9/11 ans

TDA-H : « Parents, vous n’êtes pas
seuls » !

Yaël n’entend que des reproches. « Trop lent. Oublie ses affaires. Perturbe la classe. Constamment agité. Dans la lune »… Toujours trop, encore trop peu : le PMS évoque un possible trouble de l’attention. La famille s’engage sur un chemin balisé à la fois d’angoisses et de soulagement : il y a bien « quelque chose », mais à présent, « comment faire » ?  

TDA-H : « Parents, vous n’êtes pas seuls » !

Ouf ! Pour les parents de Yaël, le comportement de leur fils a enfin une explication. Puis vient l’angoisse : va-t’il s’en sortir ? Premier réflexe : s’informer en surfant sur des sites spécialisés. Comportements, symptômes, tout semble concorder. Va-t-il devoir prendre des médicaments ? Être inscrit dans une école spécialisée ?
Corinne Catale est neuropsychologue, experte TDA/H (Trouble de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) pour la province de Liège et agent de liaison pour le réseau REALiSM (Réseau enfants adolescents Liège santé mentale). Quant à Dominique Potelle, neuropsychologue, elle est experte TDA/H pour le Brabant wallon et agent de liaison pour le réseau Archipel.
Chargées de mission dans le cadre de la nouvelle politique de santé mentale pour enfants et adolescents, elles font partie de l’équipe qui a étudié les réalités et les besoins du terrain concernant le TDA/H, et qui propose, entre autres, un outil visant à promouvoir la cohérence nationale dans les pratiques de diagnostic et de prise en charge du TDA/H chez les enfants et ados basé sur un constat : « Pour poser un diagnostic sérieux, il faut s’adresser à une équipe pluridisciplinaire ».
Il s’agit d’une étape cruciale, car pour les parents, le diagnostic permet de mieux comprendre leur enfant, ses réactions, de déculpabiliser et de lui venir en aide en réagissant différemment à ses comportements. Pour le jeune, c’est un véritable soulagement de comprendre que tout n’est pas de sa faute, qu’il ne le fait pas exprès…

Intensité, permanence, souffrance

Dans une classe de 25 élèves, en moyenne, un enfant au moins présente un trouble de type TDA/H. La littérature montre que cet enfant est plus susceptible de rencontrer des difficultés cognitives, motrices, émotionnelles ou sociales, qui vont parasiter ses activités, affecter son fonctionnement, son investissement à l'école. Ces symptômes persistent souvent pendant toute son adolescence.
Il est toutefois essentiel d’éviter les classifications hâtives : être trop turbulent ne constitue pas un motif suffisant pour poser un diagnostic précisent les spécialistes. « Le TDA/H est un trouble neuro-développemental qui se caractérise par trois types de symptômes, combinés ou non : les symptômes d’inattention, d’hyperactivité et d’impulsivité. Il doit être observé avant l’âge de 12 ans et n’est déclaré qu’à l’exclusion de toute autre pathologie, qui pourrait avoir des expressions similaires. Rapidement distrait, l’enfant a du mal à rester concentré, à se conformer aux consignes, il fait de ‘bêtes fautes’, égare ses affaires. Il souffre aussi d’agitation motrice : il a constamment besoin de bouger, remue, se tortille, s’exprime de façon excessive, supporte mal les situations de repos. Enfin, il est incapable d’attendre son tour, se précipite pour répondre, interrompt les autres dans leurs conversations ou leurs activités. Ce qui ‘signe’ un TDA/H, c’est le caractère intense de ces manifestations, la souffrance qu’elles engendrent (désorganisation, perte d’estime de soi, mise à l’écart, perturbations du sommeil…) et leur impact sur plusieurs environnements, l’école, la maison, les autres activités », expliquent Corinne Catale et Dominique Potelle. Ce sont des enfants qui sortent du moule, que l’on catalogue souvent comme étant mal éduqués, agaçants, démotivés, paresseux…

