Vie de parent

Temps de travail, congés parentaux :
les partis se positionnent

Avoir du temps libre pour s’occuper de sa famille. Préoccupation majeure affichée par les lecteurs du Ligueur. Du temps de travail obligatoire aux congés extraordinaires, voici un survol de ce que proposent les partis dans leur programme. Il y a du conventionnel. Il y aussi du moins banal. Mais fallait-il en douter, dans leurs propositions, tous les partis veulent aider les parents (qui sont aussi des électrices et des électeurs).

Temps de travail, congés parentaux : les partis se positionnent

C’est un travail de fourmi. Lorsqu’il s’agit d’explorer les programmes sous un angle bien précis, il faut du courage. Chaque parti a sa façon de rédiger le catalogue de propositions et d’intentions qu’il soumet aux lectrices et lecteurs. Ainsi, l’épaisseur du document peut aller du simple au sextuple (plus de 600 pages pour l’un des partis). Il y a les littéraires, les pragmatiques. Certains pondent un simple programme général quand d’autres diffusent une version par niveau de pouvoir. Travail de fourmi, donc.

Dans la structure même des documents, deux partis se fendent d’un chapitre clairement intitulé « Famille » : le cdH et le PS. Ce n’est pas pour cela que les autres n’en parlent pas. Au MR, par exemple, on peut lire que « soutenir la parentalité aujourd’hui, c’est aider les familles dans l’organisation de leur quotidien et chercher à apporter à chaque enfant les conditions de son plein épanouissement ». Cette phrase, elle est écrite en gras dans le chapitre… « Bien vivre au travail ». Le « Jobs, jobs, jobs » reste l’angle d’approche des bleus, même lorsqu’il s’agit de parler de famille.

Une semaine de 30 ou 38 heures ?

Mais, commençons par le commencement. Ce qui façonne essentiellement les relations entre vie professionnelle et vie familiale, c’est le temps de travail et la façon dont il s’organise. Exit les 38 heures par semaine ? Pas si vite. Si la diminution du temps de travail est au programme de certains partis, d’autres privilégient des changements à la marge. Pour le MR et le cdH, on conserve la durée actuelle, mais on évoque l’aménagement possible sur quatre jours. Plus de flexibilité donc, terme revendiqué par DéFi qui, lui, prône les 37 heures.

Ceux qui veulent une réduction plus franche devront aller du côté du PS et d’Ecolo, puisque tous deux poussent un régime de 32 heures. Sur base volontaire du côté des verts qui plaident pour la semaine de quatre jours avec embauche compensatoire. Celle-ci est de mise aussi pour les rouges qui réclament un salaire comparable dans le cadre d’une réduction collective et concertée du temps de travail. Au PTB, le message est cash : les 30 heures par semaine doivent être le « nouveau temps plein ». Sans perte de salaire. Irréaliste ? C’est ce que dit notamment le MR.

Congé de maternité : bonus pour les indépendantes

Les congés de maternité s’érigent, bien sûr, en points de programme. Plusieurs propositions à ce sujet au cdH comme, par exemple, l’assouplissement du congé, en dehors des semaines à prendre obligatoirement, pour autoriser la reprise du travail en douceur. Au MR, on veut permettre aux mères qui le souhaitent de cumuler un congé de maternité avec un mandat politique. Le PS (comme le cdH) entend supprimer la perte des jours de congé de maternité en cas de maladie. Le PTB souligne que le salaire doit continuer à être versé et que les CDD doivent être prolongés. Chez DéFi, pour la mère, les règles relatives au congé prénatal et postnatal ne changent pas.

Petite parenthèse concernant les congés de maternité pour les indépendantes. Le gouvernement de Charles Michel les avait portés à douze semaines. Le cdH et le PS veulent aller plus loin. Le premier en proposant des formules à treize ou quinze semaines, le second en rapprochant le régime des indépendantes de celui des salariées (soit quinze semaines). Par contre, on s’interroge sur la promesse du PTB de soutenir « les femmes indépendantes en accordant un congé maternité d’au moins dix semaines », soit deux de moins qu’actuellement.

Papas : les partis chouchoutent leurs congés !

En fait, ce sont les pères qui, pour ce scrutin, sont cajolés dans les programmes avec comme pour le temps de travail, une espèce de surenchère. Chez les libéraux, il est question de quinze jours dont cinq à prendre obligatoirement durant les six premiers mois de la naissance. L’indemnité octroyée serait équivalente à 100 % du salaire. On pointe vingt jours ouvrables chez le PS. Qui dit mieux ? « Il faut tendre vers les six semaines » avance DéFi, tandis qu’Ecolo déboule avec huit semaines. Champion toutes catégories ? Le PTB qui revendique quinze semaines, automatiques et payées à 100 % par l’employeur !

