Stéphanie et Valentine au secours
des enfants qui débordent

Appelez-les Super ! Tout simplement Super. Quand l’actu déprime, cette rubrique est là pour remonter le moral. Son objectif ? Mettre en scène des héros. Ceux qui rendent l’espoir possible. Il n’existe hélas pas grand-monde pour parler d’eux. Nous leur ouvrons donc largement nos colonnes.

Stéphanie et Valentine au secours des enfants qui débordent

Ma première est logopède, dynamique et volubile, ma seconde est psychoéducatrice, formée au Canada et prête à tout pour tout changer. Mon tout forme un tandem qui veut aider les enfants aux besoins spécifiques. Les enfants qui débordent, comme elles disent joliment. Nous avons rencontré ces deux femmes au dynamisme intimidant, mobilisées par un objectif : détourner les élèves d’un destin cabossé. Et elles vont y parvenir.

Greta Thunberg, la jeune égérie suédoise du climat, foule nos terres belges le jour où l’on rencontre les comparses Stéphanie, logopède, et Valentine, psychoéducatrice. Trafic perturbé, retard, qu’à cela ne tienne, nos deux héroïnes attendent impatientes du côté de Wavre.
On les sent complices, complémentaires et surtout prêtes à gravir n’importe quel obstacle pour améliorer le sort des enfants diagnostiqués TDA/H, HP, troubles dys, SGT, en proie aux difficultés scolaires et aux comportements difficiles. Comme le savent les aficionados, cette rubrique commence toujours par une rencontre.

« J’étais une de ces enfants »

Valentine Anciaux passe un bac en psychologie. Durant ses études, elle quitte notre bon Royaume pour aller parfaire un master en psychoéducation au Canada. Là, elle découvre une approche très pratique de la psychologie : un problème, une solution. La jeune étudiante est emballée et rentre à Bruxelles avec une idée fixe : y généraliser cette pratique. Elle décroche une première mission au centre Psypluriel à Uccle. Elle y rencontre Stéphanie de Schaetzen, logopède intrépide qui n’hésite pas à sortir du cadre et se montre très intéressée par l’approche concrète de Valentine.
Toutes deux sont passionnées par les enfants HP, TDA/H… « les enfants qui débordent », disent-elles. Stéphanie confie même : « J’étais une de ces enfants différents. Gamine, on me sortait de la classe. J’étais gentille, mais il ne fallait pas que je dérange. On disait de moi ‘Quel gâchis, elle est si intelligente’. Je suis donc devenue logopède, par mission. Mais j’ai vite compris que ma pratique avait ses limites ».
La rencontre avec Valentine lui ouvre de nouvelles perspectives. Le savoir-faire de l’une, l’expérience de l’autre, voilà notre duo paré à relever tous les défis et prêt à tout bouffer. Ça tombe bien, elles ne manquent pas d’envie dévorantes.
Nous sommes en 2009 et, à l’époque, on parle peu ou mal de tous ces troubles. Au départ, les complices ne se concentrent que sur le TDA/H, quasi inconnu au bataillon. Elles forment alors des petits groupes de parents qu’elles vont aider. Ils sont épuisés, incompris, jugés. Ils passent leurs temps à crier après leur·s enfant·s et leur entourage leur dit qu’ils ne sont pas assez sévères. Ces parents se sentent seuls et blessés parce que leurs enfants ne sont invités nulle part et n’ont aucune relation sociale.
« Très vite, on se rend compte qu’avec notre groupe de parole, ils se sentent moins seuls. On fixe des objectifs, dans un environnement bienveillant, et il se crée une dynamique où les angoisses peuvent sortir. On les informe. On se rend compte à cette époque qu’ils n’ont pas d’infos, donc qu’ils se sont créés plein de mythes. Combien de fois on a entendu : ‘C’est de ma faute’. »
Stéphanie renchérit. « Il faut les comprendre. Ils répètent cinquante fois la même chose. Les devoirs ? La croix et la bannière. Ils ont un quotidien harassant dans lequel chaque étape est lourde à gérer. Et les enfants dépriment, on entend certains petits qui vont jusqu’à dire ‘Je veux mourir’ ».

« Va te faire foutre »

Les premiers résultats encourageants dans les familles sont très rapides. Valentine et Stéphanie en rencontrent une centaine en tout. Toujours en petit groupe. Mais nos deux héroïnes ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin. Leur approche évolue. Aider douze parents à la fois, ça ne leur suffit pas. Elles veulent aller plus loin. Désormais, elles veulent former des professeurs, des enseignants, des accueillants… tout métier qui touche de près ou de loin à l’enfance. Dans quel but ? Appuyer.
Elles nous donnent un exemple très concret. Julius, 7 ans, a un QI de 150. Cinquante points au-dessus de la moyenne. Il a un potentiel énorme. Il est dans une école bienveillante, pleine de ressources. Il déborde d’émotions et d’intelligences. Mais un jour, sa maîtresse, madame Clémentine, demande un travail au rendu nickel. Elle passe d’élève en élève pour vérifier. Arrive son tour, il perd les pédales. « Va te faire foutre », hurle-t-il à l’enseignante. Puis, d’un bond, il fuit la classe. Madame Clémentine lui court après. Il lui fait un croche-pied dans l’escalier. Elle chute. Elle se trouve donc avec un élève en vadrouille qui, de surcroît, est en pleine crise et a laissé une classe de 24 gamins de 7 ans livrés à eux-mêmes…
On parle là d’une « bonne école », indice socioéconomique 20, avec des enfants suivis et protégés. L’établissement est désemparé et consulte en urgence Stéphanie et Valentine : « Vous proposez quoi ? ». Valentine nous explique : « Au Québec, dans un cas similaire, l’enseignante appelle illico le psychoéducateur de l’école qui sait comment intervenir. Ici, madame Clémentine subit de plein de fouet une crise face à laquelle elle n’est pas armée. Réaction à vif de l’école ? Elle propose six semaines de psychiatrie à Julius… Alors pour éviter ça, on lance un appel de fond, on vend même des stylos pour financer un poste, on dégage un budget ».
Bref, cette histoire finie bien. Mais pour combien de cas de gamins jetés de l’école sans sommation. La solution selon l’équipe ? Généraliser les outils de psychoéducation et rendre le poste obligatoire. Pour tous les enfants différents, d’abord. Et pour tous les autres. Mais pour cela il faut des professionnels formés. L’école va-t-elle dans la bonne direction, ont-elles bon espoir ?