Décloisonner et associer les parents

Corinne Catale et Dominique Potelle exhortent les parents à se méfier des diagnostics trop rapides : « ll est très important que l’enfant soit évalué dans toute sa complexité. Le diagnostic prend du temps et doit être posé par une équipe pluridisciplinaire, dirigée de préférence par un·e spécialiste, neuro-pédiatre ou pédopsychiatre ».
Malheureusement, il faut encore dénoncer trop de dérives, avec des diagnostics parfois posés en quinze minutes. Et souvent avec une prescription à la clé… Une fois le diagnostic établi, on oriente la prise en charge, qui sera adaptée à la situation particulière de l’enfant. « En s’intéressant à l’impact du trouble, l’équipe va réaliser une évaluation psychoaffective, logopédique, neuropsychologique, en psychomotricité, etc., avec le concours des parents et des proches ».
Un des points majeurs de la nouvelle politique, c’est de rendre du pouvoir aux usagers, qui seront les premiers acteurs et partenaires de la prise en charge. Dans le cadre de la sensibilisation aux TDA/H, les différents experts de toutes les provinces belges ont développé une série d’outils (grille d’anamnèse, etc.), dont un carnet de liaison dans lequel tous les intervenants peuvent synthétiser leurs commentaires. Décloisonner permet de gagner en temps et en efficacité.

Le trouble à l’adolescence

Et quand on n’a « rien vu avant » ? Le passage en secondaire révèle les TDA/H qui n’auraient pas encore été diagnostiqués. Dans son livre Aider son enfant à être calme et attentif, Delphine de Hemptinne explique que les symptômes sont évolutifs : si les comportements sont mieux maîtrisés, les exigences environnementales pèsent plus sur les difficultés attentionnelles.
Changement de rythmes, nouvelles exigences en matière d’organisation et d’autonomie, les ados qui parvenaient à compenser ne s’en sortent plus. Leur hypersensibilité est exacerbée : ils ont du mal à contrôler leurs émotions, à créer des relations, souffrent plus encore de leur différence. Et dans cette période de fragilité, ils sont plus susceptibles encore que les autres d’adopter des comportements à risque, se mettent plus facilement en danger.  

Prise en charge multiforme

Sur base du bilan pluridisciplinaire, les spécialistes vont proposer un plan d’action qui peut suivre trois axes, tenant compte des forces et faiblesses de l’enfant : un éventuel traitement médicamenteux, un traitement thérapeutique et une réflexion sur des aménagements de l’environnement.
« Dans les cas où les troubles perturbent fortement la scolarité et la vie de l’enfant, le médecin prescrit un psychostimulant comme la Rilatine, qui entraîne une amélioration de la concentration et calme l’agitation. Il veillera à l’accompagner de programmes de psychoéducation ou d’autres types de prise en charge, que l’on prescrit dans les cas moins sévères, comme des thérapies brèves (gestion des comportements), ou des thérapies familiales ». Enfin, la collaboration avec l’école permet de mettre en place des aménagements pédagogiques.

Aya Kasasa

Dans le vif

Paul Leurquin : « Un enfant difficile exprime ses angoisses »

