6/8 ans

Sportif ou artiste ? Sportif et artiste !

En matière d’art, de culture et de sport, l’offre d’activités destinées aux enfants est quasiment sans fin. Beaucoup de parents se demandent s’il faut en privilégier une plus que l’autre ou s’il y a bel et bien complémentarité entre le foot et la clarinette. Éléments de réponse et témoignages de parents.

Sportif ou artiste ? Sportif et artiste !

Lucille, 8 ans, pratique le piano depuis deux ans. Elle avait commencé l’éveil musical à l’âge de 5 ans. Le piano, le rêve d’une maman ? « En 3e maternelle, Lucille a d’abord suivi des cours de natation et un peu de tennis. On avait envie de lui proposer parallèlement une activité plus calme : le théâtre, la musique ou le dessin… On lui a proposé l’initiation à la musique et elle a souhaité poursuivre. Ensuite, c’est elle qui a choisi le piano. »

À chacun sa bulle

Mais que lui apporte cette activité ? « Un moment de détente en dehors de l’école. Ça l’oblige à se poser car on n’apprend pas le piano comme une leçon. Ça l’amène à s’appliquer différemment. Elle est heureuse à chaque fois de maîtriser un nouveau morceau ! ». Si ce choix s’est révélé pertinent pour l’aînée, il en va tout autrement pour la cadette de la famille.
« Lucille est calme et pas très sportive. Adèle est plus nerveuse et a besoin de se défouler. On l’a inscrite au hockey. Mais maintenant, elle souhaite aussi s’essayer au piano, comme sa sœur. On verra ce qui est envisageable en fonction de notre organisation, du temps qu’il reste, car c’est important qu’elles puissent également se créer leur bulle à elles deux. »
À propos de bulle, les deux sœurs semblent être expertes en la matière. Leur maman nous explique la manière dont elles se retrouvent à jouer durant des heures dans le salon en se racontant des histoires avec leurs Playmobil, leurs poupées…

Le théâtre, une leçon de vie

Une heureuse habitude que leur maman met sur le dos du… théâtre. « Je les y emmène depuis qu’elles ont 18 mois. Elles adorent, et moi aussi. Pendant le spectacle, j’aime les observer, les voir rire, tressaillir, réagir… Après, nous en parlons beaucoup. Non seulement, ça développe énormément leur imaginaire, mais en plus ça leur permet de mettre des mots sur ce qu’elles vivent d’heureux ou de difficile dans la cour de récréation, par exemple. Le théâtre leur apprend à détricoter ce qu’elles ressentent, à comprendre, à prendre de la distance dans toute cette vie qu’elles ont sans nous, où elles doivent apprendre à gérer leurs émotions, leurs sensations, leurs déceptions. Ça leur apporte aussi une certaine discipline : elles savent qu’au théâtre, on se tait, on écoute, on ne mange pas, on ne boit pas. Et cet apprentissage du respect se propage à beaucoup de choses en dehors du théâtre ! »
Des moments de complicité entre parents et enfants, mais aussi les premiers précieux pas vers l’autonomie : « Lucille est à un âge où on a envie d’être indépendante. Alors, dans la salle, lorsqu’elles vont tout devant avec les enfants spectateurs, non seulement elles partagent ce moment avec d’autres, mais en plus elles ont l’impression d’être grandes ! »

 La culture panse les blessures

Se sentir « grand », se dépasser, se renforcer, voilà également le chemin de Camille, 11 ans. Elle en avait 8 lorsque ses parents l’ont inscrite à un atelier d’arts plastiques au Centre culturel. C’est surtout un événement difficile qui a conduit la famille à précipiter cette inscription.
« À 8 ans, Camille était victime de harcèlement physique et moral à l’école, raconte Laurence, sa maman. Ces moments ont été très pénibles. Nous lui avons proposé ces cours dans le but d’acquérir plus de confiance en soi. Nous l’avons aussi inscrite à un cours de GRS (gymnastique rythmique sportive) et le changement a été phénoménal. Les arts plastiques et la GRS lui ont permis de se renforcer. C’est par la créativité qu’elle a repris confiance en elle, ce n’est plus la même enfant ! Ça la valorise énormément. Elle apprend des techniques qu’elle reproduit dans d’autres contextes, elle adore construire, créer, avoir les mains dans la terre, la terre glaise, et revenir à la maison avec ses réalisations. Ça lui donne une certaine indépendance aussi, elle va seule à son cours et en est très fière. »
À côté de cette pratique régulière, Camille et son grand frère (15 ans) ont l’habitude de fréquenter depuis tout petits des musées et d’assister à des spectacles avec leurs parents. « Jusqu’à ses 7 ou 8 ans, Camille reproduisait les scènes avec ses poupées pendant au moins trois mois quand un spectacle lui avait plu, raconte Laurence. Ou alors, elle recréait le spectacle à sa façon, dans le salon, et reprenait tous les rituels du théâtre demandant à son frère de nous placer, nous donnant des tickets. »

Passion, structuration

Aymeric, 6 ans, et Corentin, son petit frère, sont fans de L’orchestre à la portée des enfants organisé par les Jeunesses Musicales. La musique, c’est tout naturellement qu’il y est venu. « Il n’avait pas 4 ans qu’il reproduisait déjà au piano La Petite musique de nuit de Mozart, la musique de sa veilleuse. Il nous a bluffés », se souvient Véronique, sa maman. Ensuite, une petite annonce d’un professeur a fait le reste. Aymeric se retrouve inscrit à un stage de violon… et il en demande davantage.
« Lorsqu’il revenait de ses journées, je voyais plein d’étoiles dans ses yeux. Un de mes anciens professeurs de musique m’a dit qu’il a un sens du rythme incroyable ». Rien d’étonnant, donc, d’apprendre qu’Aymeric suit désormais des cours de violon depuis un an.
En dehors de la musique, Aymeric pratique aussi une autre activité : « Il apprend à nager, je vais à la piscine avec lui. Je travaille à mi-temps, donc je peux m’organiser. Ça lui fait trois activités par semaine, il n’en faut pas plus pour l’instant. On verra plus tard ce qu’il voudra poursuivre ou pas. »
En attendant, les bienfaits sont déjà bien visibles : « La musique structure énormément l’esprit. Par exemple, il apprend les maths les doigts dans le nez. Ça l’épanouit beaucoup, il est dans son monde et y semble très bien. C’est une ouverture à autre chose ». Quant au petit frère, suivra-t-il la même route ? « Il n’a pas le même feeling, il pianote volontiers, mais il est plus frondeur, c’est un caractère très différent. Il apprécie beaucoup se rendre au spectacle et suit également les cours d’éveil musical, mais on verra ce qu’il souhaite par la suite. »
La liberté est donc un mot clé quand il s’agit de mettre en lien nos enfants et la culture. Proposons-leur des pistes, encourageons-les pourvu que l’activité choisie rime… avec plaisir.

Sarah Colasse

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En avant la musique !

Si vous souhaitez qu’un jour votre enfant vous dise : « J’aimerais apprendre la musique », le préalable, c’est que vous l’aimiez et que vous preniez plaisir à en écouter. Car si vous envisagez qu’il joue d’un instrument uniquement pour qu’il soit meilleur en maths ou parce que cela se pratique d’office dans votre famille, cela risque de ne pas marcher.

 

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