12/15 ans

Sport : quand les parents dépassent
la ligne blanche

Nous vous en avions parlé le 12 mars . Nous étoffons le dossier consacré aux parents supporters qui parfois manquent de fair-play. Association, personnalité du football en la personne de Thomas Chatelle, entraîneurs, arbitres, pères et mères discutent gentiment autour d’une table, sans s’empoigner. Quoi de plus normal pour un sport qui se joue avec les pieds.

Sport : quand les parents dépassent la ligne blanche

Le champion de football Thomas Chatelle, conseiller au cabinet du ministre des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles, René Collin, lance le « plan foot » auprès des petits clubs. Il est notamment question de réguler l’attitude de certains parents peu fair-play.
Pour cela, il déploie plusieurs actions, dont une prime au bon comportement, l’obligation d’organiser une réunion en début de saison avec toutes les personnes qui gravitent autour du club et un adulte qui s’occupera de tempérer ses homologues plus coriaces autour de la pelouse. L’objectif est d’éviter les comportements inappropriés de certaines familles le long des terrains et faire respecter un minimum de savoir-être et d’esprit fair-play. Pourquoi frapper un grand coup dans le poteau ? Y a-t-il urgence dans les filets ?

Carte rouge pour certains parents !

Thomas Chatelle et Philippe Housiaux, le président de l’association Panathlon, dressent un constat interpellant et sans appel : beaucoup trop de parents perdent leur sang-froid dès que leur gamin chausse les crampons. Pour les personnes qui ne mettent jamais les pieds dans un stade, le phénomène peut paraître incompréhensible. « C’est bien pour cela que mon fils aîné ne veut plus que son grand-père assiste aux matchs, il devient fou ! », confie une maman.
Philippe Housiaux plante le décor. Des parents qui insultent l’équipe adverse, hurlent à leurs enfants de tacler sauvagement ou qui les poussent à enfreindre les règles. Certains promettent même parfois des primes à leurs petits si jamais ils marquent des buts, même à n’importe quel prix.
Ce qui intrigue le président de Panathlon, c’est que bon nombre de ces (très) mauvais exemples sont bénévoles dans le club de leur cher petit. On pourrait donc s’attendre à ce qu’ils soient les garants d’une attitude plus chevaleresque. « Hélas, ils redeviennent très vite supporters là où l’on aurait plutôt espéré qu’ils fassent respecter les règles. »
Le président nous relate même une anecdote saisissante. Lors d’une action de sensibilisation sur le fair-play auprès des parents, l’un d’eux se met à hurler : « On est là pour les engueuler, les arbitres. C’est pour ça qu’on se déplace le samedi. Sinon, on resterait tranquille chez soi devant la télé ! ». Si le papa qui a dit ça nous lit, qu’il nous contacte : nous lui remettrons le prix de l’intervention d’or !

Il y a urgence !

Thomas Chatelle veut frapper fort : « Quand on va au bord des terrains, le week-end, on se rend compte qu’il y a beaucoup de violences verbales, voire physiques de temps en temps. Les joueurs adverses sont insultés, tout comme les membres du club et bien sûr l’arbitre. Ce qui est franchement inacceptable, puisqu’il s’agit souvent de petits jeunes pleins de bonne volonté. On n’encourage absolument pas la vocation d’arbitre. »
Le fameux « plan-foot » que le conseiller et le ministre ont mis en place est accueilli avec beaucoup d’enthousiasme. Momo, entraîneur d’un petit club amateur à côté de Charleroi, jubile : « Il y a urgence. Vraiment. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point certains parents pètent les plombs. Pour rien parfois. Après, il y a d’autres problèmes là-dessous, l’alcool par exemple. Depuis le début de la saison, j’ai séparé une bonne dizaine de bagarres d’adultes. Qu’ils laissent les enfants jouer tranquilles ! C’est pourquoi je compte beaucoup sur le rôle du fair-play manager. »
Le fair-play manager ? Thomas Chatelle nous explique : « Les clubs amateurs vont désigner un parent qui sera en bord de terrain pour cadrer les autres. On le distinguera avec un brassard. Son rôle consistera juste à calmer et apaiser les esprits à la moindre échauffourée. »
Par ce procédé, le nouvel ailier du ministre des Sports compte responsabiliser, faire naître une prise de conscience et germer un meilleur esprit chez les adultes supporters les plus virulents. « Limiter les comportements excessifs de certains adultes va permettre de renforcer la notion de respect chez leurs mômes qui les prennent comme modèles. Un peu comme à l’école, si certains injurient impunément les profs devant les jeunes, comment voulez-vous qu’ils ne fassent pas la même chose ? ». Mais alors, ces bons comportements, quels sont-ils et pourquoi sont-ils si importants ?

Et l’amusement, bordel ?