Directeur d’école dans l’enseignement spécialisé, Paul Leurquin a travaillé trente ans avec des enfants aux comportements difficiles. « Nombre d’enfants qui arrivent en éducation spécialisée sous Rilatine ne devraient pas l’être. Après observation de quelques semaines, nous demandons toujours un bilan chez un neuro-pédiatre. Souvent, les médicaments peuvent être évités si l’on travaille sur les sentiments de sécurité, d’appartenance et d’estime de soi. Bien entendu, nous avons aussi des enfants hyperactifs pour lesquels la Rilatine a un effet bienfaisant ! Mais là où je suis un peu révolté, c’est que l’idée de médicament miracle empêche certains parents de remettre en question leur système éducatif. Dans mon expérience, les enfants qui ont des comportements difficiles sont des enfants angoissés. Violence verbale, physique, agressivité, inhibition, opposition systématique : ces comportements qui nous dérangent et qu’on ne comprend pas expriment quelque chose. L’enfant nous envoie un message, révèle l’essence même de ses angoisses. Nous travaillons systématiquement en équipe pluridisciplinaires, notamment avec des pédopsychiatres, des neurologues, ce qui nous permet de porter un regard particulier et d’organiser un suivi thérapeutique deux fois par semaine. Cette approche permet aux enseignants de comprendre ce qui se joue chez l’enfant difficile, de traduire l’expression de son mal-être.
En tant que parents et enseignants, face à un enfant difficile, on est soumis au stress. La réponse de l’adulte est généralement d’aller chercher dans ses propres défenses, d’être en réaction : on s’oppose, on gronde, on punit. Or, il faut chercher à comprendre, pour mieux réagir. Non pas pour excuser le comportement de l’enfant, mais l’accepter avec sa différence et le soutenir activement. L’enfant qui s’exprime ainsi est toujours dans une spirale négative : au moins, on s’est intéressé à lui. À nous d’inverser la tendance, en évitant le contre-transfert négatif, les punitions, le dénigrement, les fessées ou les moqueries qui replongent l’enfant dans toute les difficultés qu’il nous fait subir. Perdus, sans solutions, on tourne en rond, chacun dans son rôle. Il faut sortir de cette façon de penser et d’agir, pour éviter le stress et la culpabilité ».

EN SAVOIR +

Le TDA/H en bref

  • 70 % des personnes souffrant d’un TDA/H souffrent d’un ou plusieurs autres troubles d’apprentissage.
  • Le trouble de l’attention empêche l’enfant de se concentrer sur une tâche. Il peut être accompagné d’hyperactivité : l’enfant a alors une forte tendance à s’agiter, plusieurs fois par jour et dans différents contextes (école, maison, amis...)
  • Le TDA/H dure dans le temps : les symptômes surviennent avant 12 ans et perdurent durant l’adolescence et l’âge adulte.
  • La médication utilisée à bon escient permet de réduire 80 % des symptômes.
  • Les garçons sont mieux diagnostiqués que les filles (5 à 7 % contre 2 à 4 %), car étant plus inattentives qu’hyperactives, elles montrent moins de signes visibles du trouble.
  • L’environnement dans lequel grandit l’enfant (famille, éducation) influence la sévérité des symptômes et leur évolution. 

Aider son enfant à être calme et attentif. 50 fiches contre l’hyperactivité et le TDA/H, Delphine de Hemptinne (De Boeck Supérieur).

ACTU

Petit trafic de Rilatine

« Dans ma classe, des élèves achètent des comprimés de Rilatine pour mieux étudier ». La période est propice : le centre antipoison met en garde les étudiants tentés de se procurer du méthylphénidate dans l'espoir d’améliorer leurs performances aux examens. « Le jeu n’en vaut pas la chandelle », peut-on lire sur son site, car « utiliser ce médicament hors prescription signifie s’exposer à de nombreux effets indésirables et à un risque d’accoutumance et de dépendance avec son cortège de problèmes. De plus, même si un effet limité sur la concentration a été observé rien ne prouve que cela influence de manière positive les résultats obtenus ». Le centre fait référence à une étude montrant une augmentation de la concentration mais une diminution de la capacité à faire des raisonnements complexes dont on a besoin pour beaucoup d’examens. Avant de conclure : « Bien gérer son temps et au besoin demander de l’aide vaut mieux que recourir à un médicament hors prescription ». À bon entendeur…
Infos : 070/245 245 - centreantipoisons.be

En savoir +

  • Infos et ressources sur trajet-tdah.be. Avec les contacts des professionnels près de chez vous : ‘RHESEAU’ pour le Hainaut, ‘REALiSM’ pour Liège, ‘Matilda’ pour le Luxembourg , ‘Kirikou’ pour Namur, ‘Bru-Stars’ pour Bruxelles et ‘Archipel’  pour le Brabant Wallon .
  • Biblio : Mon cerveau a besoin de lunettes, Annick Vincent (Québecor).