T'aimes pas l'école ? Tu te sens bien ?

Le fait qu'un enfant n'aime pas l'école peut être le symptôme d'un malaise plus général. L’insatisfaction scolaire est un problème qui va au delà de l'école : elle peut avoir un retentissement sur le bien-être du jeune, sa perception de lui-même, ses relations avec les autres et peut favoriser des conduites à risque.

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Le Service communautaire en promotion de la santé SIPES de l'Ecole de santé publique de l'ULB a publié en 2011 un rapport intitulé J'aime pas l'école. Les chercheurs ont analysé les résultats de l'enquête « Santé et bien-être » menée tous les quatre ans auprès des jeunes de 10 à 18 ans dans les écoles francophones, dans le cadre de l’étude internationale HBSC, patronnée par le Bureau européen de l’Organisation mondiale de la santé.
Ils en ont réétudié les données en portant une attention particulière au milieu scolaire et plus particulièrement à ce que les jeunes pensent de l’école. Leurs hypothèses de départ : les jeunes qui déclarent ne pas aimer l’école sont-ils différents des autres élèves ? Quel est leur vécu scolaire ? Sont-ils plus à risque que les autres élèves concernant leur santé, leurs comportements ?

Les garçons aiment moins l’école que les filles

Certains jeunes aiment beaucoup l’école, d’autres beaucoup moins… voire pas du tout. Or, cette satisfaction à l’égard de l’école est fondamentale car elle détermine, avec la famille, les amis, le lieu de vie, etc., une appréciation plus globale que le jeune a de son existence.
Les résultats des analyses montrent en effet que le fait de ne pas aimer l’école est associé à davantage de difficultés rencontrées non seulement sur le plan scolaire (avis du professeur ressenti comme négatif, provocations dans l’enceinte de l’école, ambiance en classe perçue négativement...) mais aussi sur le plan extrascolaire : relations familiales plus difficiles, sentiment de déprime, nervosité, mauvaise humeur, fatigue matinale, moindre confiance en soi, insatisfaction à l’égard de sa vie, conduites à risque.
Ces conduites à risque sont le binge drinking (alcoolisation rapide), la consommation de cannabis, le brossage des cours, l'abus de jeux électroniques, etc.
Globalement, les trois-quarts des élèves du primaire (10-12 ans) disent aimer l'école. Ils ne sont plus que 58,5% dans le secondaire. Les filles sont plus nombreuses que les garçons à déclarer aimer l’école. Cette perception positive est plus fréquente chez les plus jeunes élèves (12 à 14 ans). L'insatisfaction à l'égard de l'école augmente donc avec l'âge. Cette évolution est surtout marquée au cours des deux premières années du secondaire ; le taux d'insatisfaction se stabilise ensuite. Cette diminution de la satisfaction est plus accentuée chez les garçons que chez les filles (le taux de satisfaction plonge à près de 40% chez les garçons et se maintient aux alentours des 50% chez les filles).

Des vécus différents selon les filières

Si les filles sont moins nombreuses à ne pas aimer l'école, celles qui sont insatisfaites s’écartent davantage du profil de celles qui l’apprécient en comparaison avec les garçons pour qui les différences entre ceux qui aiment et n’aiment pas l’école sont moins prononcées. Ces adolescentes qui n’aiment pas l’école vont alors présenter davantage de comportements à risque tels que le binge drinking ou l’abus de jeux électroniques. Elles se bagarrent plus, se sentent moins capables de s’en sortir, sont plus stressées par le travail scolaire.
Si la proportion de jeunes qui apprécient l’école est relativement homogène quel que soit le type d’enseignement suivi, l'étude relève des différences dans la façon de vivre l’insatisfaction scolaire selon que les adolescents sont en filière générale, technique ou professionnelle. Ces différences sont à relier aux disparités socio-économiques entre filières : les jeunes de milieux plus favorisés sont mieux représentés dans la filière générale.
Si l’origine familiale joue un rôle prépondérant dans la filière de formation suivie par le jeune, elle semble également influencer la manière dont il va vivre l’école et en être satisfait ou non. Plus précisément, dans les familles défavorisées, l’apprentissage scolaire est davantage conçu comme une fonction réservée à l’école alors que, dans les familles plus favorisées, l’apprentissage scolaire est davantage conçu comme une responsabilité partagée entre la famille et l’école. Ceci explique que l’insatisfaction scolaire dans la filière générale soit plus liée à des sujets relatifs à l’apprentissage - sentiment d’être perçu comme un moins bon élève par le professeur, stress lié au travail scolaire. Tandis que dans la filière professionnelle, le fait de ne pas aimer l’école est plus lié à un mal-être personnel et davantage associé à des conduites à risque.

École inadaptée ?

Dans les milieux favorisés, l’école est plus souvent vue comme un maillon indispensable de la projection dans le futur : elle est donc davantage source d’anxiété pour le jeune et lieu d’investissement familial. C'est moins souvent le cas dans les familles défavorisées qui éprouvent plus de difficultés à se projeter dans l’avenir et à concéder à l’école un rôle dans cette perspective. Pour elles, l’école est plus aisément un symbole d’ennui et de contrainte qui se traduit tantôt par un mal-être, tantôt par la recherche du plaisir en dehors de l’école.
Puisque le degré d'insatisfaction augmente avec l’âge, les auteurs de l’étude estiment que l’école est finalement mieux adaptée à l’enfance qu’à la fin de l’adolescence. « La question qui se pose, ajoutent-ils, est de savoir si l’institution scolaire, telle qu’elle est conçue, est apte à répondre aux besoins et à l’épanouissement des jeunes en fin d’adolescence. L’adolescence est une période au cours de laquelle les jeunes vont faire de nouvelles expériences, parfois s’essayer à des substances psychotropes, parfois brosser les cours. Dans cette phase de développement, de prise d’autonomie, l’école peut s’avérer une structure de plus en plus contraignante. Les limites à respecter restent relativement les mêmes tout au long de la scolarité et les possibilités ne sont pas beaucoup plus grandes avec l’avancée en âge. Le jeune est confronté à plus de pression scolaire à l’approche de la fin de ses études secondaires tout en ne bénéficiant pas nécessairement de plus de liberté et d’autres manières de vivre ses apprentissages. »

Jean-Paul Vankeerberghen

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