Vie de parent

Soutenir les jeunes : oui,
mais comment ?

Réparer la parole des adultes, libérer celle des jeunes et aussi les soutenir dans les réflexions que posent leur avenir ou la crise du Covid. Voilà en substance les conseils livrés par Aboudé Adhami aux parents qui assistaient au Facebook live ce mercredi en lien avec le dernier dossier du Ligueur consacré aux jeunes. On revient pour vous sur les moments clés des échanges.

Soutenir les jeunes : oui, mais comment ?

D’entrée de jeu, Aboudé Adhami s’exprime de façon cash : « Les adultes ont malheureusement eu soit une parole violente, soit une parole manquante. Quand on a parlé des jeunes, c’était pour les pointer comme irresponsables à surveiller de près. Sinon, aucun adulte responsable n’a pris la parole et ne s’est adressé à eux pour leur expliquer ce qui était en jeu et les encourager. Il y a vraiment une parole à réparer. Tout adulte en contact avec des jeunes doit s’adresser à eux pour leur dire : « Bravo et merci : vous avez été exemplaires contrairement à ce que l’on a dit. Nous sommes préoccupés par votre avenir et vous êtes notre priorité ». Cela méritait d’être rappelé. Passons à présent aux questions parents.

  • Que faire avec un ado en plein décrochage scolaire qui s’isole ? Dès qu’on essaye de lui parler, ça tourne au conflit.

A. A. : « Quand un jeune décroche, on a souvent tendance à dire qu’il décroche de la scolarité, mais pour moi, il faut voir derrière cela s’il décroche de la vie, de ses ami·e·s, de ses projets. Est-ce qu’il s’isole ? Est-ce qu’il est déprimé ? Quand on répond à ces questions, on voit que le décrochage scolaire est parfois le signe d’un décrochage plus général. Si le décrochage est uniquement scolaire, le parent peut objectiver, si c’est lié au fait que l’école s’est désincarnée et n’est plus vivante et dans ce cas-ci, cela vaut la peine de réfléchir avec lui sur la façon de retrouver   le sillage de la scolarité. »

► Bon plan : Un ludopédagogue a travaillé sur les intelligences multiples et développé le jeu « Découvrons nos talents » (éditeur Cats family). À travers ce jeu, le jeune conscientise ses forces. C’est une manière de faire de l’éducation positive qui peut faire du bien par ces temps qui courent.

  • Mon ado est en rhéto, il patauge, ne rêve d’aucun métier, comment le soutenir dans son choix d’orientation sans lui mettre la pression ?

A. A. : « Je pense vraiment qu’il ne faut pas faire pression sur lui. Plus on le presse, plus on risque de le pousser vers un choix de dépit. Ce qui est intéressant c’est de pouvoir en discuter avec lui. Dans quelle vision de l’avenir s’inscrit-il ? Qu’est-ce qu’il retire de ce moment de crise ? Est-ce que ça a éveillé des vocations nouvelles pour lui ? Quelle est la cause la plus importante à défendre ? Toutes ces questions aideront à cerner son idéal. Il faut aussi relativiser auprès du jeune le poids du choix qui n’est pas déterminant pour toute la vie. »

En pratique : S’il n’a pas du tout d’idée, vous pouvez le soutenir en participant à ses côtés à des activités proposées par les universités et hautes écoles : soirées d’information, ateliers thématiques, courts ouverts. Les consultations des différents centres d’orientation (le CIO à Louvain-la-Neuve, infor-études à l’ULB, Info études à Namur + les liens) sont toujours accessibles en vidéo-conférence.

  • Comment être à l’écoute de son jeune et s’assurer qu’il va bien sans être intrusif ?

