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Tous égaux en faisant
les devoirs à l’école ?

L’égalité des chances progresse entre les élèves. Mais l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles reste discriminatoire. Pour vaincre les inégalités, la Ligue des familles propose d’intégrer les devoirs dans le temps scolaire.

Tous égaux en faisant les devoirs à l’école ?

Les inégalités se réduisent entre les élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), selon une étude de l’Institut Itinera. L’écart « riche-pauvre » entre les deux communautés, flamande et francophone, se réduit, a constaté Jean Hindriks, économiste à l’UCL. La ségrégation sociale, qui était en hausse en Communauté française entre 2003 et 2009, repart à la baisse depuis 2009.

Même si cet écart diminue, la Belgique est tout de même médaille d’argent, avec un taux de ségrégation de 42%.

Revoir le décret inscription

Pour la Ligue des familles, la situation de la Belgique reste catastrophique en matière d’égalité des chances à l’école par rapport aux autres pays de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques). L’association pointe du doigt le décret inscriptions et la politique de filtre et de sélection de profils d’élèves par certains établissements scolaires. « L’objectif de mixité sociale dans nos écoles ne peut faire l’économie d’une révision des modalités d’inscription dans les écoles secondaires.

Ce qui suppose que le nombre de places soit suffisant. La programmation de nouvelles places d’école pour répondre au boom démographique représente une opportunité de créer des places à certains endroits et dans certaines conditions qui favorisent la mixité. Ne pas intégrer un objectif de mixité et courir tête baissée pour répondre à l’urgence, c’est prendre le risque de cliver davantage notre système scolaire », avance Delphine Chabbert, directrice du service Études de la Ligue des familles.

Revoir les rythmes scolaires

Pour l’association, la mixité scolaire et sociale permet de tirer tout le monde vers le haut. « Mais un décret ne suffit pas. Il faut aussi que les écoles soient outillées – de moyens financiers et pédagogiques adaptés – pour y répondre car les profs donnent cours à plein de profils différents… ».

La Ligue des familles revendique une politique de mixité sociale dès la maternelle, pas seulement en 1re secondaire, et regrette la logique de concurrence et d’évaluation des élèves dès la 2e primaire. « C’est pervers : les élèves sont classés entre eux et ceux qui perdent sont dévalorisés, ce qui est lié à la question de l’échec scolaire ».

Pour résoudre le problème des inégalités scolaires, la Ligue des familles revendique également la réforme des rythmes scolaires afin d’intégrer les devoirs dans le temps de l’école. « Cela permettra de lutter contre les inégalités puisque les élèves seront aidés à l’école, par des professionnels. Actuellement, les établissements scolaires ne disposent pas des outils pédagogiques suffisants pour aider les élèves qui sont en difficultés. Ça laisse la porte ouverte aux inégalités entre les familles qui ont les moyens d’offrir une remédiation à leur enfant et les autres. »

Le tronc commun : naïf ?

Selon l’étude de l’UCL, les filières ont un impact sur la ségrégation à hauteur de 50% en Flandre et de 20% en Communauté française. Elles expliquent donc le phénomène de manière partielle. Pour l’économiste, cela signifie que l’allongement du tronc commun jusqu’à la fin de la troisième secondaire – une mesure prônée par la ministre de l’Enseignement Joëlle Milquet (CdH) – est  une solution « naïve ».

Pourtant, des chercheurs de l’ULB qui avaient étudié les résultats de l’enquête Pisa 2012, estimaient, eux, qu’un vrai tronc commun (de la 1re primaire à la 2e secondaire) permettrait, notamment, de renforcer la mixité sociale à l’école. Ils avançaient d’autres pistes :

  • avoir de bons enseignants dans chaque école ;
  • avoir les meilleures équipes dans les écoles où les défis sont les plus importants : que les enseignants les plus expérimentés donnent cours dans les classes les plus difficiles ;
  • fournir un enseignement qualifiant, mais qui soit un choix positif.

Autant de pistes qui demandent à trouver écho et réflexion autour des la table des nouveaux gouvernements régionaux, afin que tous nos enfants jouissent d’un enseignement de qualité.

Stéphanie Grofils

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Refondation de l’école

Plus globalement, la Ligue des familles appelle à la refondation de l’école.

Tronc commun : les politiques l’ont défendu

Avant les élections du 25 mai, le CdH, ainsi qu’Écolo, le MR et le FDF défendaient l’aménagement du système actuel : le tronc commun de la 1re primaire à la fin de la 2e secondaire.

  • Le CdH : « Un 1er degré davantage commun, par le renforcement de la formation commune, et davantage ouvert aux différentes formes d’intelligences et d’expressions ». 
  • Ecolo : « Un véritable tronc commun » jusqu’à 14 ans, avec une formation pluridisciplinaire et la valorisation des filières qualifiantes et des métiers liés à celles-ci, afin de favoriser l’orientation positive.
  • Le MR : « un 1er  degré restauré dans son rôle de degré d’observation et un retour aux trois filières à finalité spécifique (générale, technique et professionnelle) ».
  • Le FDF : « Remanier le 1er degré de manière plus souple et plus flexible », soit un continuum pédagogique pour « assurer une orientation pertinente à 14 ans ».
  • Le PS : allonger le tronc commun « au moins jusqu’à une 3e secondaire » (15 ou 16 ans) et lui donner une dimension polytechnique (cours de technique et de technologie pour tous).
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