Vie de parent

Télétravailleurs, télétravailleuses...
et parents

Chapeau, les parents ! Moins de 2 % d’élèves en maternel et primaire. Presque 0 % en secondaire. Le message de prudence lancé par les autorités est bien passé. Ainsi que l’appel à privilégier le télétravail quand c’est possible. Oui, mais travailler et s’occuper des gosses, voilà qui change nos habitudes.

Télétravailleurs, télétravailleuses et… parents

S’ils sont conscients de la situation d’urgence, certains parents s’interrogent sur leurs capacités à rester non-stop avec leur(s) enfant(s) tout en télétravaillant. 

« J’ai une fille de 9 ans très autonome, nous confie un papa, et une gamine de 2 ans et demi. Celle-ci nous sollicite tout le temps. On doit trouver des jeux, des activités constamment. La plus grande difficulté, ce sont les moments de transition et de mise en route. On a décidé de la solliciter davantage pour le partage des tâches, comme simplement passer une éponge sur la table du dîner. Une manière de l’occuper, tout en l’éduquant. Mais je compte vachement sur ses siestes pour pousser sur l’accélérateur au niveau du boulot. »

« C’est vraiment une situation inédite, explique cette cheffe d’un service de comptabilité. Avec mon mari, éleveur de Blanc Bleu Belge, nous avons décidé de faire des tournantes. Honnêtement, il a un peu peur de ne pas y arriver si ça dure trop longtemps. Et, heureusement, mon patron a accepté que je m’arrange ainsi. » 

Pragmatique, une autre maman insiste : « Le parent devrait s’isoler dans un espace de travail spécifique si c’est possible. J’ai la chance que mon mari est également à la maison, mais si ça tourne au vinaigre entre nos deux enfants, je vais devoir apprendre à lâcher prise car j’ai l’habitude d’intervenir. Les enfants aussi vont devoir essayer de faire comme si maman n’était pas là. En fait, on va être en mode week-end permanent et être à temps plein avec des enfants est pour moi plus fatigant qu’aller au boulot. J’ai prévenu mon supérieur que je ne pourrais pas consacrer la même énergie et le même temps en télétravail dans ces conditions, ce qu’il a bien compris ».

Des situations comme celles-là, on aurait pu en énumérer des dizaines. N’hésitez pas, d’ailleurs, à nous confier vos réalités de télétravail sur redaction@leligueur.be. La Ligue des familles, de son côté, se mobilise pour un congé parental spécifique. Le Ligueur a également épinglé l’initiative de parents de créer une charte avec leurs enfants. Un pacte. Une sorte de règlement d'ordre intérieur... 

Confiance et dialogue

Si les témoignages sont nombreux, c’est aussi parce que les réalités familiales et professionnelles sont très variées. Malgré un cadre juridique clair, le télétravail ne peut jamais s’appliquer de la même façon partout. De plus, relève Bauduin Auquier, président de l’École des sciences du travail de l’UCLouvain, qui a également une expérience de DRH dans des entreprises, « la situation est tout à fait exceptionnelle. Cela appelle les organisations à faire plus confiance. Ne pas avoir le travailleur sous la main est en opposition avec le besoin de contrôle. Pourtant, les études montrent que les abus des collaborateurs sont très limités. Une réorganisation comme celle que nous connaissons repose sur la notion de confiance. Le management devrait partir du principe que son collaborateur va travailler. Malheureusement, il y a de nombreuses entreprises qui n’avaient pas de politique de télétravail et qui auront plus de mal à s’adapter ».

Aux yeux de l’expert, un autre aspect est essentiel : le dialogue entre les parties. D’une part, « il est important que l’employeur puisse développer des pratiques collaboratives plus marquées, organiser le travail en équipe, anticiper et fixer clairement les objectifs, expliquer comment on va partager et communiquer… Les entreprises qui ont déjà une culture du management collaboratif s’adapteront plus facilement à la situation particulière que nous traversons ».

D’autre part, « il est tout aussi important que l’employé.e dialogue avec son manager sur les difficultés qu’il rencontre. Le principe de transparence est essentiel à la réussite du télétravail ».

Espace-temps

La conciliation entre vie professionnelle et vie familiale n’est déjà pas une sinécure en temps normal. Elle se révèle encore plus complexe au quotidien aujourd’hui, puisque le parent va être confronté à l’organisation de la garde des enfants, de leur journée et de sa propre journée de travail. Premier conseil pour se « faciliter » la vie : bien séparer travail et enfant du point de vue du temps et de l’espace.

« Il faut veiller à avoir chez soi, au calme, un endroit bien défini pour travailler, idéalement une pièce ou un bureau, précise Bauduin Auquier. Du moins quand c’est possible. Et bien expliquer aux enfants que ce lieu est réservé au travail, surtout s’ils n’ont pas l’habitude de voir leur parent travailler à la maison. L’autre élément primordial, c’est le temps. En général, quand ils ne sont pas dérangés, les télétravailleurs s’y mettent à fond, en oublient les pauses ou poursuivent sur leur lancée en soirée, alors que la législation sur le travail et le bien-être continue à s’appliquer à domicile. En télétravail normal, les frontières s’estompent. A fortiori aujourd’hui. Nous entrons dans une vraie période d’expérimentation. Il va falloir penser des solutions nouvelles ». D’où l’importance de fixer un cadre et des règles avec ses enfants. Exactement comme le travailleur est censé le faire avec son employeur.

Des formules sur mesure

Tout cela demande créativité et souplesse, en gardant à l’esprit qu’il s’agit de protéger la santé des un·e·s et des autres. Dans une famille où les deux parents sont présents, soit en télétravail, soit en chômage technique, soit en congé, forcé ou non, par exemple un.e commerçant·e qui a dû cesser ses activités, etc., il est important de préserver une bonne ambiance.

« Pour le ou les parents en télétravail, explique Bauduin Auquier, on peut imaginer une forme de relais dans la prise en charge des enfants et que cette formule soit clairement explicitée à son manager. Il y a également moyen d’organiser son horaire en fonction de l’âge des enfants, s’ils vont dormir tôt, s’ils font des siestes, etc. Bon sens et pragmatisme doivent guider les décisions avec une forme d’empathie de la direction. »

C’est évidemment plus compliqué quand le parent est seul à la maison avec son enfant. « En cas de garde alternée, pour prendre un cas précis, on peut assouplir le régime de travail sur une semaine et proposer de travailler plus durant la semaine sans enfant, suggère Bauduin Auquier, le tout en concertation avec les représentants des travailleurs et des travailleuses et le département RH ».

Il y a enfin, et c’est le plus compliqué, la situation d’une famille monoparentale. Toujours en concertation et en dialogue avec le manager, les ressources humaines, « on pourrait, imagine Bauduin Auquier, créer des effets de solidarité. Avec de la transparence, du dialogue, de la bonne volonté de part et d’autre, je suis certain que les parents trouveront des solutions sur mesure ».

Michel Torrekens

En savoir +

Le télétravail a plein d’implications : pour l’employeur, pour le travailleur, pour la société. Et dans de multiples domaines. Voici un site très bien fait avec des témoignages, des pour et des contre, des chiffres, des idées reçues, etc. De quoi vous aider à imaginer des solutions à la situation que vous traversez.

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