Vie de parent

SOS parents : les épuisements sont de plus en plus nombreux

Plus les semaines passent, plus le numéro d'appel d'urgence SOS parents 0471 414 333 enregistre des cas d'épuisement. Aujourd'hui, nous sommes à la 7e semaine de confinement, 73% des appels sont ceux de parents épuisés. Un tiers des parents appelant sont diagnostiqués en épuisement sévère.

SOS parents : les épuisements sont de plus en plus nombreux

« Certains parents nous appellent en pleurs du début jusqu'à la fin de la conversation. Et ils sont de plus en plus nombreux dans ce cas », nous décrit la psychologue spécialisée en burn-out parental à l'Uclouvain, Moira Mikolajczak. Avec sa consoeur Isabelle Roskam, elles ont mis en place un numéro d'appel d'urgence si vous sentez le stress monter en tant que parent. C'était au début du confinement.

« Nous avons reçu beaucoup d'appels au début car il y a eu l'effet de lancement. Nous sommes passés à la télévision et en radio pour en parler, ce qui a fait pas mal de pub. A ce moment-là, nous recevions beaucoup d'appels de parents inquiets mais pas encore en burn-out. Aujourd'hui, 73% des parents appellent en disant qu'ils sont épuisés. Et nos psychologues ont diagnostiqué qu'un tiers d'entre eux étaient en épuisement sévère. Tous ces professionnels sont d'accord pour dire que les appels sont de plus en plus lourds à gérer. »

Alors que les durées de conversation étaient plutôt courtes et variées au moment du lancement du numéro d'appel, elles sont devenues de plus en plus longues et axées sur l'épuisement. Un simple appel ne suffit plus. Les parents qui appellent sont souvent réorientés vers un psychiatre ou leur médecin traitant par exemple. 

Pas de résilience

Ce qui tracasse la psychologue et chercheuse, c'est de ne pas voir l'espoir d'une amélioration. « Nous avions deux hypothèses lors de la mise en place de ce numéro d'appel. La première, c'est qu'il y aurait une augmentation des épuisements tout au long du confinement. La deuxième, c'est que ces épuisements aient lieu, puis, qu'il y ait une amélioration grâce au phénomène de résilience. »

La résilience, c'est un phénomène psychologique qui consiste à accepter un traumatisme ou une situation difficile pour se reconstruire, s'adapter et pouvoir vivre sereinement. « Mais il semblerait qu'elle n'ait pas eu lieu. C'est très inquiétant. »

Une analyse plus approfondie sur un large échantillon de parents doit venir confirmer ce premier constat « mais la situation est très préoccupante. »

Un congé parental spécial coronavirus : l'urgence est là

Voilà pourquoi la Ligue des familles tape toujours du poing sur la table pour avoir un congé parental spécial coronavirus qui soit bien rémunéré. Et ce n'est pas encore gagné. La Ministre fédérale de l’Emploi Nathalie Muylle avait annoncé qu’une nouvelle modalité du congé parental serait accessible dès le 1er mai, c'est-à-dire... demain et rien n’a encore été mis en place. Dans Het Laatste Nieuws, le cabinet Muylle confirme aujourd’hui que le délai du 1er mai ne pourra être tenu.

« Cela fait 7 semaines que les enfants ne vont pas à l’école et il n’y a toujours aucune solution digne de ce nom pour les parents ! » regrette Christophe Cocu, Directeur général de la Ligue des familles. À partir du 4 mai, et peut-être encore davantage le 11, des parents vont reprendre le travail en masse. « Nous apprenons aujourd’hui  (NB : via les propos de l’ACV dans Het Laatste Nieuws) qu’il faudrait faire la demande de ce congé 3 jours à l’avance, puis l’employeur aurait 6 jours pour se prononcer. Ce congé ne sera donc toujours pas accessible quand les parents en auront massivement besoin. » 

Par ailleurs, il ne serait accessible que jusqu’au 30 juin, alors qu’on ne sait pas encore si les stages et camps seront maintenus : il est possible que les parents en aient encore besoin jusqu’en septembre.

« Il est temps de mettre en place des solutions sérieuses pour les parents. Nous appelons le gouvernement à rendre enfin ce nouveau congé effectif, mais aussi et surtout à mieux le rémunérer et à le rendre accessible aux indépendant.e.s. La situation actuelle est intenable et fait reposer toute la pression sur les parents, qui ne savent plus quoi faire. »

Marie-Laure Mathot

Surtout des mamans

Ce sont surtout les mamans qui sont en détresse. Entre 75 et 80% des parents qui appellent sont des mères, 10% sont des papas. Les autres profils sont des grands-parents, des marraines ou un autre proche de la famille. Un parent appelant sur deux a des enfants en bas âge et un quart d'entre eux ont des ados. 

Sur le même sujet

(Dé)confinement : pour certains parents, la situation se complique

Alors que le déconfinement se construit phase après phase, pour certaines familles, cette liberté sous conditions ne se vit pas forcément très bien. Parfois même, la situation empire. Le stress est là, palpable, prêt à gonfler au moindre incident. Ce constat est formulé du côté des répondant·e·s de la ligne « SOS Parents » lancée fin mars par des chercheuses de l’UCLouvain.