Globalement, à chaque fois, quel que soit le parti, c’est le même objectif qui est avancé : encourager les hommes à s’impliquer davantage dans la vie de famille. Tiens, et le cdH là-dedans ? Il fait preuve de créativité en proposant dix jours de congé de paternité assorti d’un crédit de quinze jours à se répartir entre les parents. Cette idée de partage (mais avec une certaine notion d’équité) commence à faire son chemin dans les différents programmes. On la retrouve ainsi dans le programme des socialistes avec l’idée du « bonus égalité » épinglée dans cette page. Au MR, on envisage la possibilité de céder une partie du congé parental. Bref, des dispositifs plus souples pour mieux assumer sa vie de parents. Sur ce point, la Ligue des familles insiste sur un point : attention à des systèmes de partage qui louperaient l’objectif final d’amener le père à s’investir plus dans son rôle au sein de la famille.
On le voit, il y a des principes d’égalité qui entendent jouer des coudes. Égalité de congé entre les hommes et les femmes, les salariés et les indépendants. Ce constat appelle en écho l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Une raison de plus pour que le citoyen s’assure que ces propositions, s’il y souscrit, dépassent le simple statut de promesses sans lendemain.

Les idées 

« Créer un droit au congé grand-parental. Ce congé de quelques jours permettrait de soulager occasionnellement les parents, et singulièrement les jeunes qui doivent faire face à des contraintes professionnelles à un âge où les carrières démarrent ».

« Le temps de parentalité : remplacer les congés de maternité et de paternité par un ‘temps de parentalité’ global obligatoire pour les deux parents, pour les employés comme pour les indépendants ».

« Étendre le système des crédits-temps pour revenir à la situation d’avant 2015. Le crédit-temps permet de gérer de façon souple divers événements au cours d’une vie, notamment s’occuper de sa famille ».

« Des titres-services. Tout en restant dans la limite des 500 heures par travailleur et par an et en veillant au renforcement des qualifications et à une formation adéquate des encadrant·e·s ».

« Octroyer un ‘bonus égalité’. Si le père prend l’intégralité de son congé parental, deux mois supplémentaires seront accordés aux parents, à se répartir équitablement (un mois chacun) ».

« Stimuler les entreprises et les secteurs à appliquer la semaine de 30 heures. Sélection de 1 000 entreprises qui osent sauter le pas. Les entreprises audacieuses, tournées vers l’avenir, reçoivent un soutien financier et un coaching intensif ».

 

Thierry Dupièreux

L’avis de l’expert

Pierre Verjans, politologue à l’université de Liège

« Ce qui est intéressant dans votre approche, c’est qu’elle met en avant l’importance du travail dans la structure des programmes. Il en vient même à structurer les propositions sur la famille qui, a priori, semble éloignée de cette sphère-là. On sent ainsi que DéFi et le MR sont fort centrés sur la compatibilité avec le boulot, avec un angle d’attaque plus du côté de l’employeur (flexibilité).

À l’opposé, le PS et le PTB prennent, de façon forte et sans surprise, l’angle ‘travailleurs’. Entre les deux, on retrouve le cdH qui se définit fort par rapport à la famille en tant que telle, tandis qu’Ecolo se positionne davantage par rapport au temps que l’on peut dégager pour ce qu’il y a en dehors du travail, c’est-à-dire la famille, mais aussi l’associatif, l’engagement citoyen. C’est assez révélateur des axes tracés par les différents partis et de la position de ceux-ci par rapport au monde du travail. »  

Le congé de conciliation

Dans notre précédent numéro, nous avons évoqué le congé de conciliation. Il s’agit d’une idée lancée par la Ligue des familles dans la perspective du scrutin du 26 mai. Au centre de la proposition, la mise en place d’un nouveau congé « de conciliation » pour répondre aux imprévus du quotidien, comme celui qui prend la forme d’un enfant malade ou d’un grand-parent dont il faut s’occuper d’urgence.

Pour mémoire, tous les partis étaient ouverts à l’idée avec, néanmoins, des modalités d’application en fonction de l’ensemble de leurs propositions et de leurs sensibilités. Pour l’intégralité des réponses, vous pouvez donc vous replonger dans le numéro du 30 avril.

En résumé, on peut dire le MR était ouvert à l’idée, tout en insistant sur l’importance d’une consultation avec les différentes parties impliquées (notamment les employeurs) et en tiquant sur le non-besoin de justification de ces « jours de congé ». DéFi reprenait presque texto (en le citant) le texte de la Ligue des familles, relayant la base d’un quota de huit heures par an de congé de conciliation. S’il se retrouvait au gouvernement, le cdH promettait de réaliser une étude sur le sujet, Ecolo l’inscrivait à l’agenda et le PS le soutenait dans le cadre de l’accord de majorité. Quant au PTB, il voulait aller plus loin (c’est décidément une constante), insistant sur sa règle du « nouveau temps plein » de 30 heures par semaine.