fils qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, se tromper, recommencer. Vous vous rendez compte ? On rêverait tous d’avoir à nouveau 12 ans pour se réorienter avec audace. On ne leur en parle pas tout le temps, bien sûr, mais c’est une concertation commune qui revient beaucoup dans nos discussions. »

Sandra, mère d’une adolescente de 15 ans : « La crise et nous »

Cette mère séparée qui élève seule sa fille nous affirme que c’est maintenant que se joue l’avenir. « Je suis un peu obsédée par cela. Pour résumer, on peut dire que je suis une angoissée de première ! J’aimerais bien que ma fille s’épanouisse comme je peux le faire moi aussi à travers le travail. Je bosse dans le cinéma et je rencontre tous les jours des gens passionnants, chaque journée est un nouveau défi. Évidemment, je ne lui souhaite pas exactement la même carrière, je souhaiterais secrètement qu’elle s’oriente vers un secteur plus stable. Pour cela, je la traîne dans des salons, j'organise des rencontres avec des professionnels du terrain, j'essaie de faire en sorte qu'elle multiplie les stages, les entrevues, la réalité du monde de l'entreprise. J'aimerai tellement qu'elle n'affronte pas les affres de la recherche d’un emploi. C'est bête, mais j'ai l'impression que tout découle de cela. Nos parents pensaient-ils comme ça ? Non, nous sommes les parents de la crise et c'est souvent très pesant. »

► L’avis de notre expert

Alors que l'on parle de se trouver, de s'épanouir, de s'accomplir, la réussite scolaire est fondamentale. Évidemment, le facteur crise se situe à plusieurs niveaux. Comme le dit Sandra, et comme le pensent énormément de parents qui nous lisent, on a peur de voir ce que les enfants vont devenir. Il y a cette angoisse qui revient hanter les adultes : que faire pour que mon enfant obtienne un diplôme valable qui débouchera sur un emploi ? Les parents veulent que leurs enfants soient bien dans leurs baskets. Ils veulent des individus autonomes. Cette valeur est devenue presque universelle, elle est surtout inédite par rapport aux époques précédentes.

ÉVITER LES ERREURS

Giuseppe, une fille de 18 ans : « Un boulot stable »

Il se méfie énormément des études dans laquelle s’est engagée sa fille. L’avenir pour lui est synonyme d’angoisse. « J’ai arrêté les études très vite. L’école ne m’intéressait pas et j’ai toujours entendu mes parents me dire que j’étais un bon à rien. Alors, j’ai commencé à travailler vite dans les chantiers et à monter ma propre affaire par la suite. Mais j’en ai bavé. Je suis cassé, épuisé. Et je ne voudrais pas que ma fille connaisse le même sort. J’aimerais qu’elle fasse des études qui mènent à un vrai boulot stable. Qu’elle s’épanouisse et qu’elle n’agisse pas par survie, comme je l’ai fait. Aujourd’hui, elle se lance dans un truc de déco d’intérieur à la noix et je ne vois pas où cela peut la mener. »

Alex, 40 ans, trois enfants de 6, 8 et 13 ans : « Il faut se poser les bonnes questions »

Pour Alex, même topo que pour Giuseppe. « Je reconnais que l'avenir de mes enfants m'obsède. Je suis ce qui pourrait ressembler de loin à un musicien raté. Je n'arrive pas à vendre mes projets. Du coup, je vis de petits boulots en petits boulots. Je suis crevé, obsédé par le fric. Et, en plus, je ne suis pas heureux dans ce que je fais, puisque je n'ai pas réalisé mon rêve, comme on dit dans les films. J'explique donc à mon fils aîné qu'il doit bien réfléchir à ce qu'il veut faire et se donner tous les moyens pour y parvenir, s'il ne veut pas finir comme son ‘gros loser’ de paternel ! On en rigole, mais je vois bien qu'il réalise l'importance de l'enjeu. Il commence même à nous parler de carrière. »

Sébastien, deux garçons de 2 et 5 ans : « Ils ont le droit à l’erreur »

Il souhaite un tracé plus rectiligne pour ses petits que celui qu'il vit. « J’aimerais que ce soit plus serein pour eux. Après, je suis aussi là pour leur dire qu’on peut se planter, qu’on a le droit à l’erreur. Si l’on tombe et qu’on touche le fond, ça peut-être aussi pour mieux rebondir. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

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