Philippe Housiaux et son équipe mettent en place depuis des années des mesures simples. Ces derniers militent pour plus d’information et d’éducation auprès des parents. Ils ont créé des entraînements fair-play auprès d’un jeune public de moins de 9 ans.
« On peut encore agir, à cet âge-là », constate Philippe Housiaux. Il lui semble fondamental d’enseigner le respect des règles, les bons comportements et une certaine déférence envers l’arbitre. L’idée de l’association est de compléter cette éducation auprès des parents, hors du stade.
Thomas Chatelle œuvre dans ce sens. Il souhaite aboutir à une prise de conscience percutante : « J’aimerais que les adultes comprennent qu’ils sont là pour soutenir l’enfant dans sa passion. Les parents, on leur demande juste de servir d’exemples dans la pratique du football basée sur le respect de l’autre. Ils devraient être la solution, pas le problème. »
Philippe Housiaux est favorable au fait d’inculquer des valeurs et surtout de rappeler aux plus jeunes que le foot est une compétition qui ne peut avoir lieu sans une certaine forme de gentillesse et d’amusement. Le tout dans une sphère plus positive : « Oui, il y aura un vainqueur. Non, ce ne sera pas forcément votre équipe ». Il préconise toute une juxtaposition de petites choses pour faire évoluer les mentalités, type serment ou haie d’honneur comme au rugby.

Le fair-play est un sport collectif

En bord de pelouse, Momo le coach réfléchit. « Il faut comprendre, aussi. Certains n’ont que le foot dans la vie. Un couple brisé, pas de boulot, les matchs du petit, c’est tout ce qu’il reste. Je ne dis pas que c’est toujours lié à un contexte social, mais on voit beaucoup de supporters qui profitent du stade pour exprimer toute leur colère. Ils se défoulent. Ça ne devrait pas se passer comme ça, c’est sûr. Du coup, les mômes ont la pression, ils doivent réussir en quelque sorte. Ça va au-delà du fait de taper dans un ballon. On ne parle plus de jeu, là. »
Un des objectifs de Thomas Chatelle va dans ce sens. « Beaucoup trop de parents mettent la barre trop haut. Ça ne fera pas de leur enfant un futur champion pour autant. Et puis, est-ce l’objectif ? Et le plaisir, et la passion ? Après, je n’ai de leçon à donner à personne. Je suis père de trois enfants et je sais bien que l’on fait tous des erreurs. »
Convaincu de la nécessité d’un bon esprit généralisé, Philippe Housiaux nous rappelle que le fair-play, plus qu’une pratique, est un état d’esprit. « Que tous les parents qui nous lisent soient bien conscients que les valeurs du sport sont universelles. Il s’agit du plus grand mouvement social au monde. Un Belge sur cinq paye une cotisation à un club. C’est plus que n’importe quel parti politique. Et que veulent-ils, tous ces sportifs ? Construire, se dépasser, gagner, faire attention à l’autre et respecter des règles. Des valeurs très humanistes, en somme. »
Nous finirons sur les mots d’un petit que Panathlon a rencontré et qui est devenu un des items de la « charte fair-play » de l’association : « J’aime mes parents, sauf quand ils dépassent la ligne blanche ». Supporters dont la passion empiète sur la raison, à méditer !

Yves-Marie Vilain-Lepage

Ils en parlent...

Le ballon leur fait tourner la tête

« Je suis un passionné de foot. Un vrai. Gamin, j’assistais aux matchs avec mon père. Tous mes copains, je les ai rencontrés autour du ballon. Je suis toutes les rencontres. Quoi de plus normal que mon fiston prenne le relais. Sauf que l’esprit de mon enfance n’y est plus. Et c’est vrai que ce qui nous gâche le plaisir, d’abord aux joueurs et ensuite à moi, c’est que certains deviennent barjots dès que leurs gosses jouent. J’en ai vu qui hurlaient sur leur môme, les menaçaient, voire même les humiliaient si ça ne se passait pas bien. Qu’on ne vienne pas me dire qu’ils se transforment à cause de leur passion. J’aime le foot plus que tout et je n’irai jamais gâcher le plaisir de mon môme. »
Marco, père de Nathan, 11 ans

Je ne me sens pas en sécurité 

« Dans le club où vont mes deux fils, il y a beaucoup de problèmes. Le pire que j’ai vu, c’est pendant un entraînement. Un père a pété les plombs, il s’est rué sur un môme de 12 ans qui a contré l’attaque de son fils. Le mec a foncé sur le terrain, empoigné le jeune joueur qui ne comprenait rien et a menacé de le cogner. Les quelques adultes présents sont tout de suite intervenus. Il a essayé de donner quelques coups, puis s’est vite fait maîtriser. Pendant les matchs, ce même type insulte tout ce qui bouge. J’ai toujours peur que ça parte en coquillettes ! Ce n’est pas rassurant pour moi et encore moins pour mes mômes ou les autres qui sont tendus dès qu’il se pointe. Vive la beauté du sport ! »
Annie, mère de Steve, 14 ans, et Tom, 12 ans