9/11 ans

Tous debout contre la position assise !

Le kinésithérapeute Renaud Scholzen se consacre tout entier à lutter contre les méfaits de la position assise. On lui doit d’avoir assis des élèves sur des ballons, puis sur des coussins d’air. Rencontre avec ce professionnel plus déterminé que jamais à combattre le vrai mal du siècle. La position assise tue davantage que le tabac. Et son travail de sape commence dès le plus jeune âge.

Tous debout contre la position assise !

Depuis quand cette satanée position assise tarabuste-t-elle donc Renaud Scholzen ? « Avant même d’exercer, explique-t-il. Ma future épouse avait participé à une thèse où il s’agissait d’évaluer la fatigue des disques intervertébraux en fin de journée. Nous perdons en effet deux centimètres en moyenne entre le matin et le soir. Les disques sont spongieux. Ils se vident à cause de la pression accumulée sur eux au fil d’une journée. D’où l’intérêt d’une nuit réparatrice. D’où, aussi, l’importance de ne pas les solliciter systématiquement en fin de journée par du sport ! »
Le sujet ne le quittera pas. Jeune kiné, il reste interloqué par des radios de colonnes vertébrales très abîmées chez des adolescents. Son souci de formation continue le conduit en Allemagne, où la prise en charge médicale n’est pas couverte comme chez nous par les mutuelles, mais par des sociétés d’assurances. Lesquelles ont pris la mesure de l’importance de la prévention des maux de dos.
Renaud Scholzen en revient plus déterminé que jamais à rappeler à ses patients que nous sommes les descendants d’ancêtres chasseurs, qui passaient leurs journées debout, à se mouvoir. L’héritage est lourd pour ceux et celles qui se sont sédentarisés à outrance.
« Ce qui est fondamental pour moi, insiste-t-il, c’est de soulager les douleurs des patients dans un premier temps, mais ensuite de repositionner le corps des patients, de le remobiliser. Un travail fondamental sans lequel toute prise en charge ne sert à rien, sauf à s’attaquer aux symptômes, non à la cause. »

Sonner le tocsin

Depuis quelques petites années à peine, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Sonnent le tocsin plutôt, selon les termes de Renaud Scholzen. La position assise prolongée coûte la vie à 1 200 000 Européens, quand on évalue la mortalité causée par le tabac à 750 000 d’entre eux (même si le chiffre doit être revu à la hausse à la lumière de nouvelles études qui établissent un lien entre le tabac et de nouvelles causes de mortalité).
« Chez les jeunes, on s’est beaucoup ému de la question du poids du cartable, rappelle Renaud Scholzen, alors qu’elle est tout à fait périphérique. Pour un enfant, rester assis, c’est porter le poids du haut de son corps des heures durant sur ses lombaires. C’est la durée qui coûte à la santé. Quand on porte son sac, c’est épisodique. Le débat autour du poids du cartable, c’est limite de l’intox. »
Clairement, il est urgent d’agir le plus tôt possible dans la vie. « Même si on a toujours une longueur de retard, puisque nous sommes faits pour bouger. Très tôt, les enfants sentent ce qui est bon pour eux comme posture. Regardez les petits replier les jambes sous eux. C’est la position favorable pour le bassin et la colonne vertébrale. Se demande-t-on pourquoi des enfants ne parviennent pas à rester assis ? Au lieu de poser un diagnostic d’hyperactivité, pourquoi ne pas investiguer et songer à un problème mécanique que le fait de bouger sur son siège compense ? Après un traitement personnalisé, proposer un coussin adapté à des enfants dits hyperactifs, je vous assure que c’est parfois une solution toute simple. »

Le fameux coussin

Après avoir testé le ballon gonflable (difficile à répandre en classe et pâtissant auprès des enseignants d’une réputation d’accessoire de cirque), le coussin en caoutchouc (qui n’était pas favorable pour la fertilité des petits garçons), Renaud Scholzen est prêt à présenter aux yeux du monde et aux fesses de chacun, petits et grands, un nouveau modèle de coussin sur air. Il restera à convaincre le public… et les responsables politiques !
Le coussin n’est pas le seul outil de l’offensive que compte bien mener le kinésithérapeute. Il y aura aussi du matériel d’animation et du matériel audio-visuel. Mais aussi la création de la carte d’identité du dos des enfants et des ados qui, selon ses caractéristiques, peut donner lieu à des remédiations encadrées grâce au cours d’éducation physique. Un coussin plutôt qu’un siège ergonomique ? « Tout à fait. Notre position assise est aussi particulière que notre empreinte digitale. Aucun siège ne pourra dès lors convenir à tout le monde. Le coussin s’adapte à ceux qui l’utilisent. »

Le cerveau et tout le reste

Le cerveau aussi souffre de la position assise. « Or, que fait-on à l’école ? Là où il faudrait tellement être au maximum de ses capacités mentales… Je pense que ceux qui font de longues études pourraient tellement faire mieux que se handicaper eux-mêmes en étant assis si longtemps au cours, et puis pour étudier ! Il est aussi urgent d’établir un rapport entre la sédentarisation galopante d’après-guerre et le développement de la maladie d’Alzheimer. »
L’hyperlordose de la colonne cervicale entraîne une mauvaise vascularisation du cerveau. De plus, la stabilisation de la température dans le cerveau n’est pas optimale, puisque c’est le sang qui « refroidit » le cerveau, lequel fonctionne à une température plus élevée que le corps à cause de sa consommation d’oxygène et de sucre.
Outre le cerveau, la position assise compte d’autres victimes : le diaphragme, l’œsophage, l’estomac, la vessie… De quoi sans plus tarder redevenir des hommes et des femmes debout, prêts à se lever le plus souvent possible. De quoi réapprendre qu’être debout et marcher nous est la plus naturelle des postures. Alors, plusieurs fois par heure si possible, téléphonons debout, restons debout dans les transports en commun, marchons à la moindre occasion. Et, surtout, faisons passer le message aux enfants, en les laissant gambader pour leur plus grand bien.

Véronique Janzyk

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