Vie de parent

Tapas 2 lève le voile sur la sexualité des ados

Tapas, c'est un répertoire des associations et organismes auquel les ados, les familles et les professionnels peuvent se référer pour toute question sur la sexualité. Fort de ce succès, un deuxième opus vient juste de voir le jour : Tapas 2. L’occasion de cuisiner Olivier Gatti, directeur du Centre d'Éducation en Milieu Ouvert asbl (CEMO) sur ce nouvel ouvrage.

Tapas 2 lève le voile sur la sexualité des ados

Incroyable, avant le premier opus de cet ouvrage, il n’existait aucun document complet pour guider nos jeunes dans leur sexualité ou leur grossesse. De ce besoin Tapas est né des mains et réflexions d'Olivier Gatti, directeur du Centre d'Éducation en Milieu Ouvert asbl (CEMO).

Tapas est né d’une réalité de terrain ?
Olivier Gatti :
« Parfaitement. Au départ il s’agit d’un tout petit projet. On parlait juste d’un fascicule qui regrouperait les points essentiels révélés par des problématiques auxquelles nous sommes confrontés au quotidien. Au CEMO, nous rencontrons des ados, des parents, des familles qui font face à toutes sortes de difficultés, dont on est le relais et auprès de qui nous apportons nos services. Le petit document de départ s’est donc muté en un véritable ouvrage, suite à un appel à projet du CAAJ (Conseil d'arrondissement de l'aide à la jeunesse). Je dois avouer que nous ne nous attendions pas à un tel succès. Ce qui plaît, c’est qu’il aborde tout le spectre pratique de la sexualité à la naissance. On ne le parcourt pas de long en large, on le grignote, en fonction de ce que l’on veut y trouver. D’où le nom Tapas ! »

Pouvez-vous évoquer quelques situations qui vous ont poussés à mener un tel projet ?
O. G. : « Nous sommes souvent sollicités par de futures mères adolescentes qui ne savent pas comment trouver une crèche, comment faire avec leur propre école en cas d’expulsion ou qui sont rejetées par leur famille. À force de rencontrer des personnes de différents horizons, de différentes cultures familiales, on a fait le constat qu’une partie de la jeunesse n’a pas accès aux informations essentielles délivrées par le planning familial, par exemple. Beaucoup ne savent pas à quelles structures s’adresser. Il faut dire aussi que dans certaines de familles, c’est tabou. Quelques parents vont même jusqu’à interdire à leurs enfants de se rendre aux journées de sensibilisation à la sexualité, à l’école. »

Du coup, votre idée c’est de compiler toutes les questions auxquelles vous êtes confrontés ?
O. G. : « Exactement. On comprend qu’il y ait une telle méconnaissance chez certains jeunes : les informations sont trop morcelées. Il n’y a pas d’explication d’ensemble et il n’existe aucune cohérence entre les informations. À la question « Est-ce que je peux attraper le sida en embrassant ? », il nous est arrivé de lire que oui. Sur des documents de professionnels de la santé ! C’est quand-même incroyable de se dire que cette jeunesse a accès, par exemple, à un contenu porno sans limite, mais que paradoxalement, ils ne sont absolument pas informés sur la sexualité. »

Un volet pour les jeunes, un volet pour les pros

En quoi est-ce que ce guide fait avancer les choses ?
O. G. : « Pour le premier, nous avons abordé absolument toutes les questions que les jeunes se posent. Nous sommes le fil rouge, le lien entre toutes les interrogations. Nous sommes partis de problématiques très concrètes : « Accepter sa grossesse », « La vivre en milieu scolaire », « Le suivi médical », « Trouver un logement », etc. Le problème que nous avons rencontré pour le premier, c’est que nous sommes restés purement Saint-Gillois. Nous nous sommes donc heurtés à des limites, tous les acteurs ne se trouvent pas dans une seule commune, vous le pensez bien. La nouvelle mouture Tapas couvre tout Bruxelles, elle est présentée sur deux volets : un premier destiné à la jeunesse et l’autre, plus épais, qui s’adresse aux professionnels. Même si cela dépasse notre champ de compétences, cela nous permet d’aller au bout de notre démarche. »

Quel retour avez-vous auprès des jeunes et des familles ?
O. G. : « Évidemment, nous avons toujours des sceptiques qui vont d’abord envisager les débordements. Certains parents et professionnels craignent que l’on donne des idées aux jeunes. Alors quoi ? On ne fait rien, on ne dit rien et on n’informe pas ? Nous avons conçu cet objet de manière à ce qu’il ne ressemble pas à un manuel santé. Un jeune peut se balader avec l’ouvrage dans la rue sans que l’on se dise qu’il consulte un répertoire sur la sexualité. Et d’un autre côté, on aime l’idée qu’il puisse servir de média pour certaines familles. On le laisse traîner à la maison et on aborde les sujets sans tabou ou presque. Notre objectif principal, c’est celui-là : être un outil d’accompagnement pour toutes les familles. »

Et alors à quand un Tapas 3 qui couvre toute la Belgique ?
O. G. : « (Rires) Pour bientôt j’espère. On veut bien aider, mais ça ne se fera pas par notre entremise, c’est un travail de coordination énorme. En attendant, toutes les problématiques que nous évoquons ne s’adressent pas qu’aux jeunes Bruxellois, bien sûr. Ce Tapas 2 s’adresse aux ados concerne tous les jeunes concernés par la sexualité, la grossesse et la naissance. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

Où se procurer Tapas 2 ?

Au CEMO, sur simple demande. Et gratuitement, cela va de soi.
CEMO : rue de Parme, 86 à 1060 Saint-Gilles - 02/533 05 60 - cemo@cemoasbl.be.

Sur le même sujet

Porno à l’école, quelle position adopter ?

Il y a quelques semaines, une idée a embrasé la toile. Christian Graugaard, professeur de sexologie de l'université Aalborg au Danemark, a proposé que les écoles publiques diffusent des films pornographiques aux enfants, à partir de 13 ans. De l’Europe aux États-Unis, en passant par la Belgique, les médias se sont empressés d’asperger le web de dépêches, sans amorcer le moindre débat. Nous avons donc réuni différents psys, professionnels du terrain, profs et parents autour du sujet.