Un psychoéducateur par école

« Oui, répondent-elle en chœur. Les passages dans le Pacte d’excellence qui concernent les enfants à besoins spécifiques sont prometteurs. Il faudrait aller un pas plus loin et insister encore et encore sur la formation. Idéalement, il faudrait au minimum un psychoéducateur ou une psychoéducatrice à plein temps par établissement qui ne gère que les débordements. Cela aiderait l’enfant à se construire et aiderait les enseignants aujourd’hui débordés. Ce serait un bon début et ce serait profitable à tous les enfants. »
Leur combat porte beaucoup sur le primaire qui a peu de personnel à disposition, où les éducateurs sont de plus en plus cantonnés au rôle de surveillant et où l’on détache des enseignants pas formés aux besoins spécifiques. 
« Ce sont des héros. Ils travaillent dans des conditions impossibles, ils sont isolés et manquent de moyens. On ne leur propose que des solutions obsolètes. Comme les professionnels dans les établissements de type 3. C’est une catastrophe. C’est un principe de prison. Nous proposons des solutions concrètes. Parce qu’en vérité, il ne manque pas grand-chose aux professionnels de l’enfance pour s’adapter aux enfants spécifiques. Nos formations sont très rapides. »
Selon nos deux militantes, les freins existent parce que la différence dérange. Aux familles précarisées, on propose très vite une relégation en type 3. Il existe un fossé social, car on pense que les différents troubles sont d’abord une problématique liée à l’éducation. Stéphanie explique : « Nous, on ne propose pas de réparer les enfants. C’est impossible. Je le vois bien avec les trois miens qui ont chacun leurs propres débordements. On les adapte. On s’y adapte. Parce que tous ces petits sont des diamants bruts qu’il faut mettre en valeur. C’est ce que devrait être la finalité de l’école ».

Besoin de toi

Elles s’adressent aux parents dont les enfants ont des besoins spécifiques. Elles expliquent qu’un enfant qui a un problème de comportement ne fait jamais exprès d’embêter son parent avant 5-6 ans, c’est organiquement impossible. « Emparez-vous de ses besoins pour le comprendre. Par quoi est-il motivé ? Par le pouvoir. Par le contrôle. Vous vous y opposez ? Il surenchérit. Et s’il n’arrive pas à atteindre l’objectif que lui avez fixé - lui imposer de mettre un manteau, par exemple -, il va assouvir son besoin autrement en cherchant à attirer l’attention. À vous de trouver de quoi lui donner du pouvoir de manière adaptée. Il peut aider la classe, par exemple. Chaque gamin a besoin d’amour, d’attention et de responsabilités ».
Elles recommandent d’ailleurs la Roue des émotions l’Autrement dit disponible chez Pirouettes édition qui offre 10 % de remise avec le code PSYCHOEDUCATION. Enfin, elles invitent chaque parent, chaque adulte, à être attentif au besoin de son enfant. Elles terminent en proposant plus de solidarités parentales. Elles proposent que l’on arrête de se juger entre parents. Que l’on s’entraide. Que l’on fasse baisser la pression générale. Oublions l’espace d’un instant l’image de la famille parfaite. Arrêtons d’alimenter ou d’amplifier les rumeurs à propos de tel enfant insupportable qui fait une crise dès qu’il n’obtient pas satisfaction. Proposons de l’aide. Proposons à l’autre de souffler. Et faisons en sorte que les solutions de notre duo de choc se généralisent et façonnent l’école de demain. Et peut-être que le ciel se dégagera alors.

Yves-Marie Vilain-Lepage

En savoir +

Curieux d’en savoir plus sur le tandem ? Parcourez donc le site psychoeducation.be. Les parents y sont les bienvenus, même s’il comporte d’abord une envergure professionnelle. Il s’adresse à chaque personne désireuse de se former aux techniques de psychoéducation.
Valentine et Stéphanie organisent également des cycles de conférence ouverts à tous. La prochaine portera sur la passion et le cerveau, elle aura lieu le 13 mars au Heysel. Infos et réservations sur le site.

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« Intenable. Ingérable. Ce sont des termes très généraux. Ils peuvent recouvrir des réalités très différentes qui vont de la simple animosité à des troubles du comportement plus profonds. Les causes peuvent être multiples, d’origine neurologique ou psychologique ». Mikaël Mathot, neuropédiatre, pose le problème d’emblée. Débouler avec le concept « d’enfant intenable », c’est très vague. C’est une des raisons pour lesquelles il faut se faire aider pour avoir une vision claire de ce qui agite l’enfant.