A. A. : « La communication ne doit pas être une pression supplémentaire qui s’ajoute sur les épaules du parent ou du jeune. Ce qui compte, c’est de se montrer disponible en tant que parent. Un moment très important pour la famille, c’est celui du repas. À cette occasion, les membres peuvent partager une question qui les préoccupe et se montrer disponible les uns pour les autres.   Dans toute famille, c’est important de différencier des espaces et des temps. Dans ce contexte de Covid, les zones d’intimité ont parfois été négligées. Or, pour bien communiquer, il faut des espaces intimes et des espaces communs. Je crois aussi beaucoup à l’humour, partager avec eux une vidéo qui les a fait rire… »

  • Difficile de voir son enfant « sacrifié », et de l’entendre dire « On n’a pas le choix ». La jeunesse de nos enfants nous renvoie à notre propre jeunesse, on a mal pour eux, que faire ?

A. A. : « C’est important de souligner auprès du jeune que ce n’est pas un sacrifice pour rien. Si les perspectives d’avenir restent bouchées, alors c’est terrible. Le jeune ne peut pas être que sacrifié, on doit lui venir en aide, lui proposer des pistes. Il faut même pouvoir transgresser les règles quand la santé mentale du jeune est en jeu. »

  • Des professionnels de la santé mentale alertent sur une situation préoccupante de jeunes qui vont mal. Qu’est-ce qui est urgent de mettre en place pour soutenir les jeunes ?

A. A : « Leur permettre de retrouver du lien entre eux.  Il est indispensable de mettre en place des groupes de paroles organisés pour les jeunes. Libérer la parole, leur permettre de pouvoir dire, penser, symboliser ce qu’il s’est passé. Ce n’est pas possible de ne pas voir la vague qui est en train d’arriver, il y a des délais de trois mois d’attente pour les jeunes qui vont mal et sollicitent une aide auprès des hôpitaux psychiatriques. Thérapeutiquement, il faut une aide et des moyens consacrés pour cela et aussi des espaces de parole avec des professionnels pour soutenir ces jeunes à penser cette phase et la symboliser. »

  • Il y a des listes d’attente de trois mois pour l’accès aux centres de santé mentale. Que peut faire le parent pour le jeune qui va mal dans l’intervalle ?

A. A. : « Il y a des centres de santé mentale, mais il y aussi des lignes d’écoute, pour exprimer les choses avec les jeunes. La chose la plus importante, c’est de ne jamais perdre le contact avec son jeune. Certains jeunes n’osent pas se confier pour protéger leur parent. Mais il y a des ressources qui peuvent être mobilisées aussi, parfois cela peut être un oncle ou le père d’un ami, avec qui le jeune pourra se confier plus facilement... Sinon, pourquoi pas inviter un copain de classe qui puisse venir passer une soirée, dormir à la maison, rétablir des liens privilégiés ? Si vraiment, il y a du danger, alors il y a des espaces d’urgence dans les hôpitaux psychiatriques. »

  • Comment trouver les bons mots pour parler de la pandémie aux jeunes ?

A. A : «  Ça fait un an qu’on est dans la déshumanisation en parlant toujours des chiffres sans évoquer ce que vient interroger la pandémie, comme l’importance du lien par exemple. On peut essayer de réfléchir à ce que cette pandémie nous dit, ce qu’elle révèle pour arriver à en dégager des enseignements. Ce sont des réflexions qui peuvent aider les jeunes à transcender ce qui se passe et prendre de la hauteur sur ce qui se passe et le rôle qu’ils ont envie de jouer. »

  • Comment les jeunes perçoivent ce moment où une brèche s’ouvre et que, tout d’un coup, un autre monde est possible ?

A. A. : « Si on regarde ces dix dernières années, les grandes manifestations des adultes, c’est toujours pour des causes qui leur sont propres alors que les grandes manifestations des jeunes sont en lien avec des causes éthiques qui ne leur profitent pas à eux directement. Nos jeunes nous donnent des leçons. Dès qu’ils en auront la possibilité, ils seront encore là dans la rue pour militer. Je ne peux que les encourager à continuer à défendre des causes éthiques majeures. »

Clémentine Rasquin

En savoir +

► (Re)voir la vidéo du Facebook live
► Lire le dossier Les jeunes en bavent. Soutenons-les !