Tout va bien pour Yves Barbieux

« Bonjour tout va bien, j’ai mes dix doigts, mes deux mains, mes deux yeux encore fatigués comme tous les matins ». Chaque matin, des dizaines et des dizaines de petits écoliers de maternelle entonnent cette chanson entraînante. Derrière cette ritournelle, un groupe, les Déménageurs. Et derrière ce groupe, notre rencontre de la quinzaine, Yves Barbieux.

Tout va bien pour Yves Barbieux

Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre l’auteur d’un vrai tube musical. Yves Barbieux est un de ceux-là. C’est ce jeune quadra qui a écrit les paroles et composé la musique de Bonjour tout va bien, un hit incontournable chez les 3-6 ans depuis maintenant quinze ans. Quinze années également marquées par un tas d’autres chansons des Déménageurs, le groupe qu’il a formé, fredonnées par des milliers d’enfants, que ce soit à la crèche, à l’école, à la maison ou en voiture.
Cette belle réussite, l’artiste l’explique par un simple « J’étais au bon endroit au bon moment et avec les bonnes personnes ». Le bon endroit, c’est La Chaise Musicale, l’asbl bruxelloise qui propose de l’initiation à la musique pour les enfants. Yves Barbieux y travaille comme animateur musical, à la sortie de ses études de pédo-psychologie. Le bon moment, c’est en 1998, date à laquelle il y a alors une place à prendre dans le créneau des tout-petits en matière de chanson jeune public. Les bonnes personnes, ce sont un représentant d’une maison d’édition et un autre d’une boîte de production.

De la scène aux coulisses

« J’avais présenté un autre projet à ces gens, mais ils voulaient quelque chose pour les tout-petits. Moi, dans mes cartons, j’avais un CD avec une dizaine de titres que j’avais fait avec la Chaise Musicale. Des chansons que j’avais composées parce que je voulais travailler avec les enfants sur la base de trucs à moi. Dans le lot, il y avait Bonjour tout va bien qui a vite marché. Et voilà, c’était parti ! »
D’abord présent sur scène avec les Déménageurs, le groupe formé pour chanter ce premier album, Yves Barbieux quitte assez rapidement la lumière des projecteurs pour l’ombre des coulisses. N’allez pas croire que le garçon est timide, c’est simplement qu’il mène de front plusieurs projets. Le plus connu est sans aucun doute Urban Trad, qui représente la Belgique au concours de l’Eurovision 2003 et termine sur la deuxième marche du podium avec une musique world, teintée d’inspirations celtiques.
Auteur, metteur en scène, producteur, musicien - ses instruments de prédilection sont la flûte traversière et la cornemuse -, Yves Barbieux se définit assez facilement comme touche-à-tout, hyperactif et impatient. Tiens, est-ce que tout cela est finalement compatible avec le métier de musicien qui, s’il se doit d’être créatif, se doit aussi d’être précis et de se conformer à une certaine « grammaire » musicale ?
À cette question, la réponse est forcément oui. Le côté bordélique et trop plein d’énergie de notre homme est canalisé par l’obligation d’avoir une base musicale solide, donc de passer par des gammes, de la répétition, de suivre les règles d’une portée. Mais derrière cela, il est un point fondamental, une sorte de fil conducteur qui suit Yves Barbieux dans tout ce qu’il entreprend : le plaisir.

Un mouvement perpétuel

« C’est un impératif sans lequel je suis incapable de travailler. Pour ça, la musique est un super métier. D’un côté, je prends un pied monstrueux à composer parce que le son est un truc qui me fascine ». Il suffit d’ailleurs qu’il prenne sa cornemuse pour jouer quelques notes ou bidouiller des sons avec son ordinateur pour voir ce faux calme se mettre à vibrer de tout son corps.
« De l’autre côté, j’écris pour les gens, pour leur faire passer un bon moment. Je pense d’ailleurs que le succès des Déménageurs vient de ce côté festif. On n’est pas dans le commercial, on fait beaucoup de choses au feeling, on s’amuse ». Là, il suffit de voir un concert du groupe. Une ambiance joyeuse et un peu déjantée s’y installe rapidement, autant grâce à l’énergie des touts jeunes spectateurs qu’à l’enthousiasme des adultes.
Énergie et enthousiasme. Ces deux mots reviennent très souvent dans la bouche d’Yves Barbieux. Presque aussi souvent que le mot  mouvement, que le musicien utilise à l’envi. « Peut-être que mon équilibre, c’est justement d’être en mouvement. Ça correspond assez à ce côté chef d’orchestre que j’ai, d’assembler des trucs, de lancer des projets pour ensuite les orienter vers les gens les plus à même de les faire vivre. Parce que ce n’est pas tout de faire les choses, il faut les faire bien. »
Il est aussi des projets où Yves Barbieux mène la barque d’une rive à l’autre. C’est le cas des Déménageurs, dont il assume à la fois la paternité et une gentille dictature à l’écoute dans le fonctionnement quotidien. C’est aussi le cas pour Léon Accordéon, son projet de cœur sur lequel il a travaillé dix ans et qui tourne sur scène depuis quelques mois.
« Je voulais avoir mon Piccolo Saxo à moi. Léon, c’est un conte musical, une sorte de dessin animé où un instrument de musique part à la découverte des autres instruments de musique ». Un projet ambitieux, avec un livre, un spectacle, beaucoup de textes et de musique à mettre en place, mené de bout en bout par Yves Barbieux. Ce dernier a incorporé dedans ces quelques ingrédients qui donnent à Léon Accordéon un relief tout particulier : des amis musiciens de talent pour donner vie aux instruments du livre, Éric De Staercke pour la narration et, tout au long de l’histoire, une bonne dose de pédagogie autour de la musique et du vivre ensemble.

Des projets malgré l’absence des pouvoirs publics

Si Léon Accordéon a occupé pas mal de temps dans l’agenda d’Yves Barbieux ces derniers temps, d’autres nouvelles pages de papier à musique sont en train de s’écrire. Un nouvel album des Déménageurs est en route, un projet avec Sébastien Duthoit, un de ses vieux compères musicaux, se profile à l’horizon et encore d’autres idées fourmillent dans la tête de notre artiste.
« Tout ça est lié à l’envie de toujours faire de nouvelles choses, mais aussi à la difficulté de vivre de la musique. Il y a un décalage entre ce qu’imaginent les gens de la vie de musicien ou d’artiste en général et notre quotidien. La culture manque de moyens et de soutien de la part des pouvoirs publics, alors quand on veut vivre de ses créations, il faut se battre sans cesse, trouver des idées, les faire aboutir. C’est parfois super rageant d’avoir un projet artistique béton, mais qui tombe à l’eau parce qu’économiquement c’est difficile à mettre en place. »
La bonne nouvelle, c’est qu’Yves Barbieux n’est absolument pas prêt à abandonner l’affaire ! Papa d’un petit bonhomme de 2 ans, il a ici une belle source d’inspiration. Si la paternité met forcément la sensibilité à fleur de peau et donc ouvre de nouveaux horizons, il n’a pourtant - pour l’heure - pas écrit spécifiquement pour son fils. « C’est d’être avec lui qui déclenche quelque chose. Par exemple, quand on va dans les bois juste derrière chez nous ou dernièrement en vacances, en Bretagne. C’est lui qui donne le mouvement et moi qui reste un peu en retrait ou on marche du même pas. Au final, ça donne une écriture rythmique et j’aime beaucoup ça ».
« Bonjour tout va bien », on vous dit…  

Romain Brindeau

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Plus d’infos sur la page Facebook de Léon Accordéon.

Pour les Déménageurs, rendez-vous sur www.lesdemenageurs